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Par Yves Egal

 - Ingénieur Conseil en Ecologie Urbaine
Auteur
Yves Egal, 59 ans, est ingénieur conseil en écologie urbaine. Il a notamment participé à l'étude "les alternatives à un troisième aéroport dans le bassin parisien" »...

Diaporama : aimeriez-vous vivre à Singapour?


lundi 15 juin 2009

Ses villes nouvelles, ses tours, son réseau ferré, ses autoroutes, son péage urbain  : la ville-Etat régente beaucoup la vie de ses citoyens. Avec quelques avantages durables


Yves Egal a mené une mission en Malaisie et à Singapour. De la ville-Etat, il rapporte une moisson de photos montrant comment on peut mettre en place un réseau planifié de transports en commun, avec de multiples ramifications au plus près des quartiers.

VOIR LE DIAPORAMA
 

Lettre de Singapour, par Yves Egal :

Nous voici à Singapour, un archétype de la ville dense développée sur le même modèle que Hong Kong, d’abord par le colonisateur anglais, puis par le pouvoir chinois. Un périple à Kuala Lumpur, en Malaisie voisine, éclaire sur ce qui fait l’originalité, en matière de durabilité, avec l’ile-ville-Etat de l’extrême sud asiatique : le métro, le péage et les « HBD » (les logements construits et vendus par le Housing department board).

Les transports en commun de Singapour sont exemplaires, d’abord parce qu’ils sont conçus comme un ensemble cohérent.

Le métro (Mass Rapid Transit, voir www.urbanrail.net) est vaste et climatisé (les trains comme les stations), propre (comme toute la ville), pratique (correspondances quai à quai), moderne (nouvelles lignes automatiques, information permanente sur écrans) et en état parfait de marche (un seul escalier mécanique en cours de réparation sur mes 10 jours de parcours du MRT, et… pas de grèves).
 
Le plus frappant sont les liaisons. Aux stations, une véritable gare de bus (toujours couverte car il pleut souvent, fermée et climatisée parfois) attend les usagers. Dans 3 stations, une correspondance est assurée avec un ou deux mini-métros automatiques (LRT) desservant des villes nouvelles faites de HBD très serrées, si bien que les habitants peuvent faire leur trajet domicile-travail de bout en bout sans avoir à beaucoup marcher. Il est vrai que la chaleur humide montant jusqu’à 36° rend la marche vite harassante. MRT, LRT et bus sont payables par la même carte magnétique.

Le vélo est aussi utilisé pour le trajet domicile-métro, plus que prévu, à voir les centaines de vélos attachés à tout ce qui peut accueillir un antivol (« low crime doesn’t mean no crime », disent les affiches).

A Kuala Lumpur, quatre systèmes de transport sur rail ou monorail coexistent sans possibilité de prendre un ticket commun. Il faut ressortir à chaque correspondance pour se retrouver momentanément dans la moiteur tropicale. Le dirigisme technocratique allié au despotisme éclairé singapourien est plus efficace !

Le péage électronique (ERP- Electronic road pricing) fait payer à l’automobiliste et au motocycliste, obligatoirement équipés d’un boîtier enregistreur, de un demi à quelques dollars singapouriens (0,5€) en zone dense en fonction du trafic du moment, ce qui est suffisant pour empêcher la congestion la plupart du temps. De plus, des taxes à l’achat (100%) dissuadent les classes moyennes de la possession d’un véhicule. Le réseau autoroutier à 2x3 voies, digne de Los Angeles, est pourtant parcouru par un trafic perpétuellement dense de véhicules utilitaires (l’Etat-ile est industriel), de bus, cars et taxis (toujours les transports en commun) et de grosses voitures : l’asiatique riche aime afficher sa réussite en Bentley ou Maserati malgré une limitation à 90 km/h. A KL, il y a encore plus d’autoroutes et des embouteillages.

Enfin, il y a la planification urbaine et ses groupements de tours serrées de HBD, de 15 étages à 40, pour les plus récentes proches du centre-ville, au nom de l’environnement et du non gaspillage de l’espace : 900 000 appartements, à 95% propriété de leurs résidents et logeant 80 % des 4,5 millions de Singapouriens, annonce le HBD. Sans compter les immigrés temporaires, qui n’ont pas ce droit à la propriété pour tous.

Reste à produire une électricité décarbonée pour que ce système ville et transports pour tous devienne durable pour le climat. Une centrale nucléaire serait idéale, mais le risque terroriste existe en Indonésie toute proche.

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