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Eva Joly: le nucléaire français doit être évalué par des experts européens


mardi 19 avril 2011

En marge d’une réunion à Flamanville, Eva Joly a demandé que des experts non-français soient en charge de l’évaluation des centrales françaises. Ceci pour éviter les pressions, dans un monde aux enjeux financiers considérables.



Eva Joly a assisté, dans les rangs du public, et donc sans intervenir, à l'assemblée générale des trois CLI (Comité local d'information) de la Manche, chargés de suivre les centrales nucléaires de Flamanville, l'usine de retraitement d'Areva à La Hague, et le centre de stockage de l'ANDRA.

Des représentants d'EDF et d'AREVA avaient présenté aux membres des CLI -dont plusieurs associations anti-nucléaires - les mesures qui seraient prises en cas d'accidents comparables à celui de Fukushima.

La candidate potentielle des Verts-Europe Ecologie s'est, en marge de la réunion, déclarée « déçue ». « J'ai entendu que tout allait bien,  qu'on avait passé des tests de toutes sortes et qu'en France il n'y a pas de problèmes. L'idée que le paradigme a changé depuis Fukushima n'est pas rentré dans l'analyse d'EDF ou d'Areva».
 
Extraits des réponses d'Eva Joly :

L'Europe demande une expertise, une évaluation de tous les réacteurs européens, soit environ 150 dont plus d'un tiers sont en France. L'Union européenne a demandé que ces expertises soient effectuées par des experts indépendants. C'est-à-dire qu'il faut faire évaluer ces centrales françaises par des experts non liés, de près ou de loin, aux constructeurs ou aux opérateurs.  C'est un petit milieu. Les ingénieurs français ont été formés dans les mêmes écoles, ils sont passés par les mêmes institutions. Cela crée des liens qui sont néfastes à la crédibilité des résultats.
 
Il ne faut pas avoir peur du jugement des autres, des pairs, ce qu'on appelle le « peer review ». Par exemple, la politique européenne de développement est évaluée par l'OCDE et, au sein de l'OCDE, par des pays non concernés par le pays étudié. En matière de lutte contre le blanchiment d'argent sale, au début des années 90, j'avais, pour la Norvège, et avec deux autres personnes, évalué la Belgique. Ne peut-on imaginer que le contrôle de la sûreté  nucléaire puisse fonctionner ainsi. Car il y a d'énormes enjeux économique, il faut des experts qui viennent d'ailleurs.
 
Confiance dans l'ASN ?
 
J'ai apprécié que l'autorité de sûreté nucléaire signe à la fin 2009 un document avec les autorités de sûreté finlandaise et anglaise pour attirer l'attention d'EDF et d'Aréva sur un défaut d'autonomie du système de contrôle (voir "la chaîne Energie"). C'était un acte d'indépendance. Mais il n'y a toujours pas de réponse.
 
J'ai aussi relevé que M. Claude Lacoste a dit qu'il fallait envisager un moratoire sur l'EPR. C'est la voie de la sagesse. Mais je crois qu'au sein de cette autorité, ils ne sont pas tous d'accord.

On nous vend l'EPR comme étant le plus sûr, mais nous savons surtout que c'est le plus puissant, qu'il va fonctionner au combustible mox et sera donc le plus difficile à diriger.
 
Ces réunions de CLI sont -elles inutiles ?
 
Non, il faut les continuer. C'est un début de transparence. Elles mettent les responsables régionaux du nucléaire devant les élus, elles permettent de poser les questions, de croiser les réponses, de découvrir les failles. Elles incitent les journalistes à mener leurs enquêtes. Il faut y assister, protester contre la façon dont elles sont organisées, avec un déséquilibre flagrant de prises de parole entre responsables du nucléaire et représentants associatifs.
 
Il faut sortir du paradigme des années 60, lorsqu'on a décidé d'investir massivement dans le nucléaire. Nous étions alors en pleine euphorie scientifique. On avait découvert la fission au début des années 30, construit le premier réacteur en 42 à Chicago. On était tout imbu de la puissance de la science et on pensait que l'esprit de l'homme allait maîtriser les découvertes, on croyait fortement au progrès.
 
Nous avons pris conscience aujourd'hui de la finitude du monde. L'idée d'une dominance absolue de l'Homme sur la Nature s'est effondrée. Nous savons que l'uranium est une matière première limitée.
 
Pour ou contre la poursuite de la recherche sur ITER ?
 
Je suis favorable à l'arrêt des recherches sur la fusion. ITER représente un coût faramineux : 1,4 milliard pour la France, 7 milliards pour l'Europe. Et cela ne donnerait que des résultats  dans 100 ans !
 
Nous devons nous concentrer sur les énergies renouvelables, sur les recherches en matière de stockage de l'électricité, et d'efficacité énergétiques. Plutôt que d'investir dans l'EPR, investissons dans l'isolation de l'habitat, qui réduira la dépendance énergétique des Français et créera de l'emploi.
 
(Propos recueillis par Yves de Saint Jacob)


 

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3 commentaire(s)
[1]
Commentaire par tréompan
mardi 26 avril 2011 19:42
Si je comprends bien tous nos experts sont de meche avec EDF mais si on prenait des Norvégiens eux ils seraient honnetes!!Assez d'insultes!tous nos magistrats ,flics, experts ,élus ne sont pas des pourris comme vous avez l'air de le dire madame!L'EDF appartient au peuple et ce n'est pas une machine a faire du cash,foutez nous la paix et laissez donc aux équipes Française a apprendre a déconsruire au lieu de laisser vos saletés apres pique nique devant nos centrales et pendant que vous y etes demandez a la paix verte d'éteindre la lumiere dans leurs locaux de Paris sinon on va remettre en service une centrala a charbon
[2]
Commentaire par g.jacquin
samedi 30 avril 2011 16:37
Surprenant !

Si la France n'est plus en mesure de s'autocontrôler de façon efficace, comment peut-elle encore gérer des usines aussi complexes que les centrales nucléaires ?????

Faire entrer la concurrence dans les détails de nos process nucléaires, c'est donner à nos concurrents tous nos brevets pour lesquels les Français ont payés!!!

Pour qui travaille EVA ????


Concernant ITER, j'ai une façon simple de financer ce projet! Faisons un moratoire d'1 siècle sur l'éolien et l'on économisera environ une quarantaine de milliards ! ce qui sera utile à ITER puis au démonstrateur DÉMO qui suivra....Et avec la tres grande quantité de milliards restant, on finance la securisation renforcée des centrales actuelles si necessaire!

L'objectif restant: une énergie fiable et sécurisée en quantité infinie à un prix modique !!!!

La fusion, c'est le futur !!!!
EVA, c'est le passé !
[3]
Commentaire par peterhack
mardi 17 mai 2011 16:26
concernant iter je capte pas ... c'est un investissement sur le long terme pour une fois ...
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