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 - Professeur émérite à l'Université de Paris XII
Auteur
Professeur émérite à l'Université de Paris XII, il a fait ses études à HEC, à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de l'Université de Paris, à l'Université Harvard,...

Eolien : les limites du "modèle" danois


lundi 24 octobre 2011

Le Danemark est le pays le plus éolien d'Europe. Mais la part éolienne dans le mix électrique plafonne, le kWh est cher, et le système ne marche qu'avec l'aide des voisins du Danemark.


Le Danemark est souvent présenté en France comme le paradis de l'énergie éolienne.

Ce pays a en effet été un pionnier dans la production d'électricité éolienne, qui y a été développée dès le début des années 2000. Il en a tiré un avantage industriel : les fabricants danois de turbines ont une longueur d'avance sur les autres, et exportent bien ces produits.

Vive les Danois ! Imitons-les sans davantage tergiverser. Un examen plus attentif, cependant, conduit à tempérer cet enthousiasme.
 
 Le tableau suivant présente la production d'électricité selon les sources en 2008 (dernière année pour laquelle existent des statistiques disponibles).
 














(ndlr : la deuxième colonne indique le pourcentage par rapport au total de la production, la troisième le pourcentage par rapport au total disponible, après prise en compte des importations/exportations d'électricité).

La part de l'éolien dans la production d'électricité est de 19% au Danemark. C'est plus que nulle part ailleurs, et notamment qu'en Espagne (15%) et qu'en Allemagne (6%). Mais cela reste faible. Dans le pays le plus éolien du globe, le vent assure moins du cinquième des besoins en électricité du pays. Et cette part n'augmente plus depuis 2004.
 
 Un deuxième point, que montre bien le tableau 1, est que l'électricité danoise est une électricité très polluante - malgré l'éolien, ou plutôt à cause de l'éolien. Elle est en effet principalement produite à partir de charbon, dont la combustion rejette beaucoup de CO2, et aussi de particules et d'oxyde d'azote. La deuxième source d'électricité est le gaz danois de la mer du Nord. Le gaz rejette moins de CO2 que le charbon, mais en rejette tout de même beaucoup lui aussi. Au total, quatre fois plus de CO2 par KWh que la France. Bien la peine de tenir à Copenhague la conférence que l'on sait sur la nécessité absolue de réduire drastiquement les rejets de CO2 !
 
 Troisièmement, le « succès » éolien du Danemark a un coût, et un prix. L'électricité éolienne ne s'y est développée que parce qu'elle était lourdement subventionnée au moyen de prix d'achats forcés élevés, comme en France et ailleurs en Europe du reste. Le résultat est que les consommateurs danois payent l'électricité plus cher que nulle part ailleurs en Europe, et même dans le monde, si l'on en croit les données de l'Agence Internationale de l'Energie : 0,25 €/KWh, deux fois et demie plus cher qu'en France.
 
 Le quatrième point est le plus important. L'inconvénient principal de l'énergie éolienne, outre son coût, est son intermittence. Le vent souffle quand il veut, s'arrête, repart. On a donc trop d'électricité éolienne à certains moments, et pas assez à d'autres moments. Ce caractère stochastique de l'éolien soumet le système de production à de véritables chocs, d'autant plus difficiles à gérer que la part de l'éolien est grande. L'intermittence de l'éolien impose ainsi une limite finalement assez basse à la part de cette énergie dans le bouquet électrique.
 
Comment gère-t-on au Danemark les problèmes causés par cette intermittence? En important et en exportant de l'électricité de/vers l'Allemagne, la Suède et la Norvège, avec lesquels le Danemark est très bien relié par de gros câbles. La part des exportations et des importations, ainsi que le montre le tableau 1, qui dépasse 30%, y est considérable. Les statistiques détaillées montrent que les exportations sont corrélées positivement, et les importations négativement, avec la production d'électricité éolienne. Lorsqu'il y a trop de vent (par rapport à la demande d'électricité danoise), l'électricité éolienne produite est vendue à la Norvège, qui l'utilise pour remplir ses barrages de retenue. Lorsqu'il n'y a pas assez de vent (toujours par rapport à la demande d'électricité), le Danemark achète, à un prix élevé, de l'électricité à la Norvège, qui la produit immédiatement en déchargeant ses barrages.
 
Tout cela n'est possible que parce que trois conditions sont remplies. L'une est que pays est bien connecté à des pays qui ont des excédents ou du stockage hydraulique. L'autre est que ces pays sont beaucoup plus importants que le petit Danemark et peuvent absorbent facilement les fluctuations de sa production. La dernière est que l'éolien compte pour moins de 20% dans la production danoise.
 
Ceux qui veulent importer, et dépasser, le « modèle » danois, et qui rêvent d'une France produisant la moitié de son électricité avec des éoliennes, feraient bien de méditer les enseignements de l'expérience danoise. L'enfer aussi est pavé de bonnes intentions.
 
9 commentaire(s)
[1]
Commentaire par irisyak
lundi 24 octobre 2011 08:49
je suis surpris de cet article. Ce personnage n'est jamais allé au DanemarK.
C'est un pays où les citoyens roulent à vélo. Les pistes cyclables ne sont pas rikiki comme en France ..
Ce pays passera prochainement à 50% d'éolien.
Il faut du courage pour faire ce que les autres ont peur de faire. Aujourd'hui cette industrie est reconnue. Nous le devons aux danois.
Les prix en France seront retenus vers le bas grâce à l'éolien. Le nucléaire nouveau a un prix inconnu aujourd'hui. Le prix augmente sans cesse. Le jour où il faudra payer l'achat de nouvelles centrales et payer le démantèlement des anciennes le vrai prix du nucléaire sera beaucoup plus clair ...
http://greengrowing.over-blog.com
[2]
Commentaire par Chelya
lundi 24 octobre 2011 10:31
Ce monsieur est un économiste... donc pas franchement la personne la plus compétente pour parler d'énergie.

En gros ici il ne fait que reprendre avec retard un document intitulé "Wind energy the case of Denmark" qui avait été écrit par un think tank néolibéral d'économistes (vous savez les fous qui considèrent que toute réglementation est un complot socio-communiste et qui veulent rétablir le vote censitaire pour éviter que les pauvres ne votent des règles...). Ceci explique d'ailleurs pourquoi il est incapable de sortir des chiffres plus récent que 2008 (en 2010 la part d'électricité produite par les éoliennes étaient Danemark,:24%, Portugal 15%, Espagne 15%, Irlande 10%, Allemagne 10%... ces chiffres continuent à augmenter)

Vous avez un travail d'universitaires danois assez détaillé qui réfute toute les conclusions (j'allais dire : évidemment, si tout le monde suit l'exemple du Danemark, y compris la Chine ou le Brésil, c'est bien évidemment parce que l'éolien est une des rares énergies qui soit à la fois propre et compétitive avec les énergies sales subventionnées !).

http://www.windpower.org/download/541/DanishWindPower_Export_and_Cost.pdf

Je rappellerais aussi que le prix de l'électricité au Danemark est composé à plus de 3/4 de taxes (dont une taxe carbone), c'est tout à fait normal qu'il soit le plus cher du monde puisque c'est un choix démocratique : le Danemark considère que l'énergie est un bien précieux qui doit être économisée.
[3]
Commentaire par Pak
lundi 24 octobre 2011 15:50
Les articles de M. Prud'homme sont d'une remarquable constance, ils laissent peu de place à la surprise, quel que soit le journal accueillant ses propos.
Il feint de montrer une bienveillance éphémère envers l'éolien danois. Mais ses informations semblent en effet dans la ligne du rapport commandé par l'IER, une fondation texane financée par des acteurs de l'industrie pétrolière (cf. Copenhagen Post).
L'éolien n'est pas la panacée, tout le monde le sait. Mais l'échange d'énergie entre barrages norvégiens et éoliennes danoises paraît plutôt montrer qu'il existe des solutions ingénieuses à l'irrégularité de la production éolienne !
En fait, si ces gens concentrent actuellement leurs attaques sur l'éolien, c'est parce qu'ils savent que c'est l'énergie propre la plus compétitive à moyen terme, donc la plus dangereuse pour eux.
[4]
Commentaire par VERDEBON
lundi 24 octobre 2011 22:13
Quel étonnant et candide commentaire que celui d'Irisyak ! C'est touchant mais complètement absurde. Le Danemark, l'année dernière, n'a implanté que 8 nouvelles éoliennes. Entendez vous bien : huit ! L'espace est totalement saturé par les éoliennes. Il est donc totalement impossible de passer de 20 à 50 % d'énergie éolienne.. et si tel était le cas, ca ne serait qu'en émettant 2 fois et demi plus de gaz à effet de serre.. Si tout le monde suivait cet exemple calamiteux, il ne faudrait plus 50 ans pour observer un réchauffement létal de la planète, mais dix ou vingt ans. Dans ces conditions, on peut toujours rêver de pédaler plus ! Si je suis bien d'accord pour dire que nous n'avons pas de vraie piste cyclable, le reste du commentaire n'est qu'un doux mélange de n'importe quoi. C'est certes attendrissant, mais totalement criminel !
[5]
Commentaire par robinio
lundi 24 octobre 2011 22:20
je crois qu'en fait l'auteur a raison ...l'éolien industriel sans solution de stockage c'est la catastrophe et beaucoup d'émissions de co2 induites !
si j'ai bien compris ( corine lepage ) il faudrait arrêter le chauffage électrique et donc les pompes a chaleur et voitures électriques ....arrêter les usines les plus gourmandes en période anticycloniques et ordinateurs aussi !
et en plus, il faudrait faire des lignes a trés trés haute tension de 1 millions de volts pour évacuer l'électricité nord sud et est ouest en cas de vent fort ou soutenu dans une région d'Europe .
bref tant de nuisances et paysages détruits pour un si médiocre voir pervers résultat ...c'est pour le moins pas écologique voir scandaleux ......il y a beaucoup mieux a faire avec notre argent !
comme dit jean marc Jancovici ..pour 1 KWH d'éolien il faut 1 kwh de carbonné ....les anti nucléaires veulent donc le retour au charbon !
quand au 50 % d'éolien de irisyak c'est mathématiquement strictement impossible ..en période anti cyclonique ils vont asphyxier ! seule peut être un pays comme la Norvége pourrait le faire car ils ont beaucoup d'hydrolique ( énergie souple aussi ) ..... mais ils en veulent pas ....! pas fous les vikings !




[6]
Commentaire par Hervé
lundi 24 octobre 2011 23:37
Excellent article (même si les chiffres datent ils sont corrects en ordre de grandeur)

Il faut aussi rappeler que si le Danemark est voisin de la Norvège qui a des moyens de stockage importants, ce n'est pas le cas de beaucoup d'autres Pays. Ce n'est pas parce que on a réussi localement a faire marcher un mix avec beaucoup d'éolien que c'est applicable partout.

Généralement, hors pays qui ont beaucoup d'hydrau (comme le Bresil, Norvège, et quelques autres) il est très difficile de dépasser 30% d'éolien dans un mix sans stockage massif ou un réseau THT vaste et dense (et couteux...). Il est peu probable que le Danemark arrive à ses 50%, le prix les stoppera avant.

Notre pays (la France) a un des meilleurs potentiels éolien exploitable d'Europe grâce à ces trois régimes de vent décorrélés. Chez nous il serait possible d'avoir 50% éolien, mais à quel prix (120000 machines, des lignes THT,... le cout...) Dans ma région, ils sont en train de construire des forets d’éoliennes, un désastre visuel (les riverains sont ravis, ça mets la zizanie dans les villages entre ceux qui sont pour car ils ont un bénéfice et ceux qui sont contre parce qu’ils ont les machines devant leur fenêtres…) Y a pas encore eu de mort, mais si ça continue….

En ce qui concerne l'Allemagne et pour compléter votre propos:

http://petrole.blog.lemonde.fr/2011/07/15/lallemagne-veut-financer-des-centrales-au-charbon-avec-son-fonds-clima

[7]
Commentaire par Alain Le Gargasson
mardi 25 octobre 2011 04:04
En aucun cas on ne doit changer une énergie de base, continue pour une intermittente. Entre novembre 2008 et décembre 2010 en Angleterre, la production éolienne a 124 fois atteint un point bas de 1% de la capacité, ce pendant cinq heures en moyenne; 51 fois, le point bas de la production s’est établi à 0,5% de la capacité, pour plus de quatre heures en moyenne.
Un exemple: à 17h30 le 07 Décembre 2010, lorsque le Royaume-Uni a enregistré sa quatrième plus grosse consommation 60.050 MW, le parc éolien de 5200 MW, n´a produit environ que 300 MW, un facteur de charge de 5,8%. Un des plus grands parcs éoliens du Royaume-Uni, la Ferme éolienne de Whitelee de 322 MW n´a fourni que 5 MW environ, un facteur de charge de 1,6%.
Pendant ce temps, le facteur de charge dans d'autres pays européens à la même époque était également faible. Le parc allemand a enregistré un facteur de charge d'environ 3% (830MW/25.777 MW) et le Danemark 4% (142 MW / 3.500 MW).
Ces chiffres confirment les arguments théoriques que quelle que soit la taille du parc éolien vous ne serez jamais en mesure de réduire le parc de production conventionnel. Un investissement très cher, surtout quand il ne produit pas quand vous en avez le plus besoin.
Alors, pas de nucléaire, pas de fossiles, vers 2050 nous retournerons en 1800, avant la révolution industrielle, puisque toute les énergies sont dépendantes du pétrole pour leurs construction et maintenance.
(Voir: Renewable Energy Foundation »Faible production
[8]
Commentaire par PSEUDO1111
mardi 25 octobre 2011 08:27
Le prix du nucléaire n'est pas inconnu, le coût du démantèlement est déjà prévu, et le prix de cet énergie est de loin le plus compétitif ... en france on tourne à 95 % de l'électricité produite sans CO2 ... Et si l'électricité augmente chaque année c'est pour payer l'europe et "les énergies vertes", d'un coté on paye la privatisation d'EDF et oui privatisation = bénéfice contrairement au service publique et EDF est obligé de racheté la production d'éolienne à un coût astronomique qui est forcément ventilé sur le coût avantageux de l'énergie nucléaire et sur la facture du consommateur, donc pour enrichir quelques écolos euh pardon investisseur on fait payer tout le monde ... Donc les danois même avec 50 % d'éolienne ils auront 50 % de l'électricité produite très polluante, et très coûteuse donc oui le modèle Danois n'est pas un exemple pour la france.
[9]
Commentaire par mich@
jeudi 03 novembre 2011 22:46
Très bon article, qui montre les limites et les conditions de l'éolien : pas plus de 25% dans un petit pays ! A qui cela profite-t-il de faire payer les contribuables et les consommateurs l'électricité trois fois plus cher ? La faillite de la Grèce, après l'Islande et d'autres pays, devrait nous inciter à plus de prudence.
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