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"Sauvons le climat"  est une association qui s'est fixée pour objectif de "diffuser une information impartiale et scientifiquement fondée sur le réchauffement climatique et les questions...

La contradiction de la politique européenne de l'électricité


jeudi 05 décembre 2013

D'un côté, l'Europe appelle à la libéralisation du marché, de l'autre elle recommande les politiques de soutien aux énergies renouvelables : il faut mettre de l'ordre dans cette situation contradictoire.


Lire l'étude complète de « Sauvons Le Climat »*

Une contradiction va croissante dans la politique européenne de l'électricité. Deux logiques co-existent : d'une part la logique de la concurrence, d'autre part celle qui vise à la promotion des énergies renouvelables, notamment de sources intermittentes.

C'est en 1996 que, on s'en souvient, l'Union Européenne adoptait le principe de la libéralisation, par étapes, des marchés  de l'énergie. C'était l'époque où Steve Littlechild, qui commençait son deuxième mandat à la tête de l'OFFER - le bureau britannique de régulation des marchés de l'électricité - nous expliquait que son successeur n'aurait qu'à fermer la boutique, l'énergie devenant alors soumise au seul droit commun de la concurrence. En février 2011, comme le processus de libéralisation ne progressait pas suffisamment vite à leur gré, les Etats membres se donnèrent l'année 2014 comme objectif pour parfaire le marché intérieur de l'électricité.

Mais en 2009, l'Union approuvait une directive qui jetait les bases légales de la promotion des énergies renouvelables, notamment en leur accordant la priorité pour l'accès au réseau et laissant aux états membres la possibilité de les subventionner - notamment sous forme de prix garantis. Cette dérogation au principe de la concurrence se justifiait du fait qu'il s'agissait de soutenir des industries naissantes, ce que, aux dires mêmes de leurs promoteurs, elles ne sont plus.

Pour sa part, l'Allemagne avait fait, dès 2000, du développement des renouvelables la composante essentielle de sa politique de sortie du nucléaire. Aujourd'hui ce pays dispose d'un parc installé de plus de 65 GW de sources intermittentes (éolien et solaire). En 2020, on estime que, du fait de la production éolienne et solaire, le productible allemand sera supérieur à la demande intérieure pendant 30% du temps. De ce fait, les marchés de gros (qui représentent 40% de l'électricité commercialisée en Allemagne) s'effondrent et cessent de jouer leur rôle qui est d'envoyer aux investisseurs le « signal prix » censé indiquer les marges du système et, partant, les besoins en investissements, notamment ceux qui sont nécessaires pour pallier les conséquences de l'intermittence.

Les marchés européens étant  couplés, ce dérèglement du marché, qui a pour origine l'explosion des énergies renouvelables en Allemagne est désormais le lot de l'ensemble des marchés de la « plaque de cuivre » européenne.
 
Face à cette contradiction entre court terme (effondrement des prix) et long terme (absence d'incitation au financement d'investissements), les pays membres développent, chacun de son côté, des marchés de capacité.

C'est pour mettre un peu d'ordre dans le système que se tiendra en mars prochain un Conseil Européen de l'énergie (aides d'Etat, harmonisation des politiques de soutien aux renouvelables, paiement de capacité etc.).

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5 commentaire(s)
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Commentaire par Monnier
vendredi 06 décembre 2013 01:31
"Sauvons le nucléaire", but réel de cette association qui se prétend défendre le climat en se limitant à dénigrer les énergies renouvelables ferait bien de regarder les médiocres résultats de son secteur. --- Malgré les mirobolantes promesses faites dans les années 1970, la réalité ne correspond heureusement pas à ce qui était claironné. --- --- http://energeia.voila.net/nucle/nucleaire_prevision_realite.htm --- On ne peut pas dire que le nucléaire soit une énergie naissance, avec le premier réacteur commercial pour la production d'électricité mis en service en juin 1954 à Obninsk (Russie) et le second en août 1956 à Calder Hall (Grande-Bretagne). --- Pourtant, le nucléaire EPR britannique a besoin d'un tarif d'achat de 92,5£/mWh (valeur 2012) indexée sur les prix à la consommation depuis 2012 et valable pendant 35 ans à partir de la mise en service vers 2023. --- Avec déjà 3% d'inflation en un an chez nos voisins, cela nous fait déjà 95£/MWh (114?/MWh). ---
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Commentaire par Monnier
vendredi 06 décembre 2013 01:48
De son côté, une centrale photovoltaïque allemande mise en service ce mois de décembre 2013 ne bénéficie que d'un tarif d'achat de 96?/MWh. --- http://energeia.voila.net/electri2/nucle_gb_solaire_de.htm --- Alors qu'en 2023 le tarif pour l'électricité nucléaire britannique sera sans doute devenu 140?/MWh (indexation), le tarif pour le solaire allemand provenant d'une nouvelle centrale ne devrait pas dépasser 65?/MWh. --- Le solaire deux fois moins cher que le nucléaire. De quoi payer des systèmes de stockages résidentiels pour consommer le soir, à l'heure de pointe, l'électricité produite en excédent au cours de la journée.
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Commentaire par papijo
vendredi 06 décembre 2013 10:49
@Monnier. Effectivement, l'Allemagne a donné un grand coup de frein sur le photovoltaïque dans le but d'en limiter les capacités, comme elle s'apprête maintenant à le faire pour la méthanisation. Par contre, nous attendons impatiemment le jour où vous nous annoncerez avoir inventé ces fameux "systèmes de stockage résidentiels" capables de stocker jusqu'à la fin de la nuit l'électricité produite le jour ! Et aussi trouvez nous une solution pour faire produire le soleil en hiver, et pas seulement en été. A cette heure-ci (10 h 40) RTE nous dit (ici) que le photovoltaïque ne produit pour une puissance installée de 3500 MW que 650 MW (18%), et pourtant c'est une journée "très ensoleillée" !
[4]
Commentaire par Gépé
vendredi 06 décembre 2013 13:44
L'électricité,comme toutes les formes d'énergie,ne doit pas être considérée comme une simple marchandise;elle a un aspect social comme le travail qu'elle remplace pour apporter des gains de productivité.Il faut en tenir compte.
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Commentaire par carl
dimanche 08 décembre 2013 08:24
le problème n'est pas que dans la compétitivité ...a l'origine les ENR étaient pour diminuer nos émissions de co2 !...puis transformé en pour sortir du nucléaire ....le probléme c'est qu'aujourd'hui sans solution de stockage les ENR intermittentes ne luttent ni contre le CO2 ( car elles doivent être couplées avec des nouvelles centrale thermiques ) ni contre le nucléaire car elles ne remplaceront que quelques réacteurs ...pas plus . ...De plus pour les éoliennes , elles dénaturent complètement notre environnement et on n'en mesure pas encore les conséquences . ...Alors c'est quoi les ENR telles qu'elles sont aujourd'hui ( éoliennes et solaire en France à la production injectée dans le réseau ) : fausses solutions surtout , idéologie et masochisme , business totalement artificiel aussi . Un gros gaspillage d'argent en tous les cas . Argent qui serait beaucoup plus utile dans les économies d'énergie et la recherche .
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