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 - Ingénieur et démographe
Auteur
Ingénieur des mines, démographe, Dominique Bidou a été directeur de la Qualité de la Vie au Ministère de l'environnement. Il est président d'honneur de l'Association HQE (Haute qualité environnementale)...

Les eco-quartiers sont à la mode : beaucoup plus qu'un choix technique


lundi 18 mai 2009

Dans les débats sur la cité durable, l'idée d'éco-quartiers revient souvent : un apprentissage de vie collective plutôt qu'une simple affaire de technique du bâtiment


Les éco quartiers sont à la mode. Venus du Nord, ils envahissent la France depuis quelques années. C’est certainement une bonne chose, mais on ne sait pas trop ce que ça veut dire, tant les définitions sont multiples. L’Etat, la Caisse des dépôts, les Régions, les grandes organisations d’élus et d’aménageurs, différents clubs et groupes de réflexion, le monde universitaire, chacun y va de sa définition, voire de sa contestation.

Il est vrai que le terme est maladroit, mais comment résumer tant d’exigences en une seule expression ?

Le quartier. Un nouveau quartier n’a pas de sens en soi. Ce n’est qu’un morceau d’une ville, d’une agglomération, au sens bassin de vie plutôt qu’administratif. Comment le nouveau venu va-t-il compléter la ville existante, à quels besoins particuliers doit-il répondre pour améliorer les conditions de vie de ceux qui sont déjà sur place ? Un éco quartier n’est pas un être à part, il s’inscrit dans un tissu, avec ses caractéristiques, ses projets, sa population. Il offre aussi l’occasion de faire bouger le reste de la ville : nouvelles techniques, nouveaux services, vitrines d’un possible auquel l’ancienne ville n’aurait pas pensé, ou dont elle n’aurait pas osé rêver. Intervention sur un quartier, mais influence sur toute une ville, le mot quartier ne doit pas restreindre le champ de la pensée.

Eco, pour écologique. Nous voilà avec une belle panoplie de techniques écologiques. Pour les maisons, d’abord, à basse consommation d’énergie, en attendant celles qui produiront plus d’énergie qu’elles n’en consommeront. N’oublions pas les autres qualités d’une maison, la qualité des ambiances et les garanties pour la santé. Quittons les maisons. Les rues, les espaces publics, les infrastructures sont sollicitées. Pour des réseaux de toutes sortes, chaleur et froid, eau et assainissement, déchets, télécommunications, transports. Les formes urbaines, l’organisation de l’espace, les hauteurs d’immeubles, constituent une autre famille d’enjeux forts : en dépendent largement la diversité biologique, qui a toute sa place en ville, le besoin et les types de transports, le micro climat local et la dispersion de la pollution atmosphérique que nous n’aurons pas su éviter, la concentration des eaux de pluie, et leur stockage éventuel.

Les techniques de l’écologie et de l’énergie sont en progrès rapide, et il serait bien dommage que les éco quartiers n’en soit pas la vitrine et le lieu idéal de mise en œuvre. Mais ne nous laissons pas aveugler par la technique. Ce qui doit être écologique, ce n’est pas le quartier ni même la ville, mais le mode de vie de leurs habitants. La technique n’en est que le support matériel. C’est très important, et il ne faut pas se tromper, car ce support est là pour longtemps. Il engage l’avenir, mais ce n’est pas la finalité du projet. On a parfois l’impression que les éco quartiers sont des assemblages de procédés et de matériaux performants. Il faut aller au-delà, c’est la vie des gens, et leur capacité à créer des valeurs économiques et sociales, qui est l’objectif véritable. On ne construit pas une maison pour faire des économies d’énergie, mais pour offrir à ses futurs habitants un cadre de vie agréable, sain, propice à une vie sociale créative.

Certains éco quartiers semblent parfois taillés sur mesure pour des habitants très motivés, des écolos ou équivalents. Il n’est pas surprenant, en période d’innovation, de constitution du concept, qu’une population particulière s’y trouve très impliquée. Ce serait grave si cette situation perdurait. Les éco-quartiers sont pour tout le monde. L’éco attitude doit venir naturellement, et elle prendra des formes bien différentes selon les cultures et les origines des habitants de ces nouveaux quartiers, avant de déteindre sur les environs. C’est une dynamique qui est lancée, il serait bien présomptueux d’en décrire l’aboutissement. N’enfermons pas les habitants dans un modèle étroit : le développement durable doit ouvrir le champ des possibles.

Les éco quartiers témoignent d’une grande ambition. Les villes traditionnelles se sont construites avec le temps, un luxe dont nous privent aujourd’hui le nombre de mal logés et l’exigence de la lutte contre l’effet de serre. Il faut toutefois accepter que le temps joue son rôle. Nous sommes en période d’apprentissage collectif, traduit par le désordre apparent sur l’appellation même d’éco quartier, parfois dénommés quartier durable. Le nombre d’apprentis et d’écoles d’apprentissage est plutôt encourageant, pourvu que chacun admette ses limites, qu’ils se parlent, croisent leurs expériences, et s’insèrent dans un processus d’appropriation par tous de ces savoir faire en devenir.

Le blog de Dominique Bidou
2 commentaire(s)
[1]
Commentaire par fabrice
lundi 18 mai 2009 21:17
Enfin une approche globale, qui ne soit pas l'étiquette obligée collée par une municipalité sur quelques aménagements mineurs. Reste à lancer le mouvement. N'y a-t-il pas une coordination nationale des acteurs d'eco-quartiers ?
[2]
Commentaire par Yves Egal
dimanche 20 septembre 2009 19:31
Le seul écoquartier qui économise des émissions est celui qu'on ne construit pas. Les émissions des déplacements étant équivalentes à celles de l'habitat, il faut densifier tous les tissus urbains, y compris dans les villages, pour qu'on aille à pied à l'école ou à l'épicerie, au boulot en métro ou tram . A Paris sous Haussmann, à Tokyo avant guerre, à Hong Kong ou Singapour récemment, en Chine aujourd'hui, c'est la démographie galopante et/ou l'exode rural tout aussi galopant qui ont fait croitre les villes en diamètre et en hauteur. Ces villes denses sont des écovilles remarquables (voir mon article) par leur seule densité. Tu dis "Les villes traditionnelles se sont construites avec le temps, un luxe dont nous privent aujourd’hui le nombre de mal logés". C'est le contraire, les villes ci-dessus évoquées se sont construites très vite et très bien, par taudis puis gigantesques opérations. Par rapport au XIXe siècle ou à l'après guerre, le nombre de nouveaux urbains en France est très faible et tout peut et doit tenir dans les limites urbaines actuelles. Donc, isolons notre habitat, passons au bois ou à l'électricité (avec accumulation de chaleur) mais ne construisons AUCUN nouveau quartier, sauf à en détruire un existant si, par extraordinaire, sa décarbonation était moins chère en le reconstruisant plutôt qu'en l'adaptant.
Le mythe tentant de la ville nouvelle est le plus sûr chemin vers l'erreur, comme l'ont été les nôtres, surtout Sénart, la plus récente
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