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Par Yves Egal

 - Ingénieur Conseil en Ecologie Urbaine
Auteur
Yves Egal, 59 ans, est ingénieur conseil en écologie urbaine. Il a notamment participé à l'étude "les alternatives à un troisième aéroport dans le bassin parisien" »...

Grand Paris : vive la densité et les tours « durables »


lundi 11 mai 2009

Entre fantasme de ville nouvelle et idéologie du retour à la terre, qu'est-ce que l'urbanisme durable ? En tout cas pas la fausse bonne idée des éco-quartiers



L'expression Grand Paris devait désigner une super-commune permettant une gouvernance mieux coordonnée de l'agglomération parisienne, sur le modèle du Greater London, dont le maire a assez de pouvoir pour avoir pu imposer le péage urbain. Mais les élus n'aiment pas perdre un mandat, surtout celui de maire, fort rémunérateur en reconnaissance sociale, et le Grand Paris est passé de l'idée politique à un concept architectural.

Pourquoi consulter des architectes sur l'urbanisme, matière qui concerne surtout la géographie et les systèmes de transports ? Parce que le dessin numérisé de ces artistes est bien plus parlant pour évoquer l'utopie sans cesse renouvelée de "la ville du futur", désormais appelée ville durable. Le Grand Paris n'est rien d'autre que la poursuite de ce que les schémas directeurs ont prévu depuis 50 ans, verdi par le discours (et les ordinateurs) du moment. Mais, au milieu de poncifs (polycentrisme, liaisons banlieue-banlieue, rapprocher domicile et travail) et de quelques "iaka" sur le transfert modal massif vers le vélo et les transports en commun, les architectes ont fait passer une idée essentielle à l'urbanisme durable : la densité, avec son totem qu'est la tour et sa conséquence qu'est le péage urbain.

Car "faire" un Grand Paris durable consiste à adopter un seul mot d'ordre : densifier les tissus et les réseaux existants. Travailler sur le "déjà-là" comme dit Paul Chemetov, terminer ce qui a été commencé, poursuivre et automatiser les lignes de métro et RER, boucler les rocades autoroutières et ferrées, laisser de la liberté aux architectes pour faire de belles et hautes tours "durables" en des lieux emblématiques et supprimer les contraintes malthusiennes qui encombrent les PLU. Non facit saltus natura, laissons la ville croitre naturellement en hauteur plutôt que par étalement. Il doit être interdit d'interdire de densifier. Mettre du rêve derrière ce mot qui sème l'effroi dans tous les conseils de quartier de France, voilà le grand mérite de la consultation d'architectes vedettes pour le Grand Paris.

Par la même occasion médiatisée, on a oublié la fausse bonne idée des éco-quartiers, actuellement vantés par tant de villes, françaises ou étrangères, qui sont surtout des quartiers pavillonnaires éloignés de tout métro et devant se contenter de bus épisodiques. Tout ce qui est économisé en chauffage, par une architecture durable, est perdu en carburant des voitures particulières, du fait d'un urbanisme non durable.

A l’inverse, la densité favorise la performance économique et écologique : meilleur accès aux lieux de travail et de commerce, plus grande concurrence et meilleure productivité avec moins d'énergie et de temps consommé. Elle permet de faire des économies d'échelle sur toutes les infrastructures du seul fait qu'elle augmente le nombre d'usagers potentiels par kilomètre investi : transports, distribution d'énergie, communications (téléphone, câble, hertzien), eau, égouts, collecte des déchets, chauffage urbain et réseaux de froid. On économise sur tout en rapprochant les gens les uns des autres, et les appartements contigus récupèrent les fuites énergétiques de leurs voisins. Il est moins cher de renforcer un réseau de métro/RER existant que d'aller chercher les nouveaux périurbains avec des lignes nouvelles de trams trop lents pour être attractifs, ou de métros trop chers pour être réalistes.

De plus, la densité permet la compacité des villes, qui économise l'espace et protège la biodiversité à l'extérieur de la ville, bien plus efficacement qu'à l'intérieur d'un éco-quartier, aussi bien fait soit-il.

Paris est déjà une ville dense, donc durable. Reste à étendre le modèle à toute l'Ile de France.

1 commentaire(s)
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Commentaire par Fabrice S.
lundi 11 mai 2009 10:15
Pourquoi pas, mais encore faut-il que ces villes denses soient vivables. Si le "retour à la terre", c'est-à-dire le rêve de vivre en petits pavillons individuels à 30 km d'une ville, est remplacé par la vie infernale en cités, ça ne séduira personne !
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