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 - Ingénieur et démographe

Auteur
Ingénieur des mines, démographe, Dominique Bidou a été directeur de la Qualité de la Vie au Ministère de l'environnement. Il est président d'honneur de l'Association HQE (Haute qualité environnementale)...

Consommation: pour un étiquetage environnemental


mardi 01 février 2011

Les murs du métro parisien sont recouverts d’affiches proposant le Maroc à 40 euros. Très bien, mais il manque l’autre étiquette, celle du prix environnemental. Quels rejets, quelle contribution à l’effet de serre ?


Depuis le 1er janvier 2011, les annonces immobilières doivent comporter la mention de la classe énergétique.

Ce n'est pas difficile, puisque l'obligation de diagnostic de performance énergétique lors des transactions existe depuis quelque temps, et que les résultats sont connus. Il n'y a qu'à les afficher. Et malgré ça, il semble qu'il y ait des réticences, agences immobilières et propriétaires rechignent à délivrer cette information.

Pour les voyages, ce n'est pas une question de catégorie, de A à G comme pour l'immobilier, la voiture ou l'électroménager. On sait calculer tout simplement le poids de carbone associé à un déplacement. De nombreux calculateurs sont à votre disposition pour cela, notamment sur les sites de réservation.

 Exemple, pour aller de Paris à Marseille, vous avez le choix entre l'avion, à 154 kg de carbone, la voiture (essence, 5CV) pour 128kg et le train pour 20kg (selon le calculateur actioncarbone.org). Je n'ai pas trouvé l'information pour le vélo, mais compte-tenu des calories que doit consommer le cycliste pour parcourir la distance, il est probable qu'il n'est pas meilleur que le train !

Reprenons notre affiche. 1900 km aller et retour, c'est 416 kg de gaz carbonique à l'aller et autant au retour, si on en croit le même calculateur. A 40 euros le voyage, ca fait 20 kg de carbone par euro dépensé. A comparer, par exemple, avec les 2kg de CO2 par euro dépensé quand vous achetez une petite voiture, ou aux 600 grammes attachés en moyenne aux produits alimentaires d'origine végétale.

C'est une grosse dépense, des euros « lourds en carbone ». Vous objecterez que 40 € est un tarif particulièrement bas, et que les tarifs aériens courants tournent plutôt autour de 200 euros. Même à ce prix, cela fait quand même 4 kilos de carbone par euro dépensé.

Les produits d'appel vous donnent envie, et vous attirent, sans vous dire que cet aller et retour au Maroc en avion à 40 euros vous fait consommer la moitié de ce qui serait raisonnable de dépenser en un an pour stopper l'accroissement de l'effet de serre, selon actioncarbone.org.

Vers l'instauration d'un «budget carbone» personnel

Il serait bon que tous les achats que l'on peut faire, de produits ou de services, soient assortis de la double étiquette, prix financier et prix environnemental. C'était d'ailleurs prévu parmi les engagements du Grenelle : engagement 63 (donner une indication du prix carbone ou du prix écologique à travers l'étiquetage d'ici fin 2010) ou engagement 217 (généraliser les informations environnementales sur les produits et services). Une transposition était prévue dans le projet de loi Grenelle 2, mais un amendement a mis un terme à cette belle aventure en avril 2010. L'étiquetage énergétique ou environnemental est rendu facultatif, ça se fera plus tard. Une expérience aura lieu courant 2011.

Mais profitons de ce contre temps pour améliorer la manière de faire passer l'information. Une manière de faire est de s'allouer virtuellement un budget carbone. Voilà mon quota, le nombre de kg que je peux utiliser dans l'année.

Si vous avez par exemple un capital de cent unités à dépenser dans l'année, votre aller-retour en avion à Casablanca à prix sensationnel consomme un peu moins de la moitié de ce votre budget. Pour aller de Paris à Marseille, si vous avez au départ un capital de 100 unités à dépenser dans l'année, vous en consommerez 8 si vous choisissez l'avion, 7 en voiture et 1 seule si vous prenez le train. De quoi peser sérieusement sur les décisions.

Il s'agit de faire prendre conscience à chacun de son impact environnemental personnel, en espérant faire évoluer la demande, puis l'offre. On l'a vu clairement sur l'électroménager, où l'étiquetage a fait bouger la demande, et par suite l'offre des fabricants.  

A quand les affiches qui vous feront miroiter de merveilleuses vacances décarbonées ?
  
Voir le texte complet sur le blog de Dominique Bidou

2 commentaire(s)
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Commentaire par Tacot1900
mardi 01 février 2011 11:53
N'a-t-il pas été question récemment d'une taxe carbone, qui arrivait à peu près à ces objectifs : faire prendre conscience en pénalisant éventuellement.. c'est à dire en tapant au porte-monnaie, valeur à peu près unanimement comprise.
Mais fibre soit disant sociale, rejet de l'Europe, démago de nos gouvernants etc.. a vite écarté tout cela...
Il reste quelques média qui tentent de nous faire prendre conscience de nos erreurs... et peut-être progresser !
[2]
Commentaire par Thomas
jeudi 03 février 2011 12:39
Des initiatives intéressantes existent déjà dans le domaine chez Leclerc, Casino ou encore sur internet avec la société Hop-Cube (ma société) . Je pense que ça ne peut qu'aller dans le bon sens mais il y a un long chemin à parcourir pour arriver au "budget carbone" :)

[Réponse de l'auteur]
Heureusement, il y a déjà de nombreuses initiatives, et bravo à leurs auteurs. mais comme vous le dites, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir ! DB
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