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Interview : La chaîne Energie

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Dr Geneviève Thiaucourt : le projet Medexis de Solvay


mercredi 02 mai 2007

Le groupe chimique et pharmaceutique Solvay, présent en France, en Belgique et dans de nombreux pays avec plus de 30.000 collaborateurs, a longuement mûri un projet de gestion des données sur la santé de ses personnels et la sécurité sanitaire de ses usines, Medexis. Interview de l’Agence Newsteam (avec audio).



Ecouter l'interview :





default textDr Geneviève Thiaucourt, vous êtes médecin coordinateur au sein du groupe Solvay (écouter le podcast audio - à venir) . Vous avez un projet, en préparation depuis dix ans, qui est la mise en place d’un outil informatique pour la collecte de données sanitaires sur les personnels et les postes. Quel est-il exactement ?

Solvay a un passé chimique long, plus de cent ans, et intègre la dimension santé depuis plusieurs années. Son souci est de mettre en place un outil qui permettrait de collecter, rendre accessible, optimiser, quantifier toutes ces données de santé de son personnel.
Le projet s’appelle Medexis (Medical Exposure Information System) qui est une base de données informatique qui va permettre d’enregistrer, à partir de maintenant et parfois aussi en reprenant des données passées, les connaissances de l’état de santé des salariés mais aussi de leurs parcours professionnels au regard des expositions aux risques.
C’est un projet mûri, démarré il y a  une petite dizaine d’années dans nos esprits, qui arrive dans une phase de pilotes, et, on l’espère, avec une application en routine dans les deux trois années qui viennent.


De quels types sont les données enregistrées ?


Notre objectif est d’avoir des données de type « dossiers médicaux », mais aussi des données de type « expositions » : expositions à quels produits chimiques, à quelles nuisances, dans quelles fonctions, sur quelles périodes, avec quelle fréquence.

Les données sont donc des données individuelles, qui vont servir au médecin et hygiéniste local, et des données collectives, utiles au niveau du pays ou du groupe. Medexis va permettre de collecter des données de reporting d’exposition à des agents, le « reporting plomb », le « reporting mercure », des bilans de maladies professionnelles ou autres groupements de pathologie par exemple. Un ensemble de bilans, soit sur un secteur d’activite, soit sur un pays, soit dans un domaine métier.


Cela implique donc des garanties en matière de secret médical, puisqu’il y a des données personnelles. Comment les assurez-vous ?

Aujourd’hui, en France, en Belgique, les organismes de santé mettent en place le dossier médical personnalisé. Je connais peu de médecins aujourd'hui qui n’ont pas de systèmes informatisés pour leur gestion au quotidien. Le patient bénéficie donc d’un dossier informatisé en plus d’un dossier « papier ».
Dans la médecine du travail, c’est la même chose, on voit les avantages que cela peut avoir pour la gestion des dossiers. Mais cela entraîne des contraintes. D’abord, il y a l’exigence d’informer les salariés que leurs données vont être intégrées dans des outils informatisés.
Mais aussi d’autres exigences, comme la déclaration à la CNIL, et des exigences de sécurité informatique. Nous les  avons abordées en prenant le plus haut niveau d’exigence de nos sites, celui de l’Espagne, où la législation impose des règles particulières.


En avez-vous discuté avec les syndicats ?

Nous avons présenté ce projet au niveau de notre comité européen. Nous l’avons présenté aussi au comité central d’entreprise pour la France. La sécurité est leur préoccupation  majeure, avec une autre préoccupation qui est celle de la pérennité des données, car l’outil informatique peut avoir ses insuffisances.
Je sens qu’ils sont tout a fait satisfaits de notre orientation, qui prend au sens large les risques classiques mais aussi les risques dits émergents comme le stress. Nous les sentons très favorable à ce type d’outil, mais devons leur garantir la déontologie médicale, le secret médical.


Est-ce un projet que vous appliquerez partout, aux Etats-Unis ou en Inde ?

Que ce soit pour cet outil de données médicales et d'expositions ou pour toute autre pratique, il existe chez Solvay des valeurs et une éthique qui nous guident de la même façon en Europe que dans les pays en croissance, comme l’Inde ou la Chine. Evidemment, il y a des questions de priorité et de ressources nécessaires au déploiement du projet. On ne va pas commencer dans un pays où l'on vient de s'implanter par mettre en place Medexis. Mais on va dans cette direction.
En France, nous avons une médecine du travail bien réglementée, il me semble, un peu en avance par rapport à d'autres pays, même européens. Nous profitons de cette richesse pour valoriser notre projet.

Propos recueillis par Yves de Saint Jacob

Le contexte

De même que le numérique est entré à la Sécurité sociale et dans le cabinet du médecin traitant, les outils informatiques sont de plus en plus souvent utilisés par les entreprises pour stocker et gérer les données sanitaires liées à leur activité. Il s’agit pour elles de recenser et étudier les risques du travail effectué dans les différents postes mais aussi de tenir les dossiers médicaux de leurs personnels pour y déceler de possibles conséquences de l’activité professionnelle.

En mettant en rapport ces données, l’entreprise trace le parcours de ses employés sur leurs différents postes de travail, connaît à quels risques il ont été exposés à tel ou tel moment, identifie des « groupes de risques similaire» et peut déceler chez un individu les symptômes de telle ou telle maladie. Le suivi peut être élargi aux retraités pour les risques à long terme. Tous les risques doivent être pris en compte, que ce soit les maladies liées à des agents chimiques, des postures au travail, du stress, etc…

Un tel projet se heurte à de multiples difficultés :

- la mise en place d’un outil informatique efficace coûte très cher.
- il implique un investissement personnel des médecins du travail, qui ont souvent plusieurs entreprises à charge et peu de temps à consacrer à chacune.
- le suivi est difficile dans le cas d’emplois intérimaires et précaires.
- le salarié –et son syndicat éventuel- doit être convaincu que l’objectif est bien une meilleure protection de la santé au travail et pas un risque pour le déroulement de sa carrière ou une intrusion de l’employeur dans sa vie privé. Car comment faire la part entre la pathologie professionnelle et l’hygiène de vie du salarié hors de l’entreprise ?
- les garanties de secret doivent êtres fortes dans un domaine où les recours juridiques sont fréquents.

Au cours d’un débat organisé le 25 avril par EPE (Entreprises pour l’Environnement),  Donat Décisier, chargé de l’activité Développement durable et environnement au sein de la CGT, a reconnu le rôle des entreprises dans l’action pour la santé des personnels, mais soulevé plusieurs points. Importance des garanties de secret, danger de l’intérim et de la sous-traitance,  refus du concept de « risque acceptable ». « Le risque zéro n’existe pas, mais la tolérance zéro doit s’imposer », a-t-il dit.

Plusieurs responsables d’entreprises ont fait part de leurs expériences :

- SOLVAY (groupe chimique et pharmaceutique) – Olivier Monfort, directeur général de Solvay France, a présenté le projet Medexis (Medical Exposure Information System), intégré dans le projet informatique global de l’entreprise, et visant à instaurer les mêmes standards dans tous les établissements du groupe, en France et dans le monde. Voir l’interview du Dr Geneviève Thiaucourt.
En savoir plus – un article sur la politique du groupe en matière de systèmes d’informations

- EDF-GDF – Dr Jacques Lambrozo ; directeur du service des études médicles d’EDF-GDF- Les sociétés autrefois unies ont constitué en 1989, en lien avec  l’INSERM, une « cohorte » épidémiologique de plus de 20.000 agents dénommée GAZEL dont 300 médecins assurent le suivi, au travail et lors de leurs congés maladie. Les résultats orientent les politiques de santé et de prévention du groupe et apportent des enseignements sur la santé publique en général. En savoir plus :  le projet Gazel

- ARCELOR-MITTAL (usine Sollac de Dunkerque) – Dr Brigitte Courcot, médecin du travail.  Dans cette usine aux expositions multiples (oxydes de fer, amiante, brouillards d’huiles, poussières…), les cas de plus de 17.000 personnes ont été étudiés entre 1968 et 1998, avec suivi des retraités et analyse des causes de mortalité. L’étude a infirmé la présomption de nocivité des oxydes de fer mais a permis de découvrir des liens entre brouillards d’huiles et cancer de la vessie.
En savoir plus : une étude de l’INRS


RENAULT – Observatoire médical du stress, de l’anxiété et de la dépression (OMSAD) – Depuis 1998, chaque employé peut répondre, s’il l’accepte, à un questionnaire non nominatif sur le stress avant sa visite annuelle. Il peut en discuter avec le médecin du travail. Les résultats de l’enquête sont analysés et ont conduit à des actions, comme des séances de relaxation dans certains établissements.
En savoir plus : une étude de l’ANACT
 

SECTEUR PETROLIER – Un accord de branche entre l’UFIP et les syndicats est intervenu en janvier 2007. des carnets individuels de suivi seront créés en remontant dans le passé depuis le début des carrières.
En savoir plus : l’accord de branche




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