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Que retenir de l'héritage de Marie Curie ?


mardi 15 mai 2012

Marie Curie, à qui François Hollande a rendu hommage mardi, avait tout de suite vu les utilisations bénéfiques de la radioactivité. Elle avait organisé une flotte d'ambulances de radiographie pendant la Grande Guerre, et jeté les bases des traitements anti-cancéreux.


Trois questions au Pr Jacques Foos, professeur honoraire au CNAM, spécialiste de la radioactivité

L'accident de Fukushima a rappelé les dangers de la radioactivité. Sa découverte à la fin du XIXe siècle par Marie Curie a été à l'origine de la science nucléaire et de ses applications médicales et industrielles que nous connaissons aujourd'hui. Comment avait-elle enclenché cette révolution ?


Pr Foos - Le physicien Becquerel avait en 1895 constaté les rayonnements émis par le minerai d'uranium et capables de traverser le papier, l'aluminium ou les tissus humains. Marie Curie, chimiste de formation, encouragée par son mari Pierre, poursuivit ses recherches et isola les éléments les plus radioactifs du minerai, le polonium et le radium. Nous sommes alors en 1898. Pierre et Marie Curie partageront le Prix Nobel de Physique 1903 pour cette découverte.  

Elle se posa immédiatement la question qui doit interpeller tout chercheur : « que puis-je faire de cette découverte, comment la rendre utile ? ».


La guerre de 1914 fut l'occasion d'une première application spectaculaire. Elle comprit très vite les possibilité des rayonnements en matière d'imagerie médicale, qu'il s'agisse de ceux émis par les substances radioactives qu'elle avait découvertes ou les rayons X découverts par Roentgen en 1895. Face à un service de santé des armées dépourvu de tout équipement de radiodiagnostic, elle obtient le matériel radiologique nécessaire, organise des équipes, et met en place une flotte d'une vingtaine d'ambulances - on les appelle « les petites Curie » - et plus de 200 postes fixes dans les zones de combats. Les images obtenues permettent aux chirurgiens de localiser les éclats d'obus avec précision plutôt que de fouiller les plaies des soldats blessés. Elle conduit elle-même sa voiture au front, forme des dizaines de médecins radiologues, notamment américains, avec à ses côtés sa fille Irène. C'est là que les deux femmes reçoivent sans doute les doses les plus fortes de leur existence. Marie Curie meurt de leucémie en 1934, à 67 ans.


La deuxième application qu'elle conçoit très vite concerne le traitement des tumeurs. Avec l'aide de médecins, elle comprend que les rayonnements du radium détruisent les cellules, et donc les cellules déviantes des tumeurs cancéreuses. En procédant à des irradiations successives de zones précises, on permet aux cellules saines de reprendre le dessus. C'est la « curiethérapie » qui sauvent aujourd'hui plus de 30.000 malades du cancer en France par an.


Comment ses travaux vont-ils déboucher sur la science nucléaire moderne, avec ses applications militaires mais aussi ses applications civiles dans la production d'électricité ?


Pr Foos - Marie Curie sera l'unique scientifique dans le monde à recevoir deux prix Nobel (1903 et 1911) dans deux disciplines de « sciences dures » différentes, la physique et la chimie.


C'est sa fille Irène qui va expliquer le mécanisme nucléaire qui fournit l'énergie utilisée dans les réacteurs, c'est-à-dire le phénomène de fission provoquée. Avec son mari Frédéric Joliot, elle obtiendra le Nobel en 1935. Ce sont eux qui ouvrent la voie à l'énergie nucléaire. Irène Joliot-Curie mourra en 1956, à 59 ans, elle aussi d'une leucémie.


Les mesures de protection sont aujourd'hui beaucoup plus strictes dans les laboratoires de recherche, mais c'est le risque inhérent des chercheurs qui découvrent de nouveaux phénomènes d'être exposés à des dangers inconnus. Ceux qui ont été les premiers à produire ce qu'on appelle la réaction de « criticité » (le moment où la réaction en chaîne se déclenche hors de tout contrôle, provoquant un « flash) l'ont payé de leur vie au moment de la seconde guerre mondiale.


La foi en la science et la confiance dans les scientifiques est aujourd'hui manifestement moins grande qu'au XXe siècle. On croit moins au progrès continu. Quel message laisse Marie Curie et quel peut-être le sens de l'hommage que lui rend François Hollande ?


Pr Foos - Je citerai Pierre Curie, lorsqu'il reçu le Nobel avec son épouse : « Je suis de ceux qui pensent que l'humanité tirera plus de bien que de mal des découvertes nouvelles ». Il est vrai qu'à l'époque, on avait besoin de découvertes pour améliorer la condition humaine alors que nos sociétés occidentales
sont aujourd'hui plus gâtées. Mais on retrouve les mêmes aspirations dans les pays émergents : les 4/5 de la population mondiale sont ouverts au progrès. Ils sont aujourd'hui plus capables que d'autres qui s'abritent derrière le « principe de précaution » de faire la part des choses.


Quant à François Hollande, il se place souvent dans la lignée de François Mitterrand. En accueillant les cendres de Pierre et Marie Curie au Panthéon, le 20 avril 1995, le président Mitterrand avait déclaré : « Le destin des civilisations n'est pas de redouter la connaissance des choses mais de la maîtriser...Le combat de la science est celui de la raison contre les forces de l'obscurantisme, c'est le combat de la liberté de l'esprit contre l'esclavage de l'ignorance. »

Cet hommage que rend le nouveau Chef de l'État à la recherche technologique, facteur de croissance, montre sa confiance dans les atouts de notre pays. C'est bien évidemment un signe positif





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3 commentaire(s)
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Commentaire par Delafuente
mercredi 16 mai 2012 09:51
Vous présentez l'auteur de cet article comme physicien. Monsieur Foos est plus connue comme défenseur de l'industrie nucléaire en niant tous les aspects néfastes. Ce n'est en rien un spécialiste de la radioactivité comme vous le présentez... Il aurait été plus souhaitable d'ouvrir votre tribune pour rendre hommage à cette grande dame à quelqu'un de plus neutre, car il y a beaucoup d’omission dans votre article.
[2]
Commentaire par un physicien
mercredi 16 mai 2012 10:38
Les participants à la première divergence de réacteur nucléaire ne semblent pas avoir connu de problème de santé particuliers :
http://www.atomicarchive.com/History/firstpile/firstpile_11.shtml
[3]
Commentaire par patrig k
vendredi 18 mai 2012 14:29
[ ....//...c'est le risque inhérent des chercheurs qui découvrent de nouveaux phénomènes d'être exposés à des dangers inconnus...//... ]

Bigre ! Des aventuriers ou des chercheurs inventeurs ... M. Foss devrait savoir que le 19éme industriel à produit combien de morts par son bras armé de technicité :
- 14/18 : 8 millions!
- 39/45 entre 55 et 60 millions de morts ... !

[...//...Ils sont aujourd'hui plus capables que d'autres qui s'abritent derrière le « principe de précaution » de faire la part des choses. ...//...]

Re bigre ... ! Par la force de l'expérience, les gatés occidentaux sont tout simplement à prendre conscience, que l'avoir ne suffit pas, et que l'etre à tout autant son droit de manifester le principe de précaution. Tout comme les droits de l'homme et de disposer de l'expertise médiane des citoyens , les élites aux cranes bourrés de formules, devront s'y faire ... Les théologiens du moyen age avaient leur contradicteurs, les théologiens scientistes sont désormais surveillés de très très pres ...

Par ailleurs, ce que M. Foss, pro nucléaire et l'une des fibres des mines et autres élites scienfiques dogmatisées par leur seul savoir, c'est que ce n'est pas tant le progrès qui est mis en accusation par les lanceurs d'alertes, mais bien la corruption des scientifiques et les conflits d'intéréts dans tous sens et dans bon nombre de domaines ou la science serait à produire des "progrès" !

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