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Gaz de schiste : explorer ou ignorer ?


lundi 25 juillet 2011

Le best-of de "la chaîne Energie" - La France est le premier pays à interdire par la loi l’exploration du gaz de schiste par fracturation hydraulique de la roche. Mais les socialistes se méfient et ont déposé une nouvelle proposition de loi qui ratisse plus large.


L'exploration et l'exploitation des gaz non conventionnels, qui ont bouleversé le marché du gaz aux Etats-Unis et qui sont abondants dans le sous-sol européen,  ont été pratiquement verrouillées en France après le longues polémiques.

A la satisfaction des nombreux mouvements locaux de protestation qui se sont élevés contre des techniques de forage qu'ils jugent dévastateurs pour l'environnement. Ils impliquent en effet une fracturation de la roche et une utilisation massive d'eau et de produits chimiques.

Mais contre l'avis de nombreux experts, qui déplorent que ces préoccupations environnementales, même légitimes, aient empêché tout examen raisonnable des réserves et des possibilités d'extraction, et donc privent la France d'une énergie importante capable d'assurer une plus grande sécurité d'approvisionnement.

Pour Philippe Chalmin, parlant à "la chaîne Energie",  il y a une absurdité : "vous ne voulez pas de nucléaire, vous ne voulez pas de gaz de schiste, eh bien vous aurez du charbon". "Il faut bien sûr border le forage, mais il faut arriver à croire ce que disent les scientifiques et pas réagir à l'affect, ceci bien entendu dans un contxete politique où il faut caresser l'électeur écologique dans le sens du poil".

Pour Jean-Marie Chevalier, professeur d'économie, la France n'est plus le pays de Descartes.! Dans une interview à European Energy Review, il estime que l'on n'a pas posé les bonnes questions :'"est-ce qu'il y en a ? Combien il y en a ? A quel coût ? Comment peut-on le produire ? Quelles sont les règles à ériger pour que les conséquences sur l'environnement soient contenues ?"

Des oppositions locales

Les premières oppositions étaient apparues à la fin 2010, dans les communes où des explorations plus ou moins discrètes avaient été engagées par les sociétés pétrolières qui avaient obtenu des permis de la part des autorités françaises.  Parmi elles, le géant Total et une vingtaine de petites sociétés, surtout étrangères, comme les Américains Toréador Resources ou Shuepbach Energy, ou encore European Gas Limited, une compagnie australienne spécialisé dans le gaz de charbon.

En six mois, tout s'est ligué pour faire croître les mouvements protestataires : la sortie du film « Gasland » et ses images de flammes sortant du robinet, la sécheresse printanière sans précédent qui rend les agriculteurs ultra-sensibles à la gestion de l'eau, et même le classement au patrimoine mondial de l'Unesco de la région « Causses-Cévennes ».

C'est la majorité elle-même qui a pris les devants en présentant une proposition de loi. Celle-ci a été amendée par les députés et les sénateurs qui ont abouti à un texte final extrêmement restrictif.

Il stipule que « l'exploration et l'exploitation des mines d'hydrocarbures liquides ou gazeux par des forages suivis de fracturation hydraulique de la roche sont interdites sur le territoire national ». Les explorations de caractère scientifique, que les sénateurs avaient un temps essayé d'autoriser, sont sévèrement encadrées

Peut-être quelques « failles » dans le dispositif législatif

Certains voient pourtant dans la loi une « habileté » qui pourrait permettre quelques arrangements. Le texte, font-ils remarquer, n'interdit pas l'exploitation d'un produit (à savoir les hydrocarbures non conventionnels), elle interdit une technique (à savoir la fracturation hydraulique), sans d'ailleurs la définir précisément. Or d'autres techniques sont à l'étude, comme la fracturation pneumatique, qui consiste à remplacer l'eau par de l'air comprimé, ou des systèmes de fracturation qui désagrègent les roches en leur faisant subir de violents chocs électriques.

Autre ambiguïté : les permis déjà accordés ne sont pas abrogés automatiquement. Les entreprises concernées devront dire quelle est leur technique : si c'est de la fracturation hydraulique, le permis sera annulé. Mais si elles restent vagues dans la formulation, elles garderont leur permis et pourront attendre des jours meilleurs.

Troisième petite ouverture. La loi créé une « commission nationale d'orientation, de suivi et d'évaluation » des diverses techniques qui devra évaluer les risques environnementaux. Elle n'a pas de pouvoir de décision, mais elle va réunir tout le monde, y compris les industriels. La discussion est encore possible et la commission pourrait, dans un climat revenu plus serein après les élections, jouer un rôle dynamique.

Ces possibilités de contournement ont conduit les députés socialistes à déposer une nouvelle proposition de loi plus stricte. Elle deviendrait d'actualité en cas de victoire de la gauche...

D'importantes réserves potentielles en Europe


L'Europe est apparemment très riche en gaz non conventionnels, même si le coût d'exploitation reste à déterminer (voir l'analyse de SIA-Conseil). Mais les préoccupations environnementales et la forte densité de population feront sans doute que les gaz de schiste se développeront moins qu'aux Etats-Unis. C'est ce que pense Jean-Louis Cirelli de GDF-Suez.

Certains pays comme le Pologne s'engagent résolument dans l'exploration, et d'autres y sont prêts, comme les Pays-Bas.

La France n'a quant à elle pratiquement pas de pétrole ou de gaz. Une soixantaine de petits gisements pétroliers et gazeux dans la région de Paris et dans l'Aquitaine, près de Bordeaux, n'assurent que 1 à 2 % de la consommation française d'hydrocarbures. Or selon un rapport parlementaire, 10% des réserves de gaz de roche en France sont susceptibles d'assurer dix ans de la consommation française totale. De quoi alléger sur le long terme la facture de 45 milliards d'euros que paye la France chaque année pour sa facture d'hydrocarbures importés.



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8 commentaire(s)
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Commentaire par heilmann
mardi 26 juillet 2011 13:18
Dans le doute s'abstenir! évidement oublié et contraire a toute logique de trés court terme le dicton devrait être d'actualité, les catastrophe s'enchainent tous les voyants sont au rouge et l'on continu a mettre en oeuvre des techniques destructrices sans états d'ame.Quand viendra donc le temps de la reflexion et du bon sens?
[2]
Commentaire par jipodo
mardi 26 juillet 2011 22:00
je ne sais pas ...par contre le photovoltaïque au nord revendu a EDF 44 ctmes du KW et l'éolien industriel ...offshore inclus , tout aussi aléatoire et faible tous comptes faits..... et surtout désastreux pour les paysages et l'environnement ...ça...... non merci . .....ceci exclu les petites unités destinées à la consommations propre des propriétaires ...
[3]
Commentaire par lauvergnat
mardi 26 juillet 2011 22:32
Nous devrions être capables d'aller chercher ces réserves d'énergie sans polluer tout au passage. Sommes nous devenus ignares et incapables de créativité? Voilà un beau sujet de recherche suivi d'application immédiate pour nous éviter la honte de la faillite avec une dette monstrueuse. A vos cerveaux messieurs les chercheurs et le grand emprunt dans tout celà n'était il pas fait ausssi pour chercher et surtout trouver?
[4]
Commentaire par Energie+
mardi 26 juillet 2011 23:10
Le bilan énergétique des gaz de schiste est faible : entre 1 et 2 unités d’énergie
obtenue pour 1 unité d’énergie nécessaire, ce qui n‘en fait pas un candidat intéressant à l‘indépendance énergétique souvent mise en avant. Un puits peut donner accès à des quantités de gaz
très variables et les réserves potentielles en France sont surestimées pour rendre la technique plus attrayante qu‘elle ne l‘est, comme l’ont mis en lumière les experts de l'Aspo. Les méthodes d’exploitation sont coûteuses, en particulier celle de Gasfrac par gel gpl. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont plus élevées que celles du charbon et du mazout (comme l’a démontré entre autres l’Université de Cornell - Robert W. Howarth http://www.enerzine.com/12/11812+le-gaz-de-schiste-contribue-au-rechauffement-climatique+.html L’exploitation exige de multiples forages au km2 (les puits sont fracturés 8 fois en moyenne et parfois 17 fois). Cela nécessite des infrastructures dont stockages, des norias de camions (800 mouvements en moyenne par forage). Pour être sûr de rentabiliser un champ il faut une forte densité de percements à grandes profondeurs avec des conséquences lourdes associées : risques de pollutions des eaux à court comme à long terme sans responsable avec le temps. Pollutions de l’eau, de l’air, impacts forestiers et agricoles : à la fois par les produits utilisés et la diffusion de métaux lourds ou radioactifs et polluants du sous-sol. Sur 278 produits utilisés étudiés, 93% affectent
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Commentaire par Energie+
mardi 26 juillet 2011 23:12
(suite)... la santé et 43% sont aussi durablement des perturbateurs endocriniens (impacts sur la fertilité, la différenciation sexuelle, régulation hormonale, stérilité, facteurs de diabète, cancers etc). - parmi les divers polluants, complexes BTEX « benzène, toluène, éthyl benzène, xylène », oxydes nitreux, oxyde de soufre, méthane, cov, métaux lourds, mercure, arsenic etc - Les polluants peuvent parcourir des centaines de mètres par jour dans les sous-sols. http://www.tiogagaslease.org/images/BVW_02_20_09.pdf
Les études menées aux Etats-Unis se multiplient et dressent un portrait toujours un peu plus sombre des impacts attendus. Un rapport rédigé par la Commission de l'Energie et du Commerce de la Chambre des Représentants des Etats-Unis souligne que cette technologie est controversée en raison de ses dégâts sur l'environnement. Elle a nécessité entre 2005 et 2009 l'utilisation de plus de 2.500 produits chimiques dont des substances cancérigènes et polluantes.
http://atctoxicologie.free.fr/archi/bibli/BILAN_TOXICOLOGIE%20_CHIMIE_GAZ_DE_SCHISTE.pdf
Cette exploitation temporaire, polluante, risquée, de faible bilan énergétique, ne profiterait qu’à quelques exploitants ne versant au mieux que quelques subsides relatifs à des communautés pour qu’ils ferment les yeux et afin se décharger de leurs responsabilités en cas de problème et elle ne ferait que retarder les adaptations et l’innovation à l’image de beaucoup pays producteurs ce qui contrairement aux idées souvent
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Commentaire par Energie+
mardi 26 juillet 2011 23:13
(suite)... propagées ne ferait qu‘hypothéquer encore plus l‘avenir, comme on l‘a fait jusqu‘à présent en exploitant au jour le jour sans vision globale évolutive ni plan prévisionnel, bref du petite commerce à la petite semaine.
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Commentaire par gregory crillon
vendredi 05 août 2011 17:37
Arrêtons de jouer avec le feu et laissons le gaz de schiste la où il est. On a vu les dégât que cela a créé en Amérique du Nord et pensons à notre santé d'abord , il y' a déjà eu assez de scandales comme ça portant sur l'énergie.
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Commentaire par préjudice moral
lundi 08 août 2011 14:27
Non. Les retraités français grâce à Sarko ne sont pas impactés par la crise, sont riches et préfèrent payer le gaz cher que de creér des emplois et sauver la France. Ils préfèrent aussi le nucléaire (au fait vous savez que Fukushima fuit toujours beaucoup) plutôt que développer comme les pays civilisés les énergies renouvellables (surtout dans le sud profond de la France, il semble impossible qu'il y ai du soleil et du vent...)
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