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Marché chinois et voiture électrique : l’auto, opium du peuple!


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lundi 11 octobre 2010

La religion, pour Karl Marx, était l'opium du peuple. Certains citent le foot-ball et bien d'autres choses. Suivons aujourd'hui une autre voie, celle de l'automobile, Mondial oblige.



Le parallèle est sans doute osé. C'est avec l'opium que les Occidentaux ont pris le contrôle de la Chine, au XIXe siècle. Inonder le pays à conquérir avec un produit dangereux, dont on ne peut plus se passer, voilà une bonne stratégie.
 
Il a bien fallu avoir recours à la canonnière, mais les effets de la drogue qui en sont résultés, ont été bien plus puissants et durables que ceux d'une invasion armée.

Qu'est-ce qui est bien commode, qui peut apporter un sentiment de puissance, et dont on ne peut bientôt plus se passer? La voiture. La tenue du Mondial de l'automobile, à Paris, est l'occasion de faire le point sur la production des voitures, mais surtout de leur vente dans le monde.

L'eldorado des pays émergents

Ce n'est plus l'Europe qui absorbe la production, mais les pays émergents. Pensez donc : dans un pays de un milliard trois cent millions d'habitants, il n'y a que 3% des familles qui ont une voiture. Quel gisement pour de bonnes affaires! Et puis, l'arrivée de la voiture marque rapidement les esprits et les territoires. Elle devient une marque de réussite sociale, et les Villes se structurent autour des grandes avenues, des périphériques et des autoroutes. La vie sociale, la vie pratique, la vie professionnelle, s'organisent autour de cet objet magique, et on ne peut plus s'en passer. La dépendance s'est installée.

Comparer l'opium et la voiture est évidemment abusif, et la situation de la Chine au XIXe siècle, en déclin, n'est pas du tout la même que celle de la Chine d'aujourd'hui, conquérante et pleine d'avenir. Il serait bien surprenant que l'invasion de la Chine par la voiture permette aux occidentaux de reprendre le contrôle de l'empire du milieu. Il y a quand même des points communs.

Nous essayons de vendre un produit dont nous ne voulons plus. Encore un abus, direz-vous. En partie. Nos marchés sont saturés, et nous commençons, certes difficilement, à trouver que la vie sans voiture redonne de la liberté, de l'oxygène, et de l'argent dans nos porte-monnaie.

Bien sûr, dans bien des cas, il n'est pas possible de vivre sans. Mais malgré une organisation du territoire fortement marquée par l'automobile, malgré un matraquage publicitaire intense à la télévision, la voiture n'a plus la cote. Le sevrage a commencé. C'est bien embêtant quand les fabricants d'automobiles constituent, avec leurs nombreux sous-traitants, un poids lourd de notre économie. Il faut trouver de nouveaux marchés. Les pays émergents deviennent l'eldorado d'une technique dont chacun mesure aujourd'hui les limites.

Comme les monstres de l'Antiquité

Ce produit n'est pas un simple objet de consommation. Il faut le nourrir, comme les monstres de l'Antiquité qui réclament chaque jour leur pitance. Et il laisse des traces, des gaz d'échappement, des hydrocarbures, des vieux pneus, des batteries, etc. La voiture a besoin de pétrole. Peut-être demain trouvera-t-on une autre source d'énergie, mais entretemps, c'est le pétrole. Il va en falloir des barils pour faire tourner toutes ces voitures, et le fameux « peak oil » se rapproche dangereusement. Pour en trouver encore et encore, on va prendre de plus en plus de risques, on va creuser sous la mer, on va aller voir sous les glaces. On exploite les gisements les plus pauvres, où le pétrole est dilué, ce qui oblige à retourner des sols dans des régions entières.

L'électricité pourra prendre le relais, mais il faut bien la produire. Quand ce n'est pas le charbon, le gaz ou le pétrole, on pense au nucléaire. Il faut espérer que d'autres sources d'énergie verront le jour, éternelles et non polluantes, mais faut-il accepter d'avance qu'une part importante soit a priori grevée par les transports.
Je ne sais pas si, en pleine guerre de l'opium, la presse britannique présentait le commerce de la drogue comme une excellente chose, mais il est surprenant d'observer le silence de la presse, aujourd'hui, sur les conséquences prévisibles de la généralisation du phénomène automobile à la surface de la planète. La voiture électrique permet sans doute d'éluder le problème, en faisant miroiter un avenir où la voiture sera écologique. Même si cette piste présente de réels avantages, elle ne sera jamais à la hauteur des enjeux, si le développement des pays émergents se structure sur une base territoriale et culturelle marquée par la voiture individuelle.

Aujourd'hui, l'important est de vendre des voitures, peu importe les conséquences. C'est moins fatiguant que d'engager la nécessaire reconversion de l'industrie automobile, au demeurant très performante, vers d'autres productions plus « durables ».
 
Voir le site de Dominique Bidou


(photo Elsar Fotolia)
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1 commentaire(s)
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Commentaire par Brice Emonet
mardi 12 octobre 2010 22:12
Il est vrai que l'automobile en Chine est une véritable opportunité pour les constructeurs automobiles.
Cependant il est important de noter que chaque marché a ses spécificités. Certains constructeurs, tels Volkswagen, l'auront bien compris, pour notamment bien s'implanter en Chine.
Les besoins sont différents, les modèles, pour partie, le sont également. Il leur faut donc trouver un mix optimum entre véhicules standardisés et spécifiques, afin d'optimiser en amont les coûts de productions et en aval la performance marketing.
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