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Ingénieur des mines, démographe, Dominique Bidou a été directeur de la Qualité de la Vie au Ministère de l'environnement. Il est président d'honneur de l'Association HQE (Haute qualité environnementale)...

Climat : les accords contraignants ne sont pas la meilleure solution


jeudi 30 janvier 2014

Alors que le sommet de Paris en 2015 se profile déjà, il est temps de réfléchir à la philosophie même des accords mondiaux sur le climat. Plutôt que d'imposer des « contraintes » sur l'économie actuelle, n'est-il pas plus efficace de réfléchir aux « opportunités » du monde de demain.


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Des accords contraignants, sinon rien, entend-on souvent dans le débat sur la lutte contre le réchauffement climatique, de la part de nombreux interlocuteurs, notamment les ONG. Il faut des engagements fermes, qui impliquent une contrainte sur ceux qui s'engagent, sinon il ne se passera rien.

Est-ce si sûr ? L'accord « contraignant » de Kyoto a-t-il été respecté ? L'exemple tristement célèbre du Canada montre le peu d'impact de ce qualificatif. Dans l'actualité d'aujourd'hui, le peu de respect par la Russie du dossier de candidature pour les jeux olympiques de Sotchi, que l'on aurait pu considérer comme contraignant, montre que les contraintes ne valent que s'il y a des sanctions possibles, et nous savons tous que plus les acteurs sont puissants, moins on peut les sanctionner.

L'impunité des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre étant assurée, à quoi bon des accords « contraignants » ? N'est-ce pas là une manière redoutablement efficace de tuer dans l'œuf toute chance d'accord ? Le mot même de contraignant est contre productif. Il laisse penser que la contrainte est nécessaire, ce qui n'est pas très encourageant.  La lutte contre le réchauffement climatique serait une pénitence, un « fardeau » à se partager par devoir. Nous avons fauté, il faut payer ! Conception dramatique, peu mobilisatrice, et renvoyant dans les faits aux responsabilités du passé. Celles-ci existent, bien sûr, mais elles sont complexes à démêler, et détournent de ce qui nous intéresse, le futur.  

Pour la recherche d'"opportunités"

Une autre attitude semble possible, comme un autre monde. Une attitude résolument offensive, et tournée vers l'avenir. Il ne s'agit plus de payer sous la contrainte les dettes contractées hier, mais d'investir sur l'avenir. Plus de contraintes, mais un partenariat. Il y a des opportunités à saisir dans le nouveau monde, rapprochons-nous pour les faire émerger dans les meilleurs conditions possibles. Tous les pays ne se ressemblent pas, chacun a ses particularités, sa culture, son potentiel économique en ressources naturelles, en potentiel humain, etc. C'est un obstacle pour se partager des dettes, mais c'est un atout pour défricher des futurs autour de projets partagés.

Abandonnons donc la contrainte, pour nous lancer dans la recherche effrénée d'opportunités.

Evidemment, cette voie gêne les intérêts liés à l'économie actuelle, et aux institutions économiques et sociales qu'elle a engendrées.

- Combien de brevets orientés vers l'économie nouvelle ont été achetés par les tenants de l'économie d'hier, pour les enterrer et empêcher tout autre modèle économique de se développer ?
- Comment faire pour que les majors du pétrole trouvent plus d'intérêt à investir dans les énergies renouvelables que dans la recherche de nouvelles ressources de pétrole ou de gaz ? Nous les avons vus s'offrir quelques « danseuses », solaires ou éoliennes, pour faire chic et moderne, mais nous savons bien que leur cœur est ailleurs.

Comme disait Keynes, « La difficulté n'est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d'échapper aux idées anciennes ».
C'est le moment de changer de centre de gravité, ou du moins d'engager une évolution tournée vers l'avenir et non accrochée au passé. La pression de nouvelles forces économiques, comme les techniques de l'information, peut sans doute être mise à profit pour cela.

Là est la vraie contrainte, non décrétée mais imposée par les faits. Il n'est pas nécessaire de l'inscrire dans des traités. Abandonnons les objectifs contraignants, et concoctons un plan du développement économique d'un nouveau genre, volontaire et ambitieux, auquel chaque pays tiendra à participer spontanément.


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3 commentaire(s)
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Commentaire par Tilleul
jeudi 30 janvier 2014 16:20
Beaucoup plus simple. Les subventions que touchent les énergies fossiles tous les ans s'élèvent à 1900 milliards de $. L'investissement supplémentaires dans les EnR pour limiter à 2°C le réchauffement climatique est de 300 milliards de $ par an. http://www.imf.org/external/np/fad/subsidies/index.htm
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Commentaire par Gépé
vendredi 31 janvier 2014 07:41
Il faut faire intervenir la notion du double dividende en appliquant des mesures favorables à l'écologie et à la macroéconomie. Cela existe.
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Commentaire par irisyak
lundi 10 février 2014 22:19
Je suis plus que jamais d'accord. Pour le climat, la seule "contrainte" à organiser c'est un pourcentage de progression des énergies nouvelles. Il est possible de calculer le % de croissance nécessaire pour obtenir des émissions en baisse jusqu'au niveau espéré par les modèles. Au départ j'avais calculé 3% de plus par an en terme de total des énergies nouvelles sur le total des énergies consommées. Voyant que nous ne sommes pas encore à 3% du total consommé je suis arrivé à une autre conclusion: il faut augmenter les énergies nouvelles d'un pourcentage croissant à partir du pourcentage de nouvelles capacités de production. En faisant augmenter ce pourcentage on obtient le résultat espéré. Les industriels attendent un signal fort. Avec ce signal ils sont prêts à se lancer dans la compétition ... Sur ce point tout le monde sera d'accord pour participer au "festin"! http://greengrowing.over-blog.com
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