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Solaire photovoltaïque: le débat continue sur "la chaîne Energie"


mardi 28 décembre 2010

La trêve des confiseurs n'est pas respectée par les partisans et adversaires du décret gouvernemental suspendant les aides aux projets photovoltaïques. Plusieurs contributeurs de "la chaîne Energie" croisent le fer...


L'article d'Hervé Nifenecker Faut-il sauver le photovoltaïque version Grenelle mettait en cause l'"invraisemblable"obligation d'achat à des tarifs avantageux de l'électricité solaire et suggérait des pistes différentes pour développer cette énergie renouvelable (de la chaleur plutôt que de l'électricité, le choix de pays ensoleillé, des mesures pour l'autoconsommation plutôt que pour la revente,...).

L'un des contributeurs réguliers de la chaîne Energie", Francois Dauphin, lui a répondu en quatre points:

1 - vos facteurs d'émission (contenu carbone du KWh) datent de 2004 et ne prennent donc pas en considération l'augmentation importante des importations d'électricité carbonée réalisée par le France pendant les pics de consommation d'hiver et d'été.

2 - votre argument concernant le renforcement des réseaux (de transport de l'électricité) n'est pas justifié pour le PV. De très nombreuses études montrent que l'on peut installer jusqu'à 25 % de production décentralisée de PV sans renforcement des réseaux. Une étude publiée par le Commission Européenne montre même que l'on pourrait avoir un mix énergétique 100 % vert sans renforcement notable des réseaux.
 
3 - votre argumentaire concernant l'autoconsommation est parfaitement justifié et fait partie de la plateforme de propositions de Touche Pas A Mon Panneau Solaire. Votre argumentaire sur le solaire thermique est lui aussi juste.
 
4 - il existe un "pays ensoleillé ne disposant pas d'un réseau électrique développé" pas très loin de chez nous. Ce pays s'appelle la Côte D'Azur d'où la proposition de Touche Pas A Mon Panneau Solaire d'y favoriser un minimum de 25 % de notre objectif national

Hervé Nifenecker a répondu au point 2 en soulignant qu'il n'y a bien sûr pas de problème dans les cas d'autoconsommation de l'électricité solaire produite, mais qu'il n'en va pas de même pour celle produite pour être revendue  au réseau central. Il cite une annexe du rapport de la Commission européenne "infrastructures énergétiques dans l'UE pour 2020 et au delà"publiée dans le numéro d'Enerpresse du 8 décembre 2010. Il y est fait état du "principal défi auquel les réseaux électriques font face : absorber la production excédentaire d'origine éolienne, qui ne cesse d'augmenter, dans les mers septentrionales et la production excédentaire d'énergie renouvelable, en augmentation également, dans le Sud-Ouest et certaines parties du Sud-Est de l'Europe (...)". L'annexe indique que "les nouvelles autoroutes (électriques) devront prendre en compte les zones de production excédentaire existantes et futures, comme la France, la Norvège et la Suède". "Ce système d'autoroutes devra également être prêt à intégrer des connexions potentielles au-delà des frontières de l'UE, vers le Sud et l'Est, afin de pouvoir profiter pleinement du potentiel considérable des énergies renouvelables dans ces régions", ajoute l'annexe.

Un intervenant a pour sa part fait état dans les commentaires au papier de M. Nifenecker de la lettre d'Ariane Vennin (voir ses contributions), porte-parole d'Ecologie sans frontières à la ministre de l'écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet.

Voir la lettre d'Ariane Vennin. A noter qu'Ariane Vennin annonce que le tribunal des conflits de la Convention européenne des Droits de l'Homme avait jugé le Grenelle 2 contraire à cette convention (voir son blog).

Dans sa lettre à NKM, Mme Vennin conteste notamment l'affirmation souvent entendue que 90 % des panneaux installés en France sont chinois.

"La puissance installée totale au 30 septembre 2010 était de 614 MWc (source ERDF). La capacité de production française de panneaux était de 191 MWc à fin 2009 (source syndicat français des producteurs de panneaux). Si comme vous le prétendez 90 % des panneaux installés en France viennent de Chine où passent les panneaux français ?
La France serait-elle devenue exportatrice de panneaux sans que vos services du commerce extérieur ne l'aient remarqué ? Non, tout simplement les panneaux français sont installés sur notre sol national. Ainsi en septembre 2010 sur 166 MWc de fermes au sol 21 % étaient équipées de panneaux français (source le journal du photovoltaïque) et 20 % des toitures de plus de 100 kWc le sont aussi (même source).
Et vous noterez que ces chiffres ne prennent en compte ni les panneaux de nos partenaires européens... ni les 70 MWc installés avec des panneaux américains Firstsolar !"

La chaine Energie publiera demain sur "la chaine Energie" une analyse descriptive de la filière solaire française par Richard Loyen, directeur délégué d'Enerplan , l'association professionnelle de la filière solaire.

3 commentaire(s)
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Commentaire par DIBERG
mardi 28 décembre 2010 14:40
La situation actuelle me rappelle celle de l'éolien il y a pas si longtemps.
Que n'a-t-on entendu alors : cela défigure les paysages, cela produit des infrasons nocifs pour la santé, cela tue les oiseaux et les chauves-souris. Je crois revivre tous ça !!!
Les modules de production sont chinois (à qui on veut bien vendre de TGV, des avions et des centrales nuclaires), cela déstabilise les réseaux électriques, ça sert à rien. ........
Continuons donc à faire du nucléaire qui lui, au moins, ne coûte pas cher.............
Quand comprendrons nous (afin certains) que les énergies renouvelables se comportent, sur un réseau, comme un consommateur négatif. Comment expliquer à tous ces "experts" que l'équilibre d'un réseau est caractérisé par la tenue de la fréquence. Lorsque ces énergies de flux (renouvelables) injectent au réseau la production devient supérieure à la consommation, il en résulte une "régulation" des autres sources qui rméne la fréquece à 50 Hz et donc une économie des énergies primaires fossiles ou de l'eau des barrages pour une utilisation "plus tard".
La seule discussion : quel coût du kWh économiquement acceptable ?
[2]
Commentaire par ENRa
mercredi 29 décembre 2010 08:44
Au delà de tous ces argumentaires, on peut se demander pourquoi le photovoltaïque devrait rester la filière privilégiée : 50% du coût total du Grenelle (15,6Md€) pour seulement 6,6% de contribution à la croissance des ENR. (source DG Trésor - Impacts macroéconomiques du Grenelle de l’Environnement - 12/2010)
Peut-être que le photovoltaïque passe mieux dans les annonces politiques que d'autres filières moins glamour.
[3]
Commentaire par Socrate
jeudi 30 décembre 2010 12:10
@ ENRa

Ces chiffres tirés du rapport établi par l'IGF et ce cher M Charpin, administrateur ErDF, pro-nucléaire décomplexé (voir ses précédents mémo), sont basés sur des extrapolations et non sur la réalité des raccordements effectifs.
D'autre part, ils ne tiennent pas compte de la réévaluation du prix de l'électricité que ce même DG Trésor évalue à 30%, hors polémique photovoltaïque, par la seule mise en application de la loi NOME et la cession de 25% des outils de production. Cette réévaluation permet de réduire part CSPE affectée à la différence tarifaire du photovoltaïque et du prix de marché de l'électricité.
Enfin, il ne tient pas compte des progrès de rendement (100% en 3 ans) du photovoltaïque et de la réduction des coûts de fabrication, soit la parité réseau plus vite qu'initialement prévue.

De plus, le photovoltaïque représentera un marché international énorme où nous serons absents si nous continuons à ergoter sur la couleur du crottin pendant que nos partenaires européens développent une filière mâture et génératrice d'emplois... Ce que ne fait pas le nucléaire en passant.

Bien à vous