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Auteur
Ingénieur et docteur ès sciences, Hervé Nifenecker est Président fondateur du collectif  Sauvons le Climat, qu'il a créé en 2004. Il s'exprime sur "la chaîne Energie" à titre personnel...

Tarif de l'électricité : EDF, poule aux œufs d’or...


mercredi 04 août 2010

Les tarifs de l'électricité ont été augmentés. Au delà de la simple ponction pour le consommateur, certains considèrent qu'il s'agit d'une mécanique libérale implacable et absurde, qui va conduire à terme à la fin du modèle français, fondé sur le nucléaire. Réagissez.


Article rédigé en collaboration avec François Poizat, expert IED et membre du CA de "Sauvons le climat"

L'augmentation des tarifs réglementés de l'électricité est largement la conséquence d'une dérégulation dont la principale justification donnée par les thuriféraires de la libéralisation était, justement, la baisse des prix au bénéfice des consommateurs que la libre concurrence ne manquerait pas d'entraîner.

Pour comprendre cette évolution, il faut prendre en compte les niveaux européen et franco-français. Il peut être utile de rappeler auparavant comment s'établissait le système de prix de l'électricité dans le régime de monopole public.

La pratique des technocrates gaulliens

Dès 1945, le but assigné à EDF était de permettre à tous les Français de bénéficier des bienfaits de la « Fée électricité » à un coût accessible et dans des conditions de fiabilité acceptables. De là découlait deux traits caractéristiques : fixation par l'Etat de tarifs correspondant aux objectifs de modération et de solidarité, programme intensif d'investissement dans la production et, aussi, dans la distribution. L'Etat, unique actionnaire, n'exigeait pas de voir rémunérer son capital, mais ne souhaitait pas non plus subventionner l'entreprise.

La fixation des tarifs résultait donc d'accords entre la direction d'EDF et l'Etat représenté par la direction de l'énergie du Ministère de l'industrie (DGEMP jusqu'en 2007), officialisés par le Ministre. La stabilité de la direction d'EDF (Marcel Boiteux en fut directeur de 1967 à 1979, puis président de 1979 à 1987), la motivation d'un personnel correctement payé et fier de son entreprise, la satisfaction des consommateurs amenèrent certains commentateurs à considérer qu'EDF était un « Etat dans l'Etat ». En réalité, les grands choix stratégiques restaient le privilège du politique comme on le vit lors du virage nucléaire en 1973, à la suite du premier choc pétrolier. EDF se comporta comme un exécutant de qualité exceptionnelle des choix gouvernementaux.

Contrairement aux rumeurs complaisamment diffusées, en particulier par les organisations antinucléaires, mais aussi par des doctrinaires du libéralisme, EDF a réalisé les énormes investissements des ses programmes hydroélectrique et nucléaire sans recourir aux subventions de l'Etat. Ces investissements ont été financés soit par autofinancement, soit par le recours à des emprunts (souvent à l'étranger) déjà largement remboursés à l'heure actuelle. Ce sont donc les consommateurs et non les contribuables qui ont financé les investissements. Par contre, il est vrai que l'actionnaire d'EDF, l'Etat, n'a pratiquement pas reçu, au moins jusqu'en 1997, de dividendes ni bénéficié de l'impôt sur les sociétés, EDF voyant son chiffre d'affaires croître rapidement, tout en n'affichant que très peu de bénéfices. Implicitement, ceci signifiait que, les consommateurs ayant financé les investissements, c'était eux qui profitaient de la santé de l'entreprise par l'intermédiaire de prix de l'électricité attractifs.

Le rêve électrique des eurocrates

Dans le cadre du dogme de la « concurrence libre et non faussée », les fonctionnaires européens du commissariat à la concurrence rêvent sans doute que chaque consommateur européen puisse, à tout moment, décider du fournisseur lui offrant les meilleures conditions de prix.

Malheureusement, la nature du produit électricité, qui ne peut se stocker aisément, se charge de ramener les rêveurs sur terre. On n'envisage pas qu'un consommateur changeant de fournisseur doive aussi voir les lignes électriques qui lui apportent le courant remplacées par d'autres ... Cette dure réalité a conduit au premier accroc dans l'application du dogme libéral au secteur électrique : la distribution et le transport d'électricité sont demeurés un service public monopolistique ... (ErDF et RTE en métropole, SEI dans nos îles).

Le choix du consommateur est donc limité à celui du producteur d'électricité. Peut-on imaginer qu'il passe son temps à rechercher les offres les meilleures ? On voit alors poindre la nécessité d'une couche d'intermédiaires qui négocieront au mieux avec les fournisseurs pour offrir au consommateur un mix optimisé selon ses besoins.

C'est bien évidemment là que se situe l'intérêt des compteurs intelligents. Et, pour que le choix soit le plus large possible, il est important que toutes les ressources de l'UE soient disponibles pour chaque citoyen, et donc, que les interconnexions entre les membres de l'Union soient largement renforcées, autant que possible par ces lignes à très haute tension alternative voire continue qui permettent d'espérer la réalisation d'une « plaque de cuivre européenne ». Enfin, il y a lieu de s'assurer que les règles de la concurrence sont bien respectées, que les compagnies monopolistes de transport-distribution réalisent bien les investissements nécessaires et que leurs rémunérations soient calculées au plus juste ; d'où la nécessité d'organes de régulation comme, pour la France, la CRE.

Mais le rêve a un coût pour les consommateurs : investissement dans le renforcement des connexions, rémunération des intermédiaires, rémunération des organismes de régulation, rémunérations accrues des hauts dirigeants passant du statut d'agents publics à celui de capitaines d'industrie, rémunération des actionnaires. On ne voit donc pas comment, même dans l'hypothèse d'un fonctionnement fluide de ce vaste ensemble de production et de distribution de l'électricité européenne, les consommateurs européens pourraient, en moyenne, voir baisser leurs factures.

La centrale marginale

Dans le rêve eurocrate, les consommateurs français verront leurs factures augmenter encore plus que celles des autres Européens ; c'est ce qu'on peut appeler le nivellement par le haut. Ceci a été montré de manière magistrale par Marcel Boiteux dans un article paru dans « Valeurs actuelles » le 27 mai 2010. En résumé, aussi longtemps que chaque pays de l'Union vit plus au moins dans un régime d'autarcie électrique, c'est le coût de la dernière centrale mise en œuvre pour faire face à la demande qui détermine le prix de l'électricité. En France, généralement, cette dernière centrale est une centrale nucléaire (concept de « marginal nucléaire ») dont le coût est très faible.

Dans le reste de l'Europe, et plus particulièrement en Allemagne, ce sont des centrales à gaz ou charbon qui fixent le plus souvent un prix de l'électricité beaucoup plus élevé. Sur la plaque européenne, les centrales marginales seront pratiquement toujours des centrales à gaz ou charbon. Tous les Européens, y compris les Français devront donc payer leur électricité au prix fort. Ceci signifie que la France devra mettre fin au tarif réglementé, au nom de la ... concurrence!
Les centrales nucléaires françaises ou autres fourniront toute l'Europe en courant de base à faible coût. Les heureux propriétaires de ces centrales, dont EDF, feront ainsi de très confortables bénéfices. Marcel Boiteux suggère que la rente ainsi dégagée par EDF, après prélèvement de ce qui serait nécessaire à l'investissement par autofinancement, revienne à son actionnaire, l'Etat, pour financer divers programme sociaux comme les retraites. Il ne semble pas que l'Etat prenne un tel chemin.

Les conséquences de l'obligation d'achat

Pour fixer les ordres de grandeur, rappelons que le chiffre d'affaire d'EDF en France est de 34,1 G€ (plus de 66 G€ dans le monde). Pour la seule production (513 TWh), le CA se monte à 21,8 G€ . C'est sur ce chiffre que porte la perspective d'augmentation de prix. A la production, le coût moyen du MWh est donc d'environ 42,5 €. Selon la CRE, le « prix moyen de marché » de l'électricité s'établirait autour de 54,5 €/MWh en 2010. On voit donc que, toutes sources d'électricité comprises, la « rente » d'EDF serait de 12 €/MWh, soit un total de 6,2 G€.

Dès à présent, la rente nucléaire est utilisée pour le soutien aux énergies renouvelables dites nouvelles et à la co-génération, bien au-delà de celui obtenu de la CSPE (Contribution au Service Public de l'Electricité). Selon la CRE, l'obligation d'achat, par EDF, d'électricité d'origine renouvelable (éolienne, solaire, petite hydraulique, etc.) et, aussi, «co-générée» en sus d'une production de chaleur d'origine fossile, concernera 34,4 TWh pour la métropole continentale, au coût unitaire moyen de 90,2 €/MWh, soit un coût total de l'obligation d'achat de 3,1 G€ (près de 10% du total des ventes d'EDF). Ce coût total devrait être compensé à hauteur de 1,2 G€ par l'officielle CSPE que payent presque tous les consommateurs d'électricité.
 
Dans le calcul de la compensation, la CRE fait l'hypothèse qu'EDF « évitera » l'achat ou pourra revendre le courant correspondant audit « prix de marché ». Ceci n'a jamais été démontré, au contraire puisqu'on voit plutôt la production nucléaire décroître quand la production renouvelable croît. En réalité, le seul « coût évité » dont on puisse être sûr est le coût du combustible nucléaire non consommé (environ 10 €/MWh). Le « coût caché » de l'obligation d'achat pour EDF est donc de 1,5 M€. De plus le montant de la CSPE a été limité à 4,5 €/MWh. Cette limitation se traduit par une augmentation de la participation d'EDF de 755 M€. L'obligation d'achat pèsera donc sur les comptes d'EDF au niveau de 2,3 G€ environ en 2010 (non compris le nécessaire renforcement des réseaux de distribution pour accueillir ces « productions décentralisées »).

La prime à l'infidélité.

Au moment de la dérégulation, attirés par les tarifs d'annonce des opérateurs alternatifs (POWEO, Direct Energie, GDF-Suez...), un certain nombre de clients industriels abandonnèrent EDF. Au bout d'un an, échaudés par des augmentations de prix qui ont pu dépasser 70%, ils ont obtenu de l'Etat la possibilité de bénéficier à nouveau du parapluie des tarifs réglementés. Sans changer de fournisseur, ces « éligibles repentis » ont la possibilité de revenir au tarif régulé (pratiqué par EDF) seulement majoré de 10 à 23%. C'est le TaRTAM (Tarif Réglementé Transitoire d'Ajustement du Marché). Ce dispositif d'aide aux opérateurs alternatifs est financé par la CUHN (Contribution payée par les producteurs d'électricité Hydraulique et Nucléaire, soit EDF pour 95% et GDF-Suez pour 5%). Elle a constitué une charge supplémentaire de 1,2 G€ pour EDF en 2009. Au total la mule EDF serait chargée de 3,5 G€ en 2010 soit 16% des 21,8 G€ du chiffre d'affaire de la production. La « rente » d'EDF fond comme neige au soleil. Une situation qui ne pourrait durer...à moins qu'elle ne corresponde à une stratégie volontaire d'affaiblissement d'EDF.

Demain, on dépèce

A l'avenir se profilent :

- avec la loi NOME, la cession (après celle des barrages de la CNR à Electrabel-Suez, en attendant la remise aux enchères des concessions hydrauliques et d'éclairage public) du quart de la production nucléaire, sans dépasser 100 TWh : comparant les 35 €/MWh réclamés comme prix d'achat par Gérard Mestrallet, PDG de GDF-Suez, aux 54,5 €/MWh du marché, le manque à gagner annuel d'EDF serait de 1,95 G€ (s'en tenir aux 42 €/MWh proposés par le PDG d'EDF ramènerait ce manque à gagner à 1,25 G€).

 - les engagements du Grenelle à l'horizon 2020 qui obligeront d'acheter ~105 TWh d'électricité "vertueuse" (avec 60 % d'éolien et 6 % de solaire) dont l'impact financier sur EDF, calculé comme ci-avant, avoisinera (54,5 - 10) x 105 = 4.7 G€.

Le tout représenterait alors une ponction annuelle pouvant atteindre 6,6 milliards d'euros, soit davantage que la «rente» nucléaire.

Le bouc émissaire

Dire la vérité sur la nécessité d'une augmentation des tarifs d'électricité en affirmant qu'elle est due au financement des énergies renouvelables et au soutien aux opérateurs alternatifs n'irait pas dans le sens de l'idéologie dominante, verte et libérale. Alors on invoque un bouc émissaire facile, le nucléaire. Oubliant que c'est lui qui permet d'avoir des prix de l'électricité parmi les plus bas d'Europe, on allègue l'augmentation du coût de l'EPR, passé de 3,3 à 5 G€, alors que celle-ci est assez comparable à la CUHN pour la seule année 2009... La loi NOME suppose la vente forcée du courant nucléaire pendant 4 ans (jusqu'en décembre 2015, dit-on ...). Pendant cette période, la perte subie par EDF serait comprise entre 5 et 8 G€, entre 3 et 5 fois le surcoût du premier EPR français. Et l'on s'abstient soigneusement de parler des conséquences des obligations d'achat.... La ficelle est vraiment grosse!

Le consommateur paiera ...

Quelle entreprise résisterait à de telles ponctions, qui plus est confrontée à la nécessité d'investissements considérables, trop longtemps retardés mais indispensables à l'entretien et au renouvellement de son parc ?

Il faudra donc choisir entre l'abandon de la régulation des prix et les subventions déguisées aux promoteurs d'énergies renouvelables et autres opérateurs alternatifs. A tout le moins, faudrait-il avoir l'honnêteté de financer ces subventions intégralement par la CSPE ou par une autre forme de taxe clairement affichée. Il faut, d'ailleurs, dénoncer l'hypocrisie qui consiste à imposer des obligations d'achat en limitant le montant de la CSPE, masquant ainsi le vrai coût du développement des énergies renouvelables.

Plus généralement, alors que la nation court fébrilement après les milliards, ne s'agit-il pas là d'un monstrueux gâchis ? Il ne grève certes pas le budget de l'Etat (encore que ses dividendes en pâtiront) mais il pèse sur la collectivité nationale (au même titre que les retraites, la sécurité sociale et bien d'autres charges) et accroît l'injustice sociale car il affecte un service dont nul ne peut se passer.

Les charognards se lèchent déjà les babines

En tous cas, maintenir les tarifs régulés à un niveau intéressant pour le consommateur et continuer à ponctionner le chiffre d'affaires d'EDF, c'est, clairement, saigner cette dernière et lui créer des difficultés de financement insurmontables. On peut se demander si ce n'est pas ce qui est recherché. Il serait alors plus facile de privatiser l'entreprise par appartements : RTE d'abord, découpage et vente d'ErDF ensuite, puis vente aux enchères des centrales nucléaires, comme cela s'est fait aux Etats Unis.
 
Les eurocrates verraient ainsi leur rêve plus facile à réaliser, les idéologues libéraux pourraient se flatter d'avoir eu raison en affirmant que les entreprises publiques étaient incapables de fonctionner correctement, le Ministre Borloo verrait ses chances de devenir le chef de file d'une galaxie verte-libérale se concrétiser. Même l'Etat pourrait remplir ses caisses par le produit de la vente de ses actions.
 
Les perdants seraient les consommateurs, tous ceux qui croient encore dans les valeurs républicaines, y compris ceux qui se réclament encore du Général de Gaulle. Les ambitieux projets du Président de la République et du Gouvernement concernant la filière nucléaire tomberaient à l'eau et Henri Proglio devrait, sans doute, démissionner, tandis que le rapport Roussely pourra être jeté à la poubelle.
 
 

36 commentaire(s)
[1]
Commentaire par Nifenecker
mercredi 04 août 2010 11:31
A tout seigneur tout honneur, cet article a été écrit avec François Poizat, expert IED et membre du CA de "Sauvons le Climat". Il n'engage que ses auteurs.
[2]
Commentaire par mac
mercredi 04 août 2010 11:45
Article courageux, si même l'expansion commence à se rendre compte que les technocrates européens nous racontent n'importe quoi, on évitera peut être la grande catastrophe...
[3]
Commentaire par yarma22
mercredi 04 août 2010 12:10
Merci pour cet article très intéressant. Juste une question : je ne comprends pas en vertu de quoi les opérateurs alternatifs sont subventionnés (qui plus est par EDF) ? Ouverture à la concurrence certes, mais je ne vois pas l'intérêt d'avoir des opérateurs alternatifs incapables de s'autofinancer...

[Réponse de l'auteur]
La Commission réclame à cor et à cri que la concurrence s'installe dans le secteur de l'électricité en France. "Concurrenz Über alles"! Mais les opérateurs alternatifs doivent partir de 0 et ne peuvent s'appuyer sur un parc nucléaire largement amorti. Dans les circonstances actuelles il est tout à fait vrai que les opérateurs alternatifs n'ont guère d'intérêt.
[4]
Commentaire par Pitchounet
mercredi 04 août 2010 12:31
Bonjour,

L'argument officiel : financer les investissements de l'entreprise.
cela s'apparente donc à une augmentation du capital non ?
je réclame mon dû en exigent par ces versements d'avoir en échange des parts de l'entreprise !!

[Réponse de l'auteur]
EDF est (encore?) une entreprise publique et, par là, propriété de tous les Français.
[5]
Commentaire par usclat
mercredi 04 août 2010 12:53
augmentation des tarifs edf pour le commun des français. les agents edf sont il concerné?NE SONT ILS PAS DES FRANCAIS COMME LES AUTRES .il est temps que cessent ce scandale qui n a que trop duré que certains nomment AVENTAGE ACQUIS.CAR COMBIEN EST FACTURé LE KW AU COMPTEUR DES AGENT EDF????.CELA RESSEMBLE D UNE CERTAINE FAçON A UNE NICHE FISCALE. EUX LE TOUT ELECTRIQUE ILS CONNAISSENT.SONT ILS SENSSIBILISES A LA NOTION D ECONOMIE D ENERGIE ??.ET SURTOUT NE PAS OPPOSER LA SITUATION DES AGENTS SNCF QUI ONT DES FACILITEES EN CE QUI CONCERNE LES TRANSPORTS . L INEGALITE C EST CA AUSSI ?ILFAUT ARRETER CETTE GABEGIE.......

[Réponse de l'auteur]
Pourquoi tant de haine? Je suppose que vous n'êtes pas abonné chez EDF.. Je précise que je n'ai jamais été agent EDF. Ceci étant, je ne vois pas en quoi il est choquant qu'ils bénéficient d'avantages en nature sous forme de réduction ou de quotas gratuits de ce qu'il produisent. Ils ne sont pas les seuls: les agriculteurs peuvent consommer leur production sans la payer, les commerçants bénéficient de prix de gros pour leur propre consommation, sans parler des voitures de fonction des cadres dirigeants ou des élus etc. etc. En ce qui concerne l'électricité je me contente de payer un des prix les plus bas d'Europe et de constater le dévouement des électriciens lors des aléas climatiques. Je préfère des salariés bénéficiant d'avantages et efficaces à des salariés payés au lance-pierre et n'ayant pas leur travail à coeur. Et je préfère que mes dépenses d'électricité permettent de bien les traiter plutôt que de rémunérer des fonds de pension.
[6]
Commentaire par zamuner
mercredi 04 août 2010 14:37
d'abord pour dire que cet article est très réaliste,il faut que le consommateur français sache que la concurrence telle que préconisée par Bruxelles est une vaste escroquerie,il ne peut être que perdant.
mais finalement, quand je vois les commentaires et réactions ci-dessus "usclat" nous avons ce que nous méritons.

[Réponse de l'auteur]
Une hirondelle ne fait pas le printemps et une pierre ne gâche pas forcément le plat de lentilles... En ce qui concerne la concurrence, il faut se rappeler que les règles de l'Union Européenne, limitant ses prérogatives au marché et à la concurrence, sont la conséquence des traités signés par les gouvernements. Nous voyons la nécessité pour l'UE de voir étendre ses compétences aux politiques industrielles et sociales.
[7]
Commentaire par irisyak
mercredi 04 août 2010 15:52
Il est étonnant de voir autant de dénis.
EDF demande la protection de l'Etat en ne payant pas d'impôts. Ne parlons pas de tous ces avantages distribués ici ou là ..
Toutes les sociétés sont prêtes à vivre sans risques ... en gardant le monopole ..
Ce qui est totalement inacceptable c'est qu'EDF demande à pouvoir acheter les autres entreprises librement en fermant son capital aux autres et en gardant le magot.
Nous avons ici des propos de type bolchévique.
Pas d'impôts et tout va bien ..
Il faut bien que des entreprises prennent des risques et payent des impôts pour faire vivre la société ...
Tout ceux qui demandent de l'aide doivent se souvenir que celle-ci vient de ceux qui prennent des risques ..
C'est ici le monde à l'envers.
Nous voyons à quel point nos concitoyens sont morphinisés.

[Réponse de l'auteur]
Ëtre réduit à traiter notre propos de bolchevique montre bien que vous n'avez pas grand chose à dire de sérieux. Quand on n'a rien à dire il reste l'insulte. Pourriez vous donner vos sources? EDF paye des impôts comme toutes les autres entreprises. Ce qui est vrai c'est qu'elle n'a fait de bénéfices significatifs qu'après 1998 et, donc, n'a pas payé d'impôt significatif sur les bénéfices avant cette date. Par contre, la valeur de l'entreprise, propriété de l'Etat a considérablement augmenté. En 2008 EDF a payé 3,171 G€ d'impôts et taxes, 1,195 G€ de contribution au TARTAM, subvention aux opérateurs électriques alternatifs (bel exemple de prise de risque). En ce qui concerne les ENR, quel risque y a-t-il à investir dans l'éolien ou le PV en étant assuré de pouvoir vendre sa production à cet affreux monopole, à un prix rémunérateur, comme le font les adhérents du SER, même lorsque cette production n'est pas utile ?
[8]
Commentaire par cracboumHii
mercredi 04 août 2010 18:32
EDF est une belle réussite française, mise à mal par l'Europe.
Cependant, vous dites que ce n'est pas le contribuable, mais le consommateur qui a payé les investissements d'EDF, en précisant que l'Etat n'a pas été rémunéré pour son capital apporté (...au dépend donc du contribuable .... cqfd ?)
Le consommateur-contribuable (c'est souvent le même quand même) aurait du faire d'EDF, il y a longtemps, non pas un monopole étatique (avec ses dérives fonctionnariales très décriées) , mais une gigantesque coopérative au service de ses consommateurs-sociétaires. Ils auraient pu indépendamment des politiques, et de l'europe en conserver la destinée, et la maîtrise des tarifs.
Mais, auraient-ils eu le courage du virage nucléaire en 1973 (Pierre Messmer), qui offre aujourd'hui à EDF ce coût de production défiant (et agaçant) toute concurrence. Rien n'est moins sûr.
Aujourd'hui, EDF appartient pour l'essentiel à l'Etat, qui est lui-même -volontaire ou non- sous la contrainte de l'Europe. Tiens, les opposants à Maastricht avaient-ils un peu raison ?

[Réponse de l'auteur]
S'il est vrai que EDF a peu payé d'impôts sur les bénéfices, c'est essentiellement du fait d'un programme d'investissement considérable qui s'est traduit par une valorisation considérable du capital. Ni l'Etat ni les contribuables n'y ont vraiment perdu. Ce n'est pas le traité de Maastricht qui a conduit automatiquement à la fin du monopole EDF mais bien la stratégie de Lisbonne (2000)qui a reçu l'aval du Président Chirac et du Premier Ministre Lionel Jospin. EDF aurait sans doute pu rester monopole à condition de renoncer à ses achats à l'extérieur.
[9]
Commentaire par François
mercredi 04 août 2010 21:13
Bonsoir,


Je voudrais réagir sur l'article en lui même et sur les commentaires que je viens de lire

Pour ma part je tiens à souligner la pertinence et la justesse de l'article : Enfin des personnes qui connaissent bien leur sujet et qui sont diffusés dans la presse !

Car tout l'enjeu est là. De l'idée saugrenue du début des années 90 à l'idéal de concurrence pure et parfaite dans le secteur électrique, il y en a eu du temps qui est passé, et ce n'est pas fini. Nous allons de concessions en concessions, de bidouillages en bricolages, pour permettre aux alternatifs d'émerger : Ce qui est certain, c'est qu'a force d'enfoncer la tête d'EDF dans l'eau, il ne risque jamais d'émerger à nouveau et risque surtout de se noyer complètement.

Quant à l'entreprise, elle paye ses impôts comme tout entreprise, elle est une source de profit pour l'état plutot qu'un coût.

Quant aux services : EDF et ses filiales (ERDF et RTE notamment) apporte un niveau de service inégalé en europe, même s'il baisse un peu chaque jour, au gré des restrictions budgetaires. Cette réussite est dû à une organisation proche des abonnés et une gestion des ressources humaines respectueuses des salariés, cherchant à construire une relation de long terme, et a susciter un réel engagement et une fierté chez les salariés.

Quant aux avantages sociaux des salariés justement, ils contribuent à ce dont je parle ci dessus. Dans d'autres entreprises, il y a le 14e Mois (les banques par exem
[10]
Commentaire par François
mercredi 04 août 2010 23:40
Bon apparement mon commentaire était trop long, donc je le termine

"Dans d'autres entreprises, il y a le 14e Mois (les banques par exemple), ou les courses moins chères (grande distribution). Chez EDF (et dans toutes les entreprises du secteur des industries électriques et gazières) c'est l'énergie qui est moins chère. C'est un avantage en nature à déclarer au impots, donc on est très loin de la niche fiscale.

Donc restons rationnels dans nos critiques, l'avenir énergétique de la france vaut bien mieux que les querelles individuelles, nourries de jalousie perpétuelle... Et j'ai l'impression qu'en pensant à ça, les citoyens ne pensent pas a autre chose, et que ça arrange bien nos politiques

[Réponse de l'auteur]
Merci pour cette utile mise au point
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Commentaire par BAROT
jeudi 05 août 2010 11:00
Comment justifier l'injustifiable ?
L'ouverture des marchés de l'electricité, téléphone, a toujours été justifiée parce qu'une ouverture, une concurrence plus grande devait faire baisser les prix et profiter au consommateurs !
Maintenant on nous explique qu'il faut augmenter les prix pour ... avoir plus de concurrence et donc faire baisser les prix ?
Comment les décideurs peuvent ils justifier une telle logique ? Soit j'ai mal compris, soit il y a une acrobatie (mauvaise foi?) intellectuelle fascinante.
Quels peuvent être nos moyens d'action pour que, le premier intéressé, le citoyen puisse se faire entendre?
Augmenter les tarifs pour le bien du consommateur, tel est le discours de bruxelles et de notre gouvernement. On marche sur la téte.
[12]
Commentaire par M. Orange
jeudi 05 août 2010 11:53
Résumons : EDF a été effectivement financé par les deniers des contribuables puisqu'il n'ont jamais versé de dividendes pour rembourser les emprunts que l'état a contracté (principe des dividendes...), qu'ils ont bénéficié de conditions d'emprunts sur le marché à prix préférentiel (c'est l'état qui paiera les conséquences du surrendettement d'EDF) et du monopole de la production, qu'une grande partie des avantages sociaux des salariés est à la charge du contribuable (régime retraite) et qu'ils ont été exonéré d'impots...

C'est déjà bien que l'association des syndicalistes d'EDF reconnaisse cet état de fait mais là ils nous gratifient d'une perle puisqu'ils avouent eux même que ce hold-up n'a bénéficié qu'aux riches qui sont les seuls qui consomment suffisamment d'électricité pour trouver un avantage aux "tarifs les plus bas d'Europe" ! En France ce sont les gens les plus pauvres qui consomment le moins d'électricité et donc qui paient leur électricité le plus cher à cause de l'abonnement... Et qui sont ceux qui bénéficient de la manne du contribuable du coup : les gros consommateurs, c'est à dire les plus riches (auquel on peut ajouter le CE d'EDF évidemment)...

L'important ce n'est pas la facturation du kWh mais la facture électrique payé par le consommateur ! Nos voisins paient un plus cher leur électricité (du fait de taxe supplémentaire et non de la nature de leur parc électrique), il la gaspille moins et ont donc des factures moins élevé

[Réponse de l'auteur]
Contrairement à ce que vous dites, EDF n'a pas été financée par les contribuables. Ceux-ci sont représentés, jusqu'à plus ample informé, par l'Etat, actionnaire unique d'EDF jusqu'en 1998. L'Etat a fait le choix de ne pas exiger de dividende pour que tous les profits soient réinvestis dans d'énormes programmes de construction de barrage, dans un premier temps, de centrales à charbon et fioul dans un deuxième, enfin de centrales nucléaires. Ces investissements augmentaient le capital immobilisé dans EDF et donc la valeur patrimoniale de l'Etat, et, donc, des contribuables. EDF n'est pas surendettée. En 2008 les immobilisations d’EDF atteignaient environ 80G€, le CA 63G€ et l’endettement 37,5 G€ (en juin 2010). En 2009, le rapport de la dette au résultat brut (appelé EBITDA) d’EDF vaut 2,5, celui de Renault 2,9. Ce rapport mesure la capacité d'une entreprise à rembourser ses dettes. Plus il est faible, meilleure est la situation. Les dividendes versés (essentiellement à l’Etat) étaient de 2,4 G€ ce qui, rapporté à l’immobilisation correspond à une rémunération de 3%, dans la moyenne. L’année 2009 a été marquée par l’achat de British Energy et Constellation Energy pour environ 15G€. Cet achat a été fait grâce à des emprunts supplémentaires qui accroissent l’endettement, mais pour un CA qui a augmenté, bien évidemment mais qu’on ne peut prendre véritablement en compte qu’en année pleine. Il faut vous informer sérieusement, par exemple en consultant les comptes consolidés d’EDF accessible sur le site EDF.fr, ou encore les résultats financiers 2010: http://electricite-de-france.societes-cotees.fr/public/electricite-de-france/auto_attachments/7cc2a58527f676cc839e884506dda682.pdf Je comprends tout à fait votre souci pour les petits budgets mais je ne vois pas ce qu'ils gagneront à une augmentation des tarifs. Pour le reste je vous réfère aux excellentes réponses de cbleu05. Mais il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre…..
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Commentaire par daniel
jeudi 05 août 2010 12:47
étant un sous traitant du nucléaire;EDFSA ne pas oublier entreprise priver elle ROGNE DE PLUS EN PLUS SUR LA MAINTENANCE Le danger en plus de la facture serait qu'un jour ou l'autre sa finira par péter de plus les sous traitant sont de moins motives car de plus en plus on nous demande de la productivité ce qui est contraire a une industries comme le nucléaire POUR RAPPEL le film R.A.S nucléaire a voir
[14]
Commentaire par cbleu05
jeudi 05 août 2010 15:48
M. Orange n'a pas bien compris, et se base sur des lieux communs pas forcément vrais, nourris par la jalousie et allègrement colportés... ce qui arrange bien nos gouvernants-manipulateurs (qu'ils soient de droite ou de gauche).
EDF n'a pas été financée par les deniers des contribuables, à part, peut-être, la dotation en capital qu'a constitué la nationalisation en 1946 du secteur de l'électricité. Cette dotation était d'ailleurs très inférieure à ce que l'Etat a reçu d'EDF depuis. EDF s'est ensuite financée par ses propres emprunts et son propre auto-financement : le tout étant payé par les consommateurs, via leurs factures. Dès 1946, EDF (et l'entreprise soeur GDF) étaient des EPIC, et tenaient un compte de bilan, un compte de résultat, etc, comme toute entreprise privée. Et devait tenir ses comptes à l'équilibre, en fonction de ses coûts (dont les remboursements d'emprunt) et les recettes (les factures). Presque comme une entreprise privée ou un artisan (qui, elle, ne cherchera pas à vendre à "prix coûtant", mais à faire des bénéfices, ce qui n'est pas choquant en moi, s'il y a une concurrence réelle qui la conduit à modérer son comportement... euh.. voyez la "concurrence" au sein de la grande distribution, de l'eau, des banques, du téléphone.. Si, une concurrence Marketing, et parfois pour de nouveaux produits dont on se demande si on en a vraiment besoin).
à suivre..
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Commentaire par cbleu05
jeudi 05 août 2010 16:07
..je continue
Par ailleurs, EDF n'a certes pas payé d'impôts sur les sociétés avant 1998, mais l'Etat se sert directement au travers de dividendes (depuis qu'EDF est une SA, dont l'Etat possède 85%) et, avant le passage en SA, de rémunération directe. Ces dividendes sont d'ailleurs assez exagérés, puisqu'ils ne permettent pas à EDF de renouveller suffisamment son actif (machines, réseau..). Bien sûr, plus le dividende de l'Etat est élevé, plus le bénéfice est faible, donc l'impôt sur le bénéfice des société (IS) aussi.. mais entre une "taxation" à 50% qui ne dit pas son nom (les dividendes) et une taxation à 33,33% (IS).. le calcul de l'Etat est vite fait !
Il faudrait donc ajouter dividendes + IS pour voir réellement ce que EDF rapporte à l'Etat.
Je rassure donc M. Orange : la dotation de 1946 a été d'un très bon rendement pour l'Etat, donc pour le contribuable. Ensuite, EDF s'est développée par des emprunts et de l'autofinancement, multipliant par 50 environ ce qu'elle était en 1946 (là aussi, belle plue-value pour l'Etat, lorsqu'il a revendu 15% de ses parts, pour donc passer de 100% (1946-2002) à 85% (depuis 2002).
Donc :
- EDF, comme toute entreprise, équilibre ses dépenses par ses recettes (facturation aux clients_consommateurs)
- l'Etat a largement puisé dans les caisses d'EDF (dividendes, impôts sur les sociétés, mais aussi contributions aux énergies nouvelles, etc)
Conclusion : le consommateur d'électricité a, en partie, permis à EDF de
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Commentaire par Pat
jeudi 05 août 2010 16:10
Bravo pour cet article très bien documenté, très pertinent, qui pose les bonnes questions, même si son entrée en matière "les tarifs ont augmenté" n'est pas tout a fait juste puisque ce n'est pas encore fait et que la CRE peut prononcer un avis différent qui pourrait modifier les décisions du gouvernement. Vous auriez pu rajouter que la dérégulation initiée par M. Thatcher pour des raisons politiques a été reprise par l'europe comme un dogme sans se rendre compte que du point de vue économique ce n'était pas forcément pertinent pour des secteurs naturellement monopolistique (les réseaux) où impactant fortement l'environnement (la production).
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Commentaire par cbleu05
jeudi 05 août 2010 16:12
.../... je continue encore..
Donc :
- EDF, comme toute entreprise, équilibre ses dépenses par ses recettes (facturation aux clients_consommateurs)
- l'Etat a largement puisé dans les caisses d'EDF (dividendes, impôts sur les sociétés, mais aussi contributions aux énergies nouvelles, etc)
Conclusion : le consommateur d'électricité a, en partie, permis à EDF de fonctionner, mais a aussi, en partie, contribué à remplir les caisses de l'Etat sans s'en rendre compte...ce qui est plus "affichable" pour la popularité d'un gouvernement que d'augmenter les impôts..
(dans le même genre, il y a les assurances, l'essence - mais maintenant ça se sait que le prix ne vient pas que des "pétroliers", les "frais de notaire".. dans le prix desquels il y a une bonne part qui revient à l'Etat. sans que celà figure sous un rubrique "impôt".. Bon, je ne vais quand même pas plaindre les compagnies d'assurance, pétrolières ou les notaires..)


[Réponse de l'auteur]
Je vous remercie de ces réponses extrêmement pertinentes et documentées qui m'évitent de le faire.
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Commentaire par Gilbert Gaillard
vendredi 06 août 2010 11:30
Bravo l'auteur ! merci pour la qualité pédagogique de son article et pour ses réponses pertinrntes aux commentaires des imbéciles.
Je crains que zamuner ait raison.
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Commentaire par Stéphane
vendredi 06 août 2010 14:13
Bonjour,

Article intéressant mais je ne peux m'empêcher de relever quelques erreurs ou imprécisions sur certains arguments.

Ainsi, vous affirmez qu'en France, la dernière centrale appelée est généralement du nucléaire. Cette affirmation tient plus du souhaitq que de la réalité ! Si on prend les analyses de la CRE, celle-ci nous explique que le nucléaire était marginal 15% du temps en 2007 et 5% en 2008 (cf. rapports sur le fonctionnement des marchés de gros de l'électricité).

Autre affirmation un peu rapide que les énergies renouvelables font baisser la production nucléaire, à 10 €/MWh et non de l'électricité au prix de marché. Curieux qu'EDF garde de l'électricité nucléaire sous le coude sans la présenter au marché... Si EDF avait encore des capacités nucléaires non utilisées pour alimenter ses consommateurs, l'entreprise aurait tout intérêt à trouver un acheteur pour vendre cette électricité au coût marginal plus une petite marge. Donc le prix de marché (le prix de l'offre d'électricité la moins chère à un instant donné) serait celui du nucléaire, ce qui n'est le cas que 5 à 15% du temps. Quant à la baisse de la production, elle n'est pas du à la baisse du taux d'utilisation mais bien à celle du taux de disponibilité, propre à la filière : avarie, grève du personnel... Espérons qu'EDF saura retrouver un niveau acceptable voire atteigne les 90% de disponibilité qu'on serait en droit d'espérer.


[Réponse de l'auteur]
Merci de cette critique sensée. En ce qui concerne la centrale marginale je me suis contenté de me référer à l'article de Marcel Boiteux, président d'honneur d'EDF et qui garde un bureau dans l'entreprise. Il faudrait sans doute tenir compte davantage de l'hydroélectricité. Je pense que la CRE tient compte des contributions des opérateurs alternatifs qui ont, certes, quelques centrales hydroélectriques (en attendant que les autres soient mises aux enchères) mais surtout des centrales à gaz. Si le prix de l'électricité en France était fixé selon ces centrales on ne voit pas pourquoi ils auraient eu besoin du TARTAM puis de la loi NOME. N'étant pas économiste je fais l'hypothèse que, peut être, les tarifs régulés sont définis par d'autres paramètres que le coût de la centrale marginale. Peut être, après tout, prend-on plutôt en compte les coûts moyens de production. Mais je pense aussi que Marcel Boiteux connait mieux ces questions que moi. En ce qui concerne le coût évité par les ENR, il y a plusieurs années que "Sauvons le Climat" demande que l'hypothèse de la CRE soit justifiée à partir des séries de production par origine. RTE donne maintenant de telles séries, y compris pour l'éolien, sur un mois. J'ai commencé à les exploiter mais la tâche est difficile. Un point qui n'est pas clair est qu'on ne sait pas si la production éolienne donnée par RTE est bien la production totale bénéficiant de l'obligation d'achat ou seulement celle qui transite par RTE. Dans ce dernier cas, dans le cas de forte demande les distributeurs comme ERDF utiliseraient au maximum les ENR et, donc, les séries de RTE montreraient une forte contribution des ENR lors de faible consommation et non lors d'une forte production ENR. Mes premiers résultats semblent indiquer que c'est bien quelque chose comme cela qui se passe. Nous verrons. Quand à la vente de la production éolienne sur le marché vous donnez des arguments raisonnables dans le cas d'un marché fluide. Dans la réalité il s'agirait pour EDF de pouvoir vendre sa surproduction instantanément et en quantité illimitée. Or, il est bien connu que les liaisons THT entre la France et les pays proches ne sont pas suffisantes. Par ailleurs EDF est généralement lié par des contrats à long ou moyen terme, ce qui incompatible avec l'intermittence de l'éolien. Pour pouvoir vendre à coup sûr la production éolienne (en particulier) il faudrait qu'EDF dispose de moyens de stockage excédentaires. Or les STEPS actuels ont été conçus pour faire face à la demande de pointe. En tout état de cause la CRE devrait calculer le coût évité non pas sur une valeur moyenne du marché, mais sur sa valeur instantanée au moment de l'achat de la production ENR. Pour les taux de disponibilité vous avez raison. Mais il faut quand même rappeler que si le taux de disponibilité des centrales nucléaires devrait s'améliorer et dépasser disons 85%,, celui des éoliennes n'excède pas 30%, et encore...
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Commentaire par Tilleul
samedi 07 août 2010 03:36
Le taux de disponibilité d'une éolienne est supérieure à 98%... Vous confondez avec le facteur de charge...

[Réponse de l'auteur]
Vous jouez sur les mots. Pour moi la disponibilité correspond à la possibilité de produire à la puissance nominale lorsqu'on on a besoin. La belle affaire de savoir qu'un éolienne est disponible pour produire le centième de sa puissance nominale.


[Réponse de l'auteur]
En réalité la disponibilité d'une éolienne calculée par rapport à sa puissance nominale serait proche de zéro. C'est pourquoi on parle plutôt de puissance garantie. Et c'est bien difficile de la définir. On est bien forcé d'admettre un taux de défaillance acceptable qui ressemble beaucoup au complément à 100% d'un taux de disponibilité. Par exemple dire que l'éolienne n'a que 10% de chances de ne pas pouvoir fournir la puissance garantie, elle même égale à 10 ou 20% de la puissance nominale. D'une façon générale je suis persuadé que le système d'obligation d'achat est très pernicieux: il pose des problèmes de plus en plus difficiles à résoudre pour les distributeurs au fur et à mesure que la puissance ENR augmente, il ne pousse pas au progrès technologique et remplace le militantisme par l'affairisme. Je pense qu'un système supprimant l'obligation d'achat et instituant des subventions au kWh vendu serait largement préférable. La subvention pourrait être calculés comme la différence entre un prix d'objectif et le prix du marché.
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Commentaire par Sanzéole
samedi 07 août 2010 10:21
1° Face à la fin annoncée d'EDF (son démantèlement, sa privatisation), comment se fait-il qu'elle ne se défende pas publiquement, qu'elle reste muette ?
2° Si ce que vous dites est vrai – et l'on ne peut que vous croire –, à savoir que la présence des énergies renouvelables va mener peu à peu EDF vers sa privatisation, comment se fait-il qu'EDF, à travers sa filiale EDF-Énergies nouvelles, se lance elle aussi dans l'éolien ?


[Réponse de l'auteur]
Je ne peux évidemment pas répondre à la place d'EDF, mais j'ai le sentiment que Henri Proglio a senti le danger. Il me semble également que, sur ce sujet, il y a des tirages au sommet de l'Etat. Je peux me tromper, bien sûr. Pour ce qui est d'EDF-Energies nouvelles c'est une manière de limiter les dégâts puisque cette dernière recueille une partie de la manne renouvelable.
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Commentaire par delmy
samedi 07 août 2010 15:23
Je ne comprends rien à rien, mais j'ai constaté qu'EDF se moquait bien de nous, et ne respectait même pas ses conditions générales de vente.Habituellement j'étais prélevée de 75 euros tous les mois sur 10 mois et ils me prélevaient le supplément sur les 2 derniers mois, comme prévu. Cette année ils m'ont prélevé les 300 euros supplémentaires d'un coup le 11è mois et le 12è mois mois ils ont déjà prélevé pour l'année suivante. Avec un loyer de 600 euros et une retraite de 920 euros tous les mois, comment est-ce que je peux faire ? Je les ai contacté mais ils n'ont rien voulu savoir. Ou je payais, ou ou ils me suspendaient l'électricité. Que puis-je faire ?
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Commentaire par Alain
samedi 07 août 2010 17:16
Article précis, documenté et convaincant. Comment puis-je, en ma qualité de citoyen vivant en démocratie, m’opposer à cet indécent affairisme surfant sur la mode des énergies renouvelables et du mythe de la concurrence ? Qui, dans le monde politique, a pris position contre cette arnaque ? Le temps des élections viendra et le sujet est d’importance.

[Réponse de l'auteur]
Il me semble que la première démarche est de demander aux partis ce qu'ils pensent de la vente de 100 TWh au prix coûtant de l'électricité nucléaire aux opérateurs alternatifs (loi NOME), ce qu'ils ont pensé du TARTAM et ce qu'ils proposent pour le financement des ENR. Vous pouvez même demander comment ils voient l'avenir pour les barrages hydroélectriques.
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Commentaire par LAJEUNESSE
lundi 09 août 2010 08:32
Il n'y a pas si longtemps, EDF nous incitait fortement à du tout électrique pour nos maisons !!!! C'était, d'après elle, le moyen le moins onéreux, entre autres, de se chauffer !!! Que va-t-on devenir si l'électricité augmente à ce rythme et aussi fort ?? Qui va pouvoir continuer à se chauffer à l'électricité ? Celui qui aura tout misé sur ce moyen devra-t-il sacrifier cette énergie au contenu de son assiette ou à ses loisirs ? Il faut faire de la résistance mais comment ? On ne peut boycoter EDF mais peut-être faire comprendre à nos élus que nous peserons dans les urnes le moment venu si nous ne sommes pas défendus!!!!
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Commentaire par MARTINOR
lundi 09 août 2010 11:16
Intéressants articles et commentaires ; très clairement on marche sur la tête !

Plus grave

- la maintenance (nucléaire et hydraulique) est « allégée » ; cela n’est évidemment visible que pour ceux qui en connaissent (voir commentaire de Daniel)

- la maintenance du réseau n’est plus ce qu’elle était ; les acteurs économiques ne demandent pas « l’excellence » mais plus prosaiquement qu’on en revienne à ce que c’était il y a quinze ans : voir notammment les différence de réactivité aux évènements climatiques !
[26]
Commentaire par Tilleul
lundi 09 août 2010 11:16
Hervé Nifenecker, je veux bien que vos connaissances en matière de nucléaire soit inattaquables, mais je vous conseillerai de rester dans votre domaine de prédilection et de ne pas étaler plus en avant votre ignorance sur le sujet de l'énergie du vent... Une éolienne n'est pas fait pour tourner à vitesse nominale (mais d'où est-ce que vous sortez cette idiotie ?), et n'est pas non plus faite pour être considéré de façon autonome, sinon pourquoi les connecter au réseau ? Si vous en venez même à redéfinir un notion aussi courante que le taux de disponibilité pour venir soutenir votre agenda, ça en devient vraiment triste...

On a très bien compris que chez les anciens syndicalistes d'EDF et du CEA, les énergies renouvelables étaient le mal absolu car elles peuvent se développer de manière décentralisée et qu'elle permettait aux populations locales de participer aux choix énergétiques (y compris par leur financement), alors que votre raison idéologique pousse à avoir une politique française défini par des grands groupes internationaux controlés par une administration toute puissante, mais ce n'est pas la peine de camoufler un discours politique sous des oripeaux techniques qui ne font guère illusion très longtemps...

[Réponse de l'auteur]
Bien que ne connaissant rien aux éoliennes j'ai quand même écrit un chapitre sur leur Physique dans le livre "l'Energie de Demain" publié chez EDP Sciences et ai été invité à donner un cours sur ce sujet à l'Ecole de Physique Avancée au Maghreb. Pour le reste je ne tiens pas à poursuivre un débat qui n'apporte plus rien et sombre dans les attaques personnelles. Bien à vous Monsieur "Je Sais Tout".
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Commentaire par Michel BERTHELOT
lundi 09 août 2010 16:18
Bonjour Mr Nifenecker,

Pouvez-vous avoir la sollicitude de répondre au commentaire qui suit votre article sur notre site à ce lien : http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article14363

Je vous remercie par avance et espère ne pas abuser de votre temps. Michel B.
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Commentaire par Tilleul
mardi 10 août 2010 01:19
Ah oui c'est certain qu'on ne peut que s'incliner, un chapitre dans un livre pour le grand public (qui a reçu le prix du Forum Atomique Français (sic)) sur un sujet où les livres d'ingénierie se déclinent en tomes et un cours là où un cursus peut durer plusieurs années, ça c'est de la référence... Vous avez beau le prendre mal, les éventuels lecteurs ont quand même le droit de savoir qu'il ne s'agit pas d'un texte scientifique prétendant à l'objectivité mais d'un discours politiques rédigé par un militant qui veut imposer ses idées... Dans ce deuxième cas les affirmations gratuites sont généralement à prendre avec un peu plus de pincettes...

[Réponse de l'auteur]
Pour les gens de bonne foi, dont Tilleul ne semble pas faire partie, voici une référence pour voir si mon cours est scientifique ou militant. http://sauvonsleclimat.org/new/spip/IMG/pdf/physique.pdf PS le livre "L'énergie de demain: technique, environnement et économie" n'a pas reçu de prix. Il a été écrit par 27 spécialistes du climat et des énergies.


[Réponse de l'auteur]
Autant pour moi le livre que nous avions édité avec J.L.Bobin et E.Huffer a bien reçu un prix SFEN et nous en sommes plutôt fiers.
[29]
Commentaire par MARTINOR
mardi 10 août 2010 18:41
Je ne comprends pas que le débat vire à une opposition Energies Renouvelables – Nucléaire.
L’aide au renouvelable n’a pas vocation à être éternelle ; ce serait carrément antinomique !
Tout ce qu’on peut regretter (mais rien à voir avec le débat) c’est que cette aide n’intégre pas une stratégie industrielle nationale . C’est quasiment un cas d’école. Allez acheter , pour usage industriel en Métropole , une Eolienne ou du PhotoVoltaique Made in France !


[Réponse de l'auteur]
Votre attitude est de bon sens. L'industrie française des ENR a des marchés à prendre dans de nombreux pays et dans nos îles. C'est d'ailleurs ce que fait Vergnet (éoliennes adaptées aux régions de cyclones). Plutôt que de dispenser l'aide à des promoteurs immobiliers, aidons Vergnet par des MDP. La politique d'obligation d'achat est contradictoire avec la création d'une industrie de production d'éoliennes. La France utilise très peu les Mécanismes de Développement Propre. Nous avions une avance dans le solaire thermodynamique (Thémis) et l'avons perdue et ce sont les Espagnols et les Allemands qui développent des collaboration avec les pays du Maghreb. Une politique d'appel d'offres serait un moyen beaucoup plus efficace pour amener des progrès technologiques. Dans notre contribution nous ne mettons pas en cause l'utilité éventuelle des ENR, mais leur mode de financement. De plus, je le répète, le mode actuel de financement est sans effet sur la création et le renforcement d'une filière industrielle française.
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Commentaire par Marc
jeudi 12 août 2010 11:05
Bonjour,

Je pense que la loi NOME va produire l'inverse de ce que vous décrivez pour EDF, à savoir :

1/ Le risque d'un démantelement d'EDF pour abus de position dominante s'éloignera. On peut remettre en question le dogme de l'UE, mais l'UE n'est que l'expression des Etats Membres à travers le Conseil, dont la France qui a bien vu l'intérêt de l'ouverture des marchés pour ces champions nationaux

2/ EDF va pouvoir vendre 100 TWh de son électricité nucléaire à 42 €/MWh, alors que le ministère de l'industrie a toujours parlé de 30 à 35 €/MWh, et que c'est bien ce chiffre qui est considéré dans les tarifs réglementés de vente

3/ 42 - 35 = 7 €/MWh de perte pour les fournissseurs alternatifs s'ils veulent concurrencer le tarif... Donc pour les faire survivre, l'Etat n'aura d'autre solution que d'augmenter les tarifs jusqu'à rejoindre un prix de fourniture en base à 42 €/MWh. La hausse conséquente annoncée pour mi août préfigure ce mouvement.

Donc les alternatifs vont gagner un peu d'argent et EDF énormément puisque c'est l'ensemble des tarifs réglementés de vente qui devront augmenter de 10 à 30 % d'ici 2015. Gain estimé de l'opération sur les 300 TWh domestiques et professionnels : entre 3 et 9 milliards d'euros.

Ajoutez à cela une prime de 1 milliards sur la réserve pour démantélement et le tour de passe-passe de vendre 49% de RTE à cette réserve pour se désendetter de 3 milliards.

Mon conseil : achetez des actions EDF !

[Réponse de l'auteur]
Je ne pense pas que nous soyons vraiment en désaccord. Je dis qu'il est impossible que les consommateurs continuent à bénéficier d'un tarif réglementé intéressant et qu'EDF continue à financer les ENR et les opérateurs alternatifs. Vous dites que les prix réglementés vont augmenter de 10 à 30%. C'est une solution et ce sont les consommateurs qui paieront. Ainsi il sera prouvé qu'en France aussi la concurrence conduit à une augmentation des prix dans le secteur de l'électricité. Il est clair que je remets en cause le dogme de l'UE. Les élections de 2012 approchant on peut espérer que le gouvernement français fera cette démarche. Il faut aussi remarquer que l'UE n'exigeait pas la fin du monopole mais exigeait que les entreprises monopolistiques n'aillent pas concurrencer les autres dans d'autres pays que celui ou s'exerce leur monopole. Le gouvernement Jospin, sous la présidence de Jacques Chirac a renoncé au monopole et nous en payons les prix aujourd'hui. En passant je ne pense pas que les petits budgets qui sentiront le plus l'effet de l'augmentation du prix de l'électricité puissent acheter des actions EDF.
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Commentaire par jymesnil
jeudi 12 août 2010 20:39
l'énergie est condamnée à coûter plus, le tarif de l'électricité aussi ! il me semble avoir lu qu'EDF aurait admis un coût de 0.60 € pour le Kwh de l'EPR ?! si cela est vrai, alors nous avons là une augmentation absolument vertigineuse, une veritable catastrophe économique ! à ce prix ne devrait-on pas poser comme absolue nécessité l'arrêt de ce programme nucléaire ?! sans compter que l'on ne sait pas comment retraiter les déchets de l'EPR, que l'on ne sait pas démanteler les centrales obsolètes et donc apprécier ce coût ?! donc parler de tarifs me paraît assez "abracadabrantesque" !

[Réponse de l'auteur]
Et 0.82 c€ pour l'éolien, 600 c€ pour le PV, 70 c€ pour le gaz (CCG, sans tenir compte du CO2). Votre solution est du type Gribouille qui se trempe dans l'eau pour ne pas sentir la pluie! J'ajoute que le coût du kWh EPRE (55 à 60 c€) est celui d'une tête de série. Mais que le kWh de l'ensemble des réacteurs en fonctionnement est plutôt de 35 c€. Enfin on sait très bien gérer les déchets nucléaires.
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Commentaire par jymesnil
jeudi 12 août 2010 22:51
réponse à l'auteur : à combien se montent les réserves financières dans le bilan d'EDF pour le démantelement des centrales ?!!!! combien ça coûte ?!!! quelles sont les réserves financières d'EDF au titre de l'assurance ?!!! comment ferait EDF pour faire face à un accident majeur comme le fait BP en ce moment ?! Ah oui, c'est l'état.....enfin quel est l'accroissement de rendement de ce réacteur, qui a mobilisé des milliards pour son développement, sur les dix dernières années comparé à l'accroissement des rendements des énergies renouvelables ?! surtout rapporté au coût ?! en ce qui concerne les techniques de retraitement des déchets de l'EPR, quels sont la ou les usines actuellement existantes capables de retraiter ?! est-il prévu d'en construire une spécialement ?! autre réflexion de gribouille : la comparaison des prix de construction des centrales westinghouse et de l'EPR en euros constants et à MWatts équivalent mérite une explication ?! gribouille peut-être, couillon non :-)

[Réponse de l'auteur]
Vos questions ne se rapportent pas particulièrement à l'article, c'est à dire à la question de la justification de l'augmentation des prix de l'électricité (qui resteront quand même dans la fourchette basse des prix européens. Malgré tout, je veux bien répondre à vos questions dans la limite de mes compétences. Pour le démantèlement EDF doit faire une provision de 15% de l'investissement initial. Il s'agit donc pour EDF de placer, dès la construction, un capital qui représentera 15% du coût initial dans 40 ans (durée de fonctionnement), ou peut être plus, si le démantèlement est retardé. En tablant sur un investissement initial de 3 G€/GWe il faut donc obtenir un capital de 0,45 G€ dans une quarantaine d'année. En prenant un taux de rémunération réel de 3% par an, il suffit de placer environ 0,15 G€ en début de construction du réacteur, soit 5% de l'investissement initial. La somme à placer dépend, certes, de l'estimation du coût du démantèlement en rapport avec l'investissement initial, mais aussi de la durée avant démantèlement et du taux du prêt. Par exemple supposons que le coût du démantèlement soit double de celui que nous venons de considérer. La provision en fin de vie doit être alors de 0,9 G€. En gardant les mêmes valeurs du taux d'intérêt (3%) et de l'horizon temporel du démantèlement (40 ans), l'augmentation du prix de l'investissement initial serait de 5% (10% au total). Mais supposons que l'on attende 60 ans avant de démanteler. La provision initiale n'est plus alors que de 0,15 G€, comme dans le premier cas. Il suffit donc de prendre, en temps utile, la décision d'allonger la période de placement pour corriger une dérive importante du coût de démantèlement. En cas de catastrophe EDF devrait fournir 95 millions d'euros pour chaque réacteur, l'Etat étant appelé à la rescousse à la hauteur de 1,2 G€. Ces chiffres sont trop bas et doivent être revus à la hausse. Il n'est pas interdit de préciser ce qu'elles devraient être. Sans aucune garantie je me lance dans cet exercice. La probabilité pour qu'un réacteur de type REP subisse un accident de gravité 7 avec rejet massif de radio éléments est inférieure à 1 sur cent mille par an (Pour l'EPR cette probabilité serait cent fois plus faible) . Pour l'ensemble du parc on arrive donc à une probabilité maximum de un sur 2000. Dans un régime assuranciel les primes devraient donc être de l'ordre du millième du coût du sinistre assuré. Il est difficile d'estimer le coût possible d'un accident nucléaire grave. Je vais toutefois tenter de le faire. Sur le plan sanitaire on peut se référer aux conclusions de l'OMS concernant Tchernobyl. Il y a lieu de distinguer les effets qui sont, sans doute possible, ceux dus à la catastrophe: les décès causés par les effets déterministes de l'irradiation, soit une quarantaine. Les cancers de la thyroïde qui sont spécifiques de la contamination par l'Iode radioactive, soit, actuellement, environ 5000 cancers curables à 90% au moins sous condition d'une traitement la vie durant. L'OMS prévoit d'autres cancers non spécifiques. Mais le nombre de ces cancers serait, selon toutes les estimations, faibles devant celui des cancers « naturels ». Dans ces conditions, les victimes ne pourraient pas faire la preuve de la responsabilité de la catastrophe dans leur maladie. Je ne prends donc en considération que les affections clairement assignables à l'éventuelle catastrophe. Dans son étude ExTerne, l'UE a fixé la « valeur de la vie humaine » (je n'aime pas ce concept, mais il faut bien faire avec) à 3 millions d'euros. Retenant la valeur de 100 décès attribuables (40 pour Tchernobyl) on a donc une détriment de 300 millions d'euros. Cette somme devrait être versée dès la première année. En ce qui concerne les cancers de la thyroïde je retiens 5000 cancers avec une indemnité annuelle de 50000 euros par malade, pendant 30 ans. Soit un total de 6 milliards d'euros payés pendant 30 ans à raison de 200 millions d'euros chaque année. Il est maintenant reconnu que les relogements massifs de Tchernobyl ont été une erreur et ont plutôt nui à la santé générale des relogés. Ceci n'exclut pas de prendre en compte une évacuation temporaire qui pourrait être importante pour une durée de l'ordre du mois (la demie vie de l'Iode 131, principal responsable des atteintes à la santé) est de huit jours). Pour environ 300000 évacués on arrive à un coût de l'ordre de un milliard d'euros a payer dès le première année. Je considère qu'il faut aussi envisager un certain nombre de relogements que je prends de façon assez arbitraire égal à 20000; j'estime à 300000 € le coût d'un logement soit un total de 6 milliards d'euros à financer sur 20 ans (300 millions par an). C'est l'agriculture qui serait le secteur économique le plus touché. Je fais l'hypothèse d'une zone de 10000 km2 où les récoltes seraient inutilisables pendant 20 ans. Cette hypothèse est très pénalisante car elle néglige la possibilité de développer des récoltes non alimentaires pouvant servir comme matériau de construction ou comme bio-carburants. Sur la base d'une terre à blé ayant un rendement de 10 tonnes à l'hectare pour un coût de 100 €/tonne de blé on obtient une valeur de récolte annuelle de 1 milliard d'euros. Finalement j'obtiens un coût total de 33,2 G€ avec une annuité maximum de 2,7 G€ immédiatement après la catastrophe. Dans une logique assurantielle il faudrait qu'EDF paye une prime de l'ordre de 33 millions d'euros, une somme négligeable devant le chiffre d'affaire d'EDF en France qui est de l'ordre de 35 G€. L'autre logique consiste pour EDF à s'autoassurer. Dans ce cas il faut s'assurer que EDF serait capable de payer les annuités les plus élevées sans être mise en faillite. Le chiffre d'affaires du groupe EDF (France et International) est de plus de 66 G€ le total de l'actif de 242 G, le résultat financier de plus de 3 milliards d'Euros. Il me semble qu'EDF serait parfaitement capable de faire face. Pour l'instant je m'arrête là et vais me coucher.


[Réponse de l'auteur]
Suite de la réponse à jymesnil Pour ce qui est de l'EPR vous pourriez au moins vous renseigner sérieusement, par exemple sur le site du débat public sur l'EPR de Flamanville, dossier du maître d'oeuvre: http://cpdp.debatpublic.fr/cpdp-epr/documents/dossier-EDF.html et aussi celui de l'EPR de Penly http://www.debatpublic-penly3.org/informer/dossier-maitre-ouvrage.html Vous verriez que le rendement thermodynamique de l'EPR serait de 36%, à comparer aux 33% des REP actuels. Mais la justification principale de l'EPR n'est pas cela, c'est la sûreté du réacteur. Depuis les premiers REP 900 les exigences de sûreté ont cru constamment. Pour les détails voir la référence ci-dessus. Je ne sais pas où vous avez pêché que des milliards auraient été dépensés en recherche pour la mise au point de l'EPR (si c'est de l'EPR que vous parlez). Pouvez vous donner vos sources sérieuses (SDN s'abstenir). Le retraitement des combustibles usés de l'EPR ne devraient pas poser de problème sérieux pour l'usine de la Hague. Il faudra peut être allonger la période de refroidissement des combustibles irradiés. En tous cas il n'est pas question de construire une usine spécifique. Qu'entendez vous par rendement des énergies renouvelables? Enfin la différence de prix entre les anciens REP et l'EPR s'expliquent par la puissance de l'installation (passée de 900 à 1900 Mwatts), les exigences de sûreté (voir ci-dessus), le caractère de prototype des premiers EPR, avec les allongements des temps de construction qui en ont découlé, et l'augmentation des prix des matières premières (dernières circonstances qui ont aussi joué pour les éoliennes, par exemple).
[33]
Commentaire par Laurent
lundi 16 août 2010 11:56
Merci pour cet article synthétique mais pourtant large dans l'argumentation (histoire, politique, économie, ...) et surtout compréhensible.

Moi même je m'intéresse de près à ce sujet et je me demandais quelles étaient vos sources pour tout ce qui est données économiques. Vous avez parlé du bilan financier d'EDF mais encore.

Merci pour cette précision.

[Réponse de l'auteur]
Merci de votre appréciation à laquelle je suis sensible ainsi que mon coauteur. L'essentiel des données financières sur EDF que nous avons utilisées peuvent être trouvées dans le document: "Comptes Consolidés au 31 décembre 2009" référence http://www.edf.com/html/RA2009/pdf/EDF_RFI09_01_vf.pdf
[34]
Commentaire par Pierre Carlier
mercredi 18 août 2010 10:17
Je félicite les deux auteurs pour cet article précis, documenté et éclairant.
J'ai un petit regret, le fait que les 3 aspects suivants n'aient pas été évoqués:

1 - EdF fait 50% de son chiffre d'affaire à l'extérieur de la France, possède beaucoup d'actifs de production à l'étranger, ...
La réciprocité d'un tel comportement exige une attitude totalement ouverte en France vis à vis des autres acteurs énergéticiens, indépendamment des eurocrates.

2 - Les tarifs d'EdF devront augmenter significativement pour permettre de couvrir les coûts du renouvellement du parc nucléaire.
Ce sera probablement une cause importante de l'élévation des tarifs dans les 15 ans à venir.

3 - EdF, suite à des erreurs en gestion financière et managériale, vient de perdre 10 points de disponibilité sur le parc nucléaire en 5 ans.
Ceci coûte environ 3 Milliards d'Euros par an.
C'est la poule qui casse son oeuf.

Encore bravo pour cette présentation très riche et merci à tous les deux.


[Réponse de l'auteur]
Merci pour votre appréciation venant d'un expert. Sur le premier point, je ne pense pas qu'on puisse dire que la France n'est pas ouverte aux autres opérateurs alors qu'elle a inventé le Tartam et et la vente forcée au prix coûtant de 100 TWh de la production nucléaire. Le vrai problème, c'est quand même que la production nucléaire a un coût moindre que celui des centrales fossiles. En particulier, le tarif réglementé est incompatible avec les coûts des centrales à gaz. Vos "sur-commentaires" seront évidemment bienvenus Pour le deuxième point vous avez certainement raison, mais ce n'est évidemment pas une raison pour charger davantage le baudet. Il serait d'ailleurs important que les composantes de prix des différents moyens de production d'électricité soient rendues publiques comme c'était le cas il y a quelques années, les comparaisons faites par le DGEC ne portant plus que sur des valeurs relatives. Selon la Synthèse publique 2008 de l’étude des coûts de référence de la production électrique sur une base 100 du coût de la production nucléaire les frais fixes (amortissement, investissement, exploitation, taxes) représentent environ 78. Les investissements de jouvence (passage à 40 ans) et pour de nouvelles centrales (à quel rythme) sont-ils pris en compte? Au nom du secret commercial la DGEC ne communique plus les chiffres absolus. Dans sa comparaison elle suppose toutefois que le réacteur de référence est l'EPR. Mais on ne sait pas comment le coût correspondant se compare au coût estimé de la production nucléaire actuelle. Le coût du kWh donné par EDF pour l' EPR de Penly est compris entre 55 et 60 €/MWh. On donne généralement un coût de la production nucléaire actuelle de 33-35 €/MWh. Le surcoût de 2 EPR aurait une influence marginale sur le coût moyen de l'électricité. Si la production EPR atteignait 20% de la production totale (80 TWh soit entre 6 et 7 EPR) on pourrait s'attendre à une augmentation moyenne de l'ordre de 10% du kWh en sortie de centrale, d'où une augmentation de l'ordre de 3 à 5% du kWh vendu au consommateur. Calcul sous toutes réserves. Pour le point 3 la détérioration de la maintenance a été soulignée par plusieurs commentateurs de cet article. Il est clair que la "financiérisation" des motivations des hauts dirigeants d'EDF au cours des années récentes est en cause. IL semble que Henri Proglio l'ait compris. Qui vivra verra...
[35]
Commentaire par MARTINOR
jeudi 19 août 2010 09:06
Assez d'accord sur la réponse de l'auteur à P CARLIER.

Bémol sur le point 2 (couvrir les coûts du renouvellement) car il faut viser 60 ans exception peut être des tranches les plus anciennes FESSENHEIM et BUGEY.
Si l'on en reste à 40 ans il faudrait vraiment qu'EDF s'active un peu plus dans la préparation des démantèlements.

Sur le point 3 Pierre CARLIER aurait pu être plus explicite. Dire peut être que les allemands par exemple sont beaucoup plus fidèles à leurs petits sous traitants ; ils le paient , mais en retour la disponibilité y gagne.

[36]
Commentaire par Jérôme
jeudi 02 septembre 2010 11:17
Article intéressant qui a le mérite de dresser le contexte général du problème. J'ai d'autre part une remarque et une question :
- la système électrique français n'est pas très souvent "marginal nucléaire" (environ 10%) par contre ce qui est tout à fait vrai c'est que les tarifs réglementés sont basés sur les coûts de production à long terme et donc sur les coûts de production nucléaire d'où des tarifs très avantageux par rapports à nos voisins européens

- ma question concerne l'origine de la dérégulation et plus généralement le principe du libéralisme appliqué au système électrique. On connaît tous le principe de la concurrence parfaite où une augmentation de l'offre permet de réduire les prix. Or on connait tous égalements les particularités de l'électricité à savoir son stockage très difficile à grande échelle et son inélasticité au prix. Je me demande donc qui a, un jour, décidé que ce principe serait bénéfique au système électrique et donc aux consommateurs (c'est le but affirmer de toutes les mesures liées au marché électrique) et surtout sur quels arguments ils se sont fondés?

Car toutes les mesures actuelles prises pour aboutir à un marché électrique européen découlent de ce principe et je trouve très surprenant que les fondements théoriques soient si obscurs !

Bien cordialement
Jérôme

[Réponse de l'auteur]
Merci de votre commentaire. Sur le point 1 vous avez sans doute raison. Mais encore une fois je ne faisais que citer Marcel Boiteux que je considère plus compétent que moi... Pour le point 2 la dérégulation dans le secteur de l'électricité ma paraît avoir été le résultat de l'influence d'économistes libéraux dogmatiques. Il est remarquable que les défenseurs des Energies Renouvelables aient su contourner les règles du marché d'une manière caricaturale (obligation d'achat!)
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