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  François Dauphin est ingénieur INSA Génie Electrique 1984, Supélec 1985 et diplômé de l'Ecole de Management de Lyon en 2002. Il est depuis janvier 2012 en charge du développement pour les pays francophones...

NEST : un pari à 3 milliards de dollars


mardi 06 mai 2014

En rachetant la PME spécialisée dans le thermostat intelligent, Google met un place un modèle économique original qui pourrait se révéler profitable, dans beaucoup de secteurs.


L'annonce du rachat par Google de NEST, PME ayant développé un nouveau thermostat intelligent, pour la somme colossale de 3 milliards de dollars, en a surpris plus d'un. Il est vrai qu'une telle somme valorise la start up californienne de 3 ans d'âge au tiers de la valorisation d'Energias Do Portugal, un groupe de plus de 12 000 collaborateurs et disposant de plus de 10 millions de clients.

Pour comprendre cette acquisition, il convient de revenir aux tendances principales du marché de la distribution électrique.  D'un côté, le développement des énergies renouvelables et des véhicules électriques va modifier très sensiblement les modalités de contrôle des réseaux, ceci plus particulièrement pour la basse tension. Il va engendrer des besoins croissants d'outils facilitant l'équilibrage entre l'offre et la demande. Cela vaudra tant pour la réserve dite primaire (à une minute) que pour le passage du pic de consommation de 19h.

En parallèle, les distributeurs électriques comme les entreprises de production vont être soumis, dans deux décennies environ, à l'émergence d'une concurrence accrue des énergies décentralisées. Une récente étude du Rock Mountain Institute estime que, dès 2025, 20% des clients américains auront économiquement intérêt à se déconnecter du réseau pour adopter des systèmes de production délocalisé avec stockage. ERDF évalue actuellement ses amortissements sur une durée de 50 ans. A cet horizon de temps, le réseau sera concurrencé par des solutions alternatives économiquement viables depuis une voire deux décennies déjà.

Un modèle économique innovant

La quadrature du cercle pour les distributeurs consiste donc à disposer de moyens d'adapter la consommation sans investir massivement dans des actifs à long retour sur investissement.  Et c'est là que la solution NEST prend tout son intérêt. Dans tout système de pilotage de l'énergie, les investissements dans les équipements déportés représentent l'essentiel du coût. Dans le projet Linky, les compteurs et l'installation associée représentent plus de 80 % du coût du projet. Même chose pour le système d'éco-conduite des trains récemment livré par Hewlett Packard à l'entreprise de transports ferrés KTZ. Dans le modèle NEST 80 % des charges d'investissement sont pris en charge ...par les particuliers.

Sur la base d'un système dont il ne supporte qu'une part marginale des coûts, Google va développer une offre de service permettant aux distributeurs électriques d'influer localement sur la consommation ... mais ils devront rémunérer Google pour ce faire. Aux USA, certains distributeurs payent déjà jusqu'à 50 $ par an et par thermostat. Compte tenu des prix actuels de l'effacement en France (plus de 10 000 euro/MW) on peut penser qu'un prix de 50 à 60 euros pourrait être payé à terme pour chaque foyer équipé. Sur la base de 15 % des foyers français cela représenterait une redevance annuelle pour ERDF de l'ordre de 260 millions d'euros (2% de son chiffre d'affaires).  Un montant exorbitant ... pas si sûr si l'on en juge à l'étude récente de la DEFRA (ministère de l'énergie britannique) qui estimait la valeur actuarielle nette d'un investissement dans les technologies de réseaux intelligent à 12 milliards de livres sterling.

En offrant sur le thermostat NEST des systèmes de communication, le modèle économique peut être étendu à d'autres équipements ... accroissant encore la valeur des services rendus. Etendu à l'échelle planétaire, le concept de  Google pourrait être en mesure de générer des revenus qui se chiffreraient en milliards de dollars. Si le succès commercial est au rendez-vous, Google aura réussi le double pari de transformer les entreprises de distribution électrique en vaches à lait tout en faisant travailler l'argent investi par ses clients. Un pari qui valait peut être trois milliards de dollars.

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2 commentaire(s)
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Commentaire par Hervé
mercredi 07 mai 2014 13:29
Mis a part son côté design, Nest est plutôt une coquille vide. NetAtmo fait la même chose en France, et beaucoup des fabricants spécialisés sur cette activité on déjà la connectivité internet dans leur offre. De plus l'approche Smartgrid par internet est extrêmement dangereuse car mettra la stabilité du réseau électrique à la portée des pirates. C'est une très mauvaise idée. Il faut absolument constituer un réseau séparé et intrinsèquement sûr. Tout est a faire dans ce domaine. Les 3 milliards de Nest sont probablement une forme sophistiquée de blanchiment de pognon...
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Commentaire par Marc Guerder
mercredi 07 mai 2014 14:49
Excellent article!
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