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Sommet de Paris : les forces en présence


lundi 26 janvier 2015

Chaque année, à l'occasion de la Conférence des Parties (COP), se pose la question de savoir si la communauté internationale va réellement prendre à bras-le-corps le problème du réchauffement climatique. Qu'en sera-t-il à Paris en décembre ?


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A moins d'un an de la COP21, quelles sont les positions des principaux pays et groupes de pays ? Autant d'ingrédients d'une réussite ou d'un échec du sommet de Paris, considéré par beaucoup comme celui de la dernière chance.

L'opposition Nord/Sud

De façon schématique, les difficultés qui ont abouti à des accords a minima lors des COP précédentes, en particulier la COP20 à Lima, sont liées à l'opposition entre les pays en développement (le Sud) et les pays développés (le Nord).

Les pays en développement (G77+Chine, qui compte désormais 133 pays) sont attachés à l'interprétation du principe des "responsabilités communes mais différenciées" qui a prévalu à Rio en 1992 et à Kyoto en 1997 et qui a conduit les pays du Nord à assumer seuls des engagements de réduction de leurs émissions. Ils demandent également que les pays développés financent davantage le Fonds Vert, créé pour aider les pays en développement à atténuer les changements climatiques et à s'adapter à leurs conséquences, ainsi que le mécanisme des « pertes et dommages » causés par le changement climatique.

A l'inverse, les pays développés (les 41 pays listés dans l'annexe I de la CCNUCC, à savoir les pays membres de l'OCDE en 1992 et des pays de l'ex-URSS) ne veulent plus assumer seuls des engagements contraignants de réduction des émissions et souhaitent que soit prise en compte l'évolution des émissions et le développement économique récent de certains pays du Sud, à commencer par les plus grands comme la Chine, l'Inde et le Brésil, dont la situation n'a plus rien à voir avec celle de 1992.

Chine/Etats-Unis : un duo central

L'opposition Nord/Sud est symbolisée par le duo Chine/Etats-Unis qui produisent à eux seuls 42% des émissions mondiales de CO2. La Chine, devenue premier émetteur de CO2 en 2005, a franchi une nouvelle étape en 2013 : ses émissions ramenées au nombre d'habitants ont dépassé celles de l'Union Européenne. Elle pourra donc difficilement arguer de son faible développement économique pour justifier de moindres efforts. Et même si une partie de ses émissions correspond à des produits qui seront consommés en Occident, ce phénomène de transfert reste limité, comme le montre le graphique ci-dessous.

Courbes foncées : émissions territoriales / courbes claires : émissions des produits consommés
Source : Global Carbon Project 2
 
La position de la Chine et celle des Etats-Unis seront donc déterminantes pour que la COP21 à Paris aboutisse à un accord à la hauteur de l'enjeu qui est de maintenir l'augmentation moyenne des températures sous les 2 degrés. De ce point de vue, l'accord signé en novembre dernier entre la Chine et les Etats-Unis est un signal très positif. Qualifié par certains d'historique, cet accord inclut des objectifs chiffrés : les Etats-Unis ont fixé un objectif de réduction à l'horizon 2025 qui se traduit par baisse moyenne de leurs émissions de CO2 de 0,43 % par an. Pour sa part la Chine promet d'atteindre son pic d'émissions en 2030 au plus tard.
Néanmoins, l'ambition américaine reste limitée, et la traduction de cette résolution dans les faits s'annonce délicate : en premier lieu, elle subira l'opposition des républicains, devenus majoritaires au Congrès. Quant à l'engagement de la Chine, il est flou et très insuffisant. On peut tout de même espérer qu'il soit le signe d'une prise de conscience de la nécessité d'agir. La Chine est en effet confrontée à une dégradation catastrophique de l'environnement dont elle subit désormais les conséquences, à commencer par la réduction de l'espérance de vie. Le ras-le-bol de la société civile pourrait inciter le gouvernement chinois à infléchir sa position.

Les gros émergents : des pays « charnière »

L'Inde et le Brésil sont dans des situations particulières. Suite à une croissance économique importante et surtout à une explosion de leurs émissions, ils font désormais partie des plus gros émetteurs de GES (respectivement quatrième et huitième). Néanmoins, et contrairement à la Chine, leurs émissions ramenées au nombre d'habitants n'ont pas rattrapé celles des pays industrialisés.
La population indienne, majoritairement composée d'agriculteurs et de pêcheurs, est fortement vulnérable aux modifications provoquées par le changement climatique. Mais ses gouvernants n'ont pas pris d'engagement de réduction des émissions, estimant que les efforts incombent uniquement aux pays industrialisés. Notons que, comme pour la Chine, la croissance économique indienne est fortement dépendante des combustibles fossiles.
Le Brésil a une autre particularité : ses émissions proviennent davantage de la déforestation et de l'élevage du bétail que du secteur énergétique. Il aura donc moins de difficulté à réduire ses émissions. D'ailleurs, contrairement à l'Inde et à la Chine, le Brésil a joué un rôle actif et constructif lors des négociations internationales, notamment en proposant une troisième voie qui permettrait de sortir de l'opposition stérile Nord/Sud, à savoir la « différenciation concentrique ».
Une des questions centrales pour aboutir à un accord à la fin de l'année est donc celle de l'équité des contributions qui seront demandées à chacun, tenant compte de leur responsabilité dans la situation climatique actuelle, mais également de l'évolution récente de leurs émissions qui, pour les grands émergents, a fortement évolué depuis la signature du protocole de Kyoto. Ces pays se sont d'ailleurs regroupés de manière informelle, en marge des négociations de Copenhague, au sein du groupe BASIC, constitué du Brésil, de l'Afrique du Sud, de l'Inde et de la Chine.

L'Europe unie mais pas exemplaire

A la fin d'octobre, l'Union européenne était de son côté parvenue à un accord sur les trois objectifs climatiques :
* diminuer les émissions de gaz à effet de serre d'au moins 40 % d'ici à 2030 par rapport à 1990?(seul ce premier objectif sera contraignant),
* porter la part des énergies renouvelables à 27 % du mix énergétique,
* réaliser 27 % d'économies d'énergie.

L'UE a pour ambition d'obtenir en fin d'année à Paris un accord mondial juridiquement contraignant qui engagerait tous les pays dans une véritable action pour le climat. (...)

Dans les faits, les émissions des 28 pays de l'Union Européenne décroissent, principalement à cause d'une croissance économique à l'arrêt, mais également du fait d'un transfert d'émissions vers l'Asie, où une part de l'activité industrielle a été délocalisée. D'après le Global Carbon Project, en tenant compte de ces transferts, les émissions européennes « ne se sont que stabilisées » ces dernières années.
Les émissions européennes auraient pu baisser davantage si certains pays, comme la Pologne, l'Allemagne et la Finlande, n'opéraient pas un retour au charbon, choisi pour son prix et comme recours au nucléaire. A l'inverse, le Danemark compte sortir du charbon en 2025.

COP21 de Paris : la conférence de la dernière chance

C'est en tout cas ce que beaucoup d'observateurs prédisent, en premier lieu car l'urgence climatique conduit à penser qu'après 2015 il sera trop tard pour qu'un accord international intervienne à temps. De plus, un nouvel échec à Paris signifierait que les négociations multilatérales dans le cadre de l'ONU sont une impasse et qu'il est contre-productif de poursuivre un processus qui n'aboutit à aucun accord satisfaisant. Ce constat pourrait conduire les Parties à se rabattre sur d'autres solutions, par exemple des accords bilatéraux, comme celui adopté par la Chine et les Etats-Unis. Cette hypothèse constitue évidemment un pis-aller, car seul un accord mondial permettrait de répartir équitablement les efforts de réduction nécessaires entre tous les pays (...).


A.Martin


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4 commentaire(s)
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Commentaire par papijo
lundi 26 janvier 2015 20:38
Pourquoi vouloir nous imposer l'abandon du charbon ? Pourquoi faut-il croire les élucubrations du GIEC ? Pourquoi enfin s'alarmer parce que un (seul) organisme a déclaré que 2014 était l'année la plus chaude depuis ce que les climatologues appellent le "Petit âge glaciaire", alors qu'aucun média ne publie les chiffres en question pourtant publics et accessibles par internet (GISS-NASA) ? De 1998 à 2014, soit en 16 ans, la température moyenne de la terre serait passée de 14,61°C à 14,68°C, soit une augmentation de 0,07°C (beaucoup, beaucoup moins que ce que le GIEC et les médias nous ont prédit ) ! A ce rythme, dans 85 ans en 2100, la température aura encore augmenté de 0,37°C ... soit 15 fois moins que les 5 ou 6°C que l'on voit traîner dans la presse. Alors, laissons ceux qui n'ont pas les moyens d'avoir une énergie "plus noble" continuer à brûler leur charbon, et laissons les écolos utiliser leurs moulins à vent, leurs panneaux PV et leurs voitures électriques si cela les amuse, mais qu'ils les payent avec leur argent, pas avec le notre et encore moins avec celui des plus pauvres !
[2]
Commentaire par Monnier
mardi 27 janvier 2015 12:25
Le problème du charbon, ce n'est pas le CO2 bien évidemment. Mais les fumées du charbon ne contiennent pas que du CO2 et les autres constituants sont de réels polluants qu'il vaut mieux limiter autant que possible. --- D'un autre côté, la pollution du charbon ou du pétrole à le mérite de lutter contre la surpopulation mondiale. Mais d'autres méthodes, comme la contraception sont plus efficaces et moins dommageables pour les populations. --- Mais la production mondiale de charbon va entrer en déclin dans deux décennies et il faut dès maintenant commencer à le remplacer pour la production d'électricité. --- http://energeia.voila.net/fossile/charbon_declin.htm --- Le déclin de la production de pétrole va commencer bien plus tôt, dans les prochaines années. --- De grands changements sont en vue dans l'énergie et l'alarmisme sur le climat et le CO2 a peut-être pour but de cacher une réalité plus sombre, dont l'évolution est connue depuis pas mal de temps déjà. --- Pour ceux qui savent voir.
[3]
Commentaire par papijo
mardi 27 janvier 2015 14:20
Non, le charbon n'est pas fini. Les réserves se comptent en siècles, et en plus de nous chauffer ou produire notre électricité, il peut être transformé en carburant liquide pour nos déplacements en remplacement des combustibles fossiles. Pour ce qui concerne les polluants, on sait aujourd'hui produire des gaz aussi propres qu'on le souhaite (ces technologies sont couramment utilisées dans le traitement de fumées de nos incinérateurs de déchets), ce qui manque, c'est surtout l'argent pour payer les investissements correspondants. La solution est une augmentation rapide du niveau de vie de ces populations, grâce à une énergie bon marché, pour que ces coûts leurs soient acceptables. Les priver de charbon et les condamner aux ENR intermittentes et dispendieuses ne peut que les enfermer dans la misère et les solutions de survie les plus périlleuses.
[4]
Commentaire par Hervé
mardi 27 janvier 2015 18:37
@Papijo: Faut tout de même reconnaitre que même si le Giec ont trés certainement exagéré dans leur prévisions, l'influence de l'homme sur la nature est significative, pas seulement pour ce qui est du CO2 et qu'il est difficile de prévoir ce qu'il va se passer. Une chose est sure, si on a fait une connerie en brulant tout ce charbon, revenir en arrièrre sera impossible. Dans ces conditions chercher à avoir un mode de vie plus efficient sur le plan de la consommation des diverses ressources, sur un choix rationnel des moyens de substiution en faisant gaffe de ne pas ruiner l'économie (contre productif) parait quand même être la meilleure voie à suivre. Pour résumer: suivre la voie de la raison (donc pas celle des escrolos)...
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