Participez aux débats sur l'énergie de demain
Auteur

Mais qui sont ces "écolos" américains pro-nucléaires...?


jeudi 19 septembre 2013

Pour Robert Stone, le réalisateur de "Pandora's promise", il y a une rupture de générations : les jeunes sont inquiets du changement climatique, tandis que leurs aînés étaient hantés par la guerre nucléaire.


Le documentaire américain « The Pandora's promise » (cf  "la chaîne Energie") constitue un paradoxe : résolument pro-nucléaire, il met en scène des « écologistes », jeunes ou « seniors », qui ont changé d'avis et défendent, au nom de la lutte contre le changement climatique, la filière de l'atome  qu'ils ont auparavant combattue.

Financé par des investisseurs indépendants, plutôt « libéraux » au sens américain, il a été accueilli par le festival alternatif de Sundance et par le Traverse city film festival organisé par Michael Moore, le pourfendeur de l'establishment américain. De passage à Paris, le réalisateur Robert Stone a répondu aux questions de « la chaîne Energie ».


Les débats provoqués par votre film aux Etats-Unis traduisent-ils une évolution des mouvements environnementalistes américains ?  Qui sont ces « écologistes » devenus pro-nucléaires et comment en sont-ils venus à changer de bord ?

Les directions des mouvements écologiques n'ont pas changé d'avis et je ne pense pas qu'ils changeront. Leur mission essentielle est de maintenir leurs organisations, leurs principaux donateurs sont des gens de plus de soixante ans et sont anti-nucléaires depuis toujours.

Mais il y a une rupture de génération. Les jeunes sont désormais préoccupés par le climat. Certes, la plupart des jeunes qui sont libéraux, démocrates, progressistes, sont au départ contre le nucléaire, parce que cela est ainsi depuis toujours... Mais à chaque fois que j'ai présenté le film à des publics jeunes, la grande majorité en ressort convaincue. Quand on donne les explications techniques, quand on explique que le nucléaire est un outil qui n'est pas contraire à leurs objectifs environnementaux, alors ils adhèrent immédiatement. Car les jeunes aiment la technologie, l'innovation, leurs héros sont des hommes comme Steve Jobs.

Le conflit de générations est frappant. Pour les jeunes, le changement climatique est la menace existentielle qui pèse sur eux, sur leurs enfants, à cause des émissions de CO2, donc des énergies fossiles. Ces menaces ne sont pas à venir, elles sont déjà là. En revanche, pour la génération précédente, la menace c'était la guerre nucléaire, menace à laquelle ils associent l'énergie nucléaire.  Mais les temps changent, la perception du péril principal évolue.

Mais pourquoi réhabiliter le nucléaire ?

Tout ce qu'a entrepris le mouvement environnementaliste pour lutter contre le changement climatique a échoué.

Les économies d'énergie ne sont pas une solution au niveau mondial, quand tant de personnes dans les pays émergents ont besoin d'énergie, pour leurs hôpitaux, leurs écoles, leurs entreprises, ou simplement pour emmener leurs enfants au cinéma et faire du shopping.

Quant aux énergies renouvelables, elles sont insuffisantes. Lorsque j'ai fait mon précédent film sur le mouvement environnementaliste, j'ai rencontré beaucoup de leaders. En privé, tous reconnaissent qu'on ne peut pas remplacer toutes les sources fossiles et le nucléaire par le vent et le soleil. En public, ils font bonne figure. Mais en privé ils confient leur pessimisme. Le premier à avoir reconnu qu'on ne peut résoudre les problèmes avec les seuls renouvelables et que le nucléaire est une solution technique possible, est Stewart Brand, le fondateur du "Whole Earth catalog".

L'autre grand combat environnementaliste aux Etats-Unis est dirigé contre l'exploitation du gaz de schiste. Les adversaires de la fracturation hydraulique sont-ils aussi anti-nucléaires ou peuvent-ils être tentés de modifier leur approche ?

J'aimerais voir cela se produire ! Quand j'ai montré mon film à ces opposants au gaz de schiste, beaucoup ont bien réagi. Mais le problème est qu'il est plus facile d'organiser des campagnes « contre quelque chose » que « pour quelque chose ». Il y a toujours une dimension émotionnelle chez les militants.  C'est ainsi que vous verrez des protestataires contre les grand projets solaires ou éoliens dans les déserts, au nom de la défense de l'environnement.

Certains de vos soutiens, comme le "Breakthrouh Institute » de Michaël Shellenberger, (voir article sur "la chaîne Energie") sont d'ailleurs favorables aux gaz non conventionnels, en soulignant que cela vaut mieux que le charbon, encore très présent aux Etats-Unis. Qu'en pensez-vous ?

D'un point de vue purement rationnel, économique, scientifique, ils ont sont sans doute raison. Mais j'ai un désaccord clair avec eux sur ce point. Il faut rassembler les gens qui se préoccupent du climat. En allant vers plus de gaz remplaçant le charbon, on se lance dans une nouvelle infrastructure « fossile » pour 50 ou 100 ans.

Vous affirmez être « indépendant ». Comment a été financé votre film, qui, avec des prises de vues dans le monde entier, a coûté cher ?

Je savais en préparant le film que je serais attaqué non pas sur les faits eux-mêmes mais sur toute trace de financement compromettant. J'étais donc absolument décidé à refuser tout argent de sociétés ou même d'individus ayant une quelconque connexion avec l'industrie nucléaire.

Le principal soutien a été « ImpactPartners », un groupe de financement, libéral, plutôt de gauche, qui a produit de nombreux films sur l'environnement, comme le célèbre « The Cove », sur les dauphins. Même si plusieurs de ses dirigeants sont anti-nucléaires, ils ont respecté mon travail. J'ai aussi sollicité des professionnels de la Silicon Valley, mais des individus, pas des sociétés. Il y a là beaucoup d'ingénieurs, jeunes, riches, très attirés par les technologies, très concernés par le changement climatique.

Votre film sera-t-il diffusé en Europe et notamment en France ?

Mon film va sortir sur i-Tunes dans 25 pays le 3 décembre. C'est le premier film a être diffusé ainsi par téléchargement. En revanche, les télévisions et les distributeurs classiques l'ont refusé, même en France, alors même qu'ils avaient accepté la plupart des documentaires réalisés pendant mes 25 ans de carrière. Ils ont tellement investi dans des films anti- nucléaires qu'ils ne souhaitent pas que la crédibilité de leur travail soit mise en cause...

Comment s'est passé votre relation avec Michael Moore, l'organisateur du Traverse festival ?

Michael est un vieil ami. Il m'a apporté tout son soutien et nous avons eu un riche débat public visible sur internet.

En revanche certains groupes m'ont attaqué, comme Beyond nuclear qui a consacré à mon film toute une section de son portail...

Voir le débat Robert Stone-Michael Moore



Réagissez à cet article
 (11) 
Nom *
Email *
Votre commentaire * (limités à 1500 caractères)
11 commentaire(s)
[1]
Commentaire par patrig k
jeudi 19 septembre 2013 12:00
Ce n'et pas tout de militer pour le nucléaire contre effet de serre, faut il encore en avoir la ressource Ua et le financement, c'est une technique qui restera marginale ... Un réacteur nucléaire qui produit 1 Gwatt /an, consomme 180 T/an. Les démarrages et mises en service des nouveaux réacteurs, nécessitent eux 500 tonnes, par le principe du chargement complet de la machine et de 180 tonnes d?uranium pour les déchargements chargements par tiers à la suite durant son exploitation. Ce qui multiplie les besoins par trois en cas de renouvellement des réacteurs, ou dans le cadre de programme ambitieux, le rève des lobbys, consistant à mettre en chantier des milliers de ces engins. Le parc mondial actuel fournissant à ce jour 2.5% de l?énergie primaire mondiale. Un besoin annuel de 70 000 T, pour une production minière de 50 000 tonnes, sauf accidents nucléaires ou interventions militaires et/ou humanitaires, ce différentiel de 20 000 tonnes pour la production d'électricité , est compensé par l'apport des stocks militaires issus de la guerre froide, pour la plus grande partie. Des stocks qui seraient évalués et estimés à 500 000 tonnes en réserve, répartis comme suit : 300 000 en Russie et 200 000 pour les USA. Ainsi de ces quelques 20 000 tonnes de complément aux extractions d?uranium, ces produits militaires sont transportés par les routes maritimes ou terrestres, dont peu connaisse les itinéraires, et forcément. « Sécurity »
[2]
Commentaire par Gépé001
vendredi 20 septembre 2013 07:10
Peu importe la nature de l'énergie,c'est l'usage qui est important.L'énergie remplace le travail et nous apporte un bien-être.Il faut comparer le cout du travail et le prix de l'énergie,C'est ce que font les industriels qui modernisent leur usine.
[3]
Commentaire par LEGER
vendredi 20 septembre 2013 19:41
Cela fait soixante ans que le nucléaire existe en France.La maîtrise de la technologie et le niveau de maitrise de la sécurité sont tels qu'aucun accident majeur n'a endeuillé l'un des plus grands parc du monde.Les trois catastrophes majeures sont intervenues sur des systèmes très différents des notres.Quant aux hommes,impliqués,ils ne sont pas astreint comme les notre à suivre des procédures de sécurité rigoureuses .Par ailleurs, que deviennent panneaux et éoliennes soumis à des vents de 360km/h de plus en plus frequemment observés?Devant de tel choix les qq%de voix écologistes ne devraient pas peser très lourds
[4]
Commentaire par Monnier
samedi 21 septembre 2013 14:15
On peut voir ce qu'il est advenu de la démence des promoteurs du nucléaire des années passées -- : http://energeia.voila.net/nucle/nucleaire_prevision_realite.htm -- En 1975, l'agence atomique mondiale nous annonçait de 1.300 à 1.900 GW de nucléaire pour 1990. - Réalisé : 318 GW seulement (heureusement). -- Et l'annonce était de 3.600 à 5.300 GW de nucléaire pour l'an 2000. - Réalisé : 351 GW (encore plus heureusement). -- Voir les prévisions récentes.
[5]
Commentaire par Monnier
samedi 21 septembre 2013 19:00
Pour ceux qui estiment que le CO2, le méthane CH4 et les autres gaz à effet de serre ont une grande importance sur l'évolution du climat, la réponse est simple : le nucléaire est le moyen le moins rapide, le plus coûteux et le plus dangereux pour réduire les gaz à effet de serre. --- Par contre, comme le montre une étude basée sur les données de l'Agence internationale de l'énergie (pas l'atomique, l'autre), les énergies renouvelables sont beaucoup plus efficaces pour cela. -- : http://energeia.voila.net/electri/co2_ges_nucle_renouv.htm -- . Depuis deux ans, la production d'électricité nucléaire a diminué de 10,8% et ne représente plus que 11,3% de la production mondiale d'électricité. --- En 2010, les énergies renouvelables produisaient déjà 53% d'électricité en plus que le nucléaire. -- En 2017, ce sera 2,16 fois plus, selon les données disponibles à ce jour ... et à condition que les réacteurs nucléaires japonais aient redémarré d'ici là. --- On trouve pas mal d'informations sur ce site.
[6]
Commentaire par carlino
dimanche 22 septembre 2013 08:25
c'est des écologistes qui défendent l'environnement ou choisissent le moindre mal ....c'est clair que c'est la seule source d'énergie puissante et autonome avec vraiment zéro émissions de CO2 ...le seul probléme c'est qu'avec le nucléaire de zéro risque n'existe pas ...il faut donc faire le maximum pour s'y approcher .
[7]
Commentaire par clément gauthier
lundi 23 septembre 2013 03:11
Bonjour a toutes et tous on devrais commencer a visionner d'autre forme d'énergie au plaisir Préparon nous a utilisé l'énergie du vide pour le bien de toutes et tous UNE ÉNERGIE PROPRE ET RENOUVELABLE VOIR LES REPORTAGES Quand vont'ils se réveiller: Créons des emplois: les voitures de 5 ans et plus transformons-les en voitures électriques. Pour l'autonomie développons une nouvelle technologie qui va rendre les voitures autonomes de même que les maisons autonomes voir reportage: BONJOUR a toutes et tous dans ( NEXUS) DU MOIS DE SEPTEMBRE voir le reportage d'un chargeur autonome qui puise l'énergie du vide pour charger les batteries voir aussi un autre reportage BONJOUR A TOUS NOUS POUVONS ÊTRE AUTONOME EN ÉNERGIE VOIR REPORTAGE SUR LE CHARGEUR AUTONOME DECEMBRE 2010 lien pour vidéo ( chargeur autonome decembre 2010 ) http://www.hebdosregionaux.ca/abitibi-temiscamingue/2012/04/20/sa-machine-fabrique-de-lelectricite-avec-lair-ambiant AU PLAISIR DE VOUS LIRE Clément Gauthier Abitibi Canada 819-735-4331
[8]
Commentaire par Lucky
mardi 24 septembre 2013 14:06
"...c'est clair que c'est la seule source d'énergie puissante et autonome avec vraiment zéro émissions de CO2..." et les déchets nucléaires vous en faites quoi? Il faut arrêter de se mettre des lornieres le nucléaire est une filière extrêmement polluante. On commence à se réveiller avec le diesel je pense que dans quelque décennies les naifs (ou leurs enfants) vont commencer à y voire plus clair au sujet du nucléaire. D'autre part, on ne peut pas être écologiste et défendre le nucléaire, ce n'est pas possible. On peut se résigner, mais de l'autre coté on fait tout son possible pour trouver et développer des solutions alternatives viables, et pour s'assurer que des gardes-fous sont bien présents.
[9]
Commentaire par corrector
lundi 07 octobre 2013 14:00
"D'autre part, on ne peut pas être écologiste et défendre le nucléaire, ce n'est pas possible." Pourquoi, parce que vos DOGMES vous l'interdisent?
[10]
Commentaire par Hervé
lundi 07 octobre 2013 19:26
On a les mêmes en France: http://www.ecolo.org/intro/introfr.htm
[11]
Commentaire par f
jeudi 05 janvier 2017 18:36
nous sommes de plus en plus nombreux !!! écolo et pro nucléaire !
PARTICIPEZ !
Cet espace est le vôtre !
La chaîne Energie de LExpansion.com
vous ouvre ses colonnes. Partagez vos analyses !

Pourquoi votre facture de gaz augmente alors que les cours chutent
Les tarifs de GDF Suez pourrait augmenter de 4% au 1er juillet après avoir grimpé de près de 10 ...