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Francis Sorin, journaliste scientifique, est membre honoraire du Haut Comité pour la Transparence et l'Information sur la Sécurité Nucléaire et ancien responsable du Pôle Information de la Société Française...

Fukushima, Three Mile Island, Tchernobyl : points communs et différences


lundi 14 mars 2011

Deux grands accidents nucléaires ont marqué les mémoires. Fukushima entrera aussi dans l’histoire, mais qu’y a-t-il de commun, ou de différent avec Tchernobyl ou Three Mile Island ?


Rien à voir avec Tchernobyl. A Tchernobyl, le cœur du réacteur, détérioré suite à une explosion, s'est retrouvé à l'air libre. Il n'y avait pas d'enceinte de confinement ! La quasi-totalité des éléments radioactifs dans le cœur ont  été propulsés dans l'atmosphère par un incendie d'une extraordinaire virulence, qui était alimenté par les montagnes de graphite utilisées dans les réacteurs RBMK pour modérer la réaction en chaine. C'est cet incendie qui a propulsé à des kilomètres dans l'atmosphère les éléments radioactifs du cœur et qui a causé ce qui est resté connu sous le nom de « nuage de Tchernobyl », qui à dérivé autour de la planète. 

A Three Mile Island (voir le récit de Bertrand Barré), le cœur s'est trouvé en fusion mais l'enceinte de confinement a joué son rôle de barrière. Elle a empêché les produits radioactifs de s'échapper vers l'extérieur. Il y a eu des rejets dans l'atmosphère, déclenchés pour faire diminuer la pression. Mais ils étaient très faibles, et non significatifs pour l'environnement. Rappelons qu'il n'y a pas eu de morts, pas de blessés, pas de personnes contaminées.
 
A Fukushima, il y a, après la cuve du réacteur, une enceinte de confinement. La conjugaison du tsunami et du tremblement terre - des circonstances évidemment extrêmes- ont arrêté les alimentations électriques et bouché les arrivées d'eau. Les systèmes de refroidissement des réacteurs ont été détériorés, la pression d'hydrogène a augmenté dans les cuves. Face à cela, les ingénieurs ont décidé de relâcher de la pression dans un hangar pour que cet hydrogène ne reste pas à l'intérieur de la cuve ou de l'enceinte de confinement. Au contact de l'air, l'hydrogène peut exploser, c'est cela que vous voyez sur les images vidéo. Mais c'est un moindre mal.
 
Il y aussi de la radioactivité dans le nuage qui part de la centrale, probablement en quantité pas très importante. Ce nuage va se diluer dans l'atmosphère. Il n'est pas comparable au nuage de Tchernobyl : dans la source de la radioactivité de Tchernobyl, il y avait presque tout l'inventaire du cœur du réacteur. A Fukushima, la radioactivite dégagée est sans doute faible, disons en tout cas limitée.
 
 Cela peut durer plusieurs jours. Mais on peut espérer que cela va se résoudre. Il s'agit d'une chaleur résiduelle, qui va baisser petit à petit, car le réacteur ne fonctionne plus. A Tchernobyl, il marchait toujours.
 
Du temps pour se préparer
 
Si on n'arrive pas à refroidir le cœur, on peut penser qu'il y aura une fusion de tous les éléments et ce serait bien sûr problématique. Il y aura une surpression d'hydrogène dans la cuve ou dans l'enceinte, avec de nouveaux dégagements provoqués par les ingénieurs, ou au pire une déflagration. Celle-ci peut provoquer une brèche, donc une émission plus importante d'éléments radioactifs mais il ne faut pas voir cela comme une explosion nucléaire qui peut tout pulvériser.
 
La méthode consistant à utiliser de l'eau de mer pour refroidir n'est pas idéale mais quand on a rien d'autre sous la main, il faut l'utiliser. Il va y avoir des dépôts de sel qui peuvent boucher les canalisations. De toute façon,  on est quasiment sûr de pas pouvoir reprendre l'exploitation de la centrale qui sera sans doute définitivement détérioré.
 
Soulignons encore un point. Le problème actuel est la dispersion de la radioactivité a l'extérieur. Dans le cas des accidents nucléaires, on a, dans notre malheur, l'opportunité de s'y préparer. C'est ce qui se passe depuis vendredi. On a le temps d'évacuer la population, de distribuer des pastilles d'iode, d'inviter les gens à se calfeutrer chez eux. Quand un barrage rompt, quand AZF à Toulouse oui l'usine de Bhopal en Inde explose, il n'y pas d'alerte. Dans le cas d'accidents nucléaires les opérateurs ont encore un sursis.
 
(Propos recueillis par Yves de Saint Jacob)

  Francis Sorin est un des animateurs de la Société française d'énergie nucléaire
 
 
1 commentaire(s)
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Commentaire par alain vacquerie
lundi 14 mars 2011 23:30
Comment sont fabriquées les cuves et les enceintes de confinement ? En acier ? en autres alliages ? Y–a-t-il des recherches sur les métaux ? J’ai lu que les Japonais étaient les seuls a fabriquer des cuves d’un seul tenant, sans soudures et qu’ils les fabriquaient pour le monde entier, ce qui créait des embouteillages. Comment est l’EPR en matière de solidité de cuves et d’enceintes ? Où trouver des infos ?
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