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 - Président fondateur de Sauvons Le Climat
Auteur
Ingénieur et docteur ès sciences, Hervé Nifenecker est Président fondateur du collectif  Sauvons le Climat, qu'il a créé en 2004. Il s'exprime sur "la chaîne Energie" à titre personnel...

La pollution plus dangereuse que les retombées de Fukushima


lundi 17 mars 2014

Les Parisiens ne sont pas vraiment impressionnés par la pollution atmosphérique actuelle...alors que le risque de la radioactivité suscite toujours une grande peur. Et conduit à des évacuations de population très traumatisantes.


Ce 11 mars 2011, 3ème anniversaire de la catastrophe de Fukushima, nous  apprenons aussi, à l'occasion d'un pic de pollution dans la région parisienne, que  la pollution atmosphérique  conduirait à une perte d'espérance de vie de 6 mois.  Ceci étant, la population parisienne ne semble pas tétanisée et les parisiens, même si c'est en pestant contre les limitations de vitesse, continuent à vaquer à leurs occupations, pensant être suffisamment adultes et responsables pour gérer ce risque et l'assumer.

De son côté le gouvernement japonais, obéissant aux normes érigées par la CIPR (Commission Internationale de Protection contre les Radiations), envisage d'autoriser les populations à se réinstaller autour de Fukushima dans des zones caractérisées par une radioactivité inférieure à 20 mSv/an. Rappelons que 110000 personnes ont été évacuées sans autre forme de procès  à la suite de la catastrophe.

Devant la différence de traitement dans le cas de la pollution atmosphérique et dans celui de la pollution radioactive, on s'attend à ce que le danger de celle-ci soit beaucoup plus important que le danger de celle-là.  Or, pour atteindre la même perte d'espérance de vie acceptée par les Parisiens, il faudrait qu'une population soir soumise pendant 5 ans à une dose d'irradiation 100 fois plus élevée que la norme (1 mSv/an) et 5 fois plus élevée que la limite de 20 mSv/an vers laquelle tendent les autorités japonaises.  Le calcul de la perte d'espérance de vie par suite d'irradiation est disponible sur le site http://vizille-sciences.org/perte_de_vie.php.

La question de l'évacuation

Mais si on peut estimer assez facilement la perte d'espérance de vie due à un supplément d'irradiation (ce qui ne semble, d'ailleurs, jamais fait ni par les autorités ni par les médias)  il est plus difficile d'estimer les conséquences sanitaires de l'évacuation elle-même. L'évacuation des populations des environs de Tchernobyl, les arrachant à leur cadre de vie et leur faisant perdre leur emploi,  a eu des conséquences durables et considérables : dépressions, troubles psychosomatiques, addictions à l'alcool et aux drogues, désintégration des familles.  Une évolution similaire semble se reproduire autour de Fukushima.  Toutefois les autorités japonaises envisagent le retour d'une partie des populations, tout en donnant aux candidats au retour les moyens d'évaluer le risque d'irradiation auquel ils seraient soumis. Cette démarche va dans le bon sens, mais pourquoi avoir attendu si longtemps et pourquoi fixer arbitrairement une valeur maximale de l'irradiation à 20 mSv/an ?

Il faut absolument que les dégâts humains des politiques d'évacuation soient  évalués. Si, dans le cas d'une catastrophe nucléaire, on peut envisager une évacuation de courte durée (typiquement un mois) en attendant que la situation se stabilise  le maintien des mesures d'évacuation doit  faire l'objet d'une véritable analyse en termes de coûts et de bénéfices et cette politique doit être discutée par les populations et les individus concernés directement. Certains d'entre eux, après avoir été dûment informés des risques encourus, pourraient décider de rester sur place, d'autres, au contraire, pourraient quitter la région contaminée et être réinstallées ailleurs dans de bonne condition.

Cette réévaluation des politiques  d'évacuation se fera d'autant plus vite que les évacués engageront des procédures contre les responsables  de ces politiques, comme cela semble se produire au Japon.

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13 commentaire(s)
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Commentaire par LOULOU
mardi 18 mars 2014 07:21
Comparatif un peu niais
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Commentaire par papijo
mardi 18 mars 2014 11:16
Je partage tout à fait les vues de l'auteur concernant les déplacements de population aberrants en face d'un risque dû à la radioactivité faible voire nul. Par contre, concernant le "danger" dû à la pollution à Paris et les "6 mois de perte d'espérance de vie", comment se fait-il que la mortalité des parisiens "pollués" soit inférieure à celle des français "moins pollués" (cliquer ici), cela malgré un nombre plus important de cancers du poumon (à rattacher à l'usage plus répandu de la cigarette) chez la femme, mais non chez l'homme.

[Réponse de l'auteur]
Ce n'est pas moi qui ait inventé les 6 mois de perte d'espérance de vie. On nous en a rebattu les oreilles pendant une semaine. Ceci étant les parisiens vont souvent mourir en province dans des maisons de retraite.
[3]
Commentaire par Patrig k
mardi 18 mars 2014 13:31
Un président qui préside SLC, nuclaire & bisnounours ! [ ... dépressions, troubles psychosomatiques, addictions à l'alcool et aux drogues, désintégration des familles. ... ] Inutile d'aller fouiner à Tchernobyl pour caractériser ce type de maux. La société française en est déjà fortement atteinte, en somme , une avant garde le jour ou les réacteurs du Tricastin nous ferons voir le sapin de noël atomique. 2 millions d'alcoolos dépendants en France, 5 millions de alcoolos à risques, plus gros consommateur de psychotrope en Europe, voir des pays de l'OCDE, 5 éme pays au taux de suicide après la Biélorussie, Corée du Sud, Lituanie, Russie ! Bref un agglomérat d'arguments qui frisent l'hérésie déontologique médicale. Rien d'étonnant, peut on se fier à des technicistes atomiques, foutrent leur nez de fouine, dans nos cerveaux ? Si Sauver le climat est une bonne et généreuse idée, faudrait pas pour autant, prendre des gages pour sauver la connerie partisane et non contrôlée ! Remarque au passage, y aurait il corrélation, entre le taux de suicide et la proportionnalité de production d'électricité d'origine nucléaire ? J'en mettrais pas ma main au feu, et pourtant !

[Réponse de l'auteur]
Félicitations pour la profondeur de votre pensée et le style avec lequel vous la présentez. Et malgré tous ces maux les français ont une espérance de vie qui augmente de 3 mois tous les ans, alors qu'elle est déjà de 80 ans. EN tous cas,bien d'accord avec vous....Mort aux cons (vaste programme nous disait De Gaule)
[4]
Commentaire par Patrig K
mardi 18 mars 2014 13:36
Il est indéniable, que si l'enfumage de masse évoqué par SLC n'est pas juguler et refluer, les particules fines qui obstruent les quelques 200 millions d?alvéoles pulmonaires, soit une surface d?échange d?environ 100 m²/individu, seront encore présentes pour réduire à néant l'oxygénation de nos respirations. A ce propos, un peu de désenfumage et en rappel au sujet du développement des moteurs diésel en France, il est important de redire que cette spécificité française est strictement liée au programme électronucléaire élaboré depuis les années 1970 et suivantes. En effet, le développement inconsidéré du chauffage électrique dans les passoires en béton, a eu pour effet de réduire la consommation de fuel par les chaufferies qui le brulaient. Ce qui avait eu pour effet de réduire les bénéfices des pétroliers et des raffineries qui le produisaient. Le lobby pétrolier avait forcé les pouvoirs publics de favoriser la motorisation diesel pour compenser. Et au lieu de faire le nécessaire depuis plus de 30 ans, à savoir l'isolation des bâtiments. A tel point qu'aujourd'hui, et depuis la délocalisation de ce secteur sous des cieux moins sociaux, la France est contrainte d'importer du diésel qui est plus cher en cout de fabrication, et défiscalisé artificiellement. Intérêt général et lobby nucléaire du capital ! Shadock et pieds nickelés seraient-ils aux manettes du pays de Descartes ?
[5]
Commentaire par pk
mardi 18 mars 2014 13:47
Thomas Legrand a développé sa chronique politique à ce sujet ... ( nucléaire => diésel) http://www.franceinter.fr/emission-ledito-politique-la-circulation-alternee
[6]
Commentaire par papijo
mardi 18 mars 2014 14:39
@pk - Pourquoi vous attaquez-vous au diésel ? C'est GreenPeace qui vous a dit que c'était ça l'ennemi ? Avant de réagir, jetez un oeil aux chiffres "officiels" du CITEPA (Cliquer ici). Les transports routiers (y compris poids lourds, usure pneus/freins/embrayages ...) viennent bien après les émissions dues au chauffage (non électrique), l'agriculture ... Alors quel est l'intérêt ? Et au fait, quel est le niveau de particules dans les tunnels du métro ou RER ?

[Réponse de l'auteur]
Je ne m'attaque pas au diesel (j'en ai un d'ailleurs). Mais je me réfère aux données de l'AFSSET, qui a démontré que les microparticules résultant de la combustion du diesel étaient toxiques. Les risques sont intimement liés à la vie elle-même. Ce que je souligne c'est que les risques encourus par la mise en oeuvre des réacteurs nucléaires sont bien inférieurs à ceux consécutifs à l'utilisation des moteurs diesels. Ceci étant la production d'électricité par les centrales à charbon allemandes sont à l'origine de 10000 morts par an dans le public. Et pour l'ensemble de l'Europe l'utilisation des centrales à charbon est à l'origine de 40000 morts par an.
[7]
Commentaire par papijo
mardi 18 mars 2014 22:11
A l'auteur: Merci de prendre intérêt à mes remarques. Je suis bien sûr d'accord avec vous en ce qui concerne les diésels et le nucléaire. Par contre, les chiffres que vous citez sur le charbon me surprennent beaucoup. J'ai pas mal circulé en Allemagne, notamment dans la région de la Ruhr où je n'ai pas rencontré de pollution "visible". Je suis également allé en Chine où dans les grandes villes, on sentait une gêne réelle provoquée peut-être en partie par les centrales, mais surtout par les petits réchauds à charbon utilisés pour la cuisine. Quel serait alors le nombre de victimes dans ces villes ? - PS: J'ai trouvé la réponse à la question que je me posais au sujet de la RATP (Cliquer ici).

[Réponse de l'auteur]
Voir le site de Jean Marc Jancovici http://www.manicore.com/documentation/petrole/danger_charbon.html et sur le site de SLC: http://www.sauvonsleclimat.org/etudeshtml/les-dangers-du-charbon/35-fparticles/950-les-dangers-du-charbon.html
[8]
Commentaire par patrig k
mercredi 19 mars 2014 09:57
@ L'auteur qui [ Mort aux cons ] .... L?indicateur d?espérance de vie à 35 ans permet de mettre en évidence, d?une manière globale, les inégalités importantes de risque de décès existant entre catégories sociales en France. Si toutes les catégories sociales ont connu une amélioration de leur espérance de vie à 35 ans, ce sont toujours les cadres et professions intellectuelles supérieures qui ont l?espérance de vie la plus longue, atteignant 47,2 ans chez les hommes et 51,7 ans chez les femmes. L?écart d?espérance de vie à 35 ans entre les cadres et les ouvriers est de 6,3 ans chez les hommes et de 3 ans chez les femmes sur la période 2000-2008. Les écarts d?espérance de vie entre catégories socioprofessionnelles qui s?étaient accrus chez les hommes lors de la période précédente n?ont que très légèrement diminué et sont restés identiques chez les femmes. Les différences de mortalité entre les cadres et les ouvriers s?atténuent avec l?avancée en âge : à 45 ans, le risque de mourir dans l?année est 2,5 fois plus fort pour un homme ouvrier que pour un cadre ; à 90 ans, ce risque n?est plus que 1,4 fois plus important. Il en va de même chez les femmes : à 45 ans, le risque est 2,0 fois plus grand ; à 90 ans, il l?est 1,3 fois plus. A titre indicatif, l?espérance de vie et selon l?index MUNDI est de 53.8 années au Niger en 2012, là bas ou vos collègues d?AREVA exploitent et l?Ua et la population la plus démunie au monde,. Autrement dit, votre argument est à la fois erroné et trom
[9]
Commentaire par patrig k
mercredi 19 mars 2014 10:04
@ fan du Général et fin de commentaire précédent : A titre indicatif, l?espérance de vie et selon l?index MUNDI est de 53.8 années au Niger, là bas ou vos collègues d?AREVA exploitent et l?Ua et la population la plus démunie au mode,. Autrement dit, votre argument est à la fois erroné et trompeur, car trop général et ne correspond en rien à une lecture digne d?un CADRE qui a de plus la prétention de SAUVER le climat, et par ricochet en principe « humanitaire », la population qui de toutes les façons, va devoir survivre dans un chaos, tel que la NASA l?a étudié. Humanitaire ? Mais, mes avis, c'est que votre slogan "sauveteur" n'est que sucre pour mouche affamée, une belle image de façade révélée par votre propos liminaire et somme toute, du niveau CE 2 .. Ou encore du niveau TF1 l'A2 ... Ou encore la pratique sous d'autre cieux, de la propagande "poutinienne". Un maitre en ce domaine. Fin de parenthèse et de tentative de désintoxication.
[10]
Commentaire par papijo
mercredi 19 mars 2014 11:12
A l'auteur - On peut admettre que les victimes liées à l'extraction à ciel ouvert par accident, silicose, etc. doivent être peu nombreuses en Allemagne (contrairement à la Chine et aux mines souterraines). L'essentiel des victimes serait donc dû à la pollution. Le mode de calcul semble être "linéaire sans seuil", c'est à dire pour caricaturer qu'on suppose, en admettant qu'un caillou de 10 kg tombant sur votre tête a une chance sur 2 de vous tuer, qu'un caillou de 100 g aura une chance sur 20, un de 10 g une chance sur 200, etc., ce qui est absurde. Or, c'est ce type de raisonnement absurde que vous dénoncez quand on l'applique aux retombées de Fukushima, ce que je comprends, mais pour être cohérent, il faudrait aussi le dénoncer quand on calcules les "victimes virtuelles" du charbon. Ceci étant dit, personnellement, je préfère le gaz de schistes plutôt que le charbon.

[Réponse de l'auteur]
Je ne sais pas précisément quelles sont les hypothèses de calcul des décès dus à la pollution atmosphérique. Je crois qu'elles reposent surtout sur des données épidémiologiques qui ne présupposent pas une relation linéaire sans seuil. L'étude pionnière est celle de Dockery et al. de Harvard qui a suivi des centaines de milliers d'individus pendant 7 ans en reliant l'incidence des cancers au niveau de la pollution dans laquelle ils avaient vécu une dizaine d'années auparavant.
[11]
Commentaire par Hervé
mercredi 19 mars 2014 13:01
@Pk, tant que vous êtes dans les analyses de l'age moyen des humains, pouvez vous nous expliquer pourquoi les habitants de BieloRussie et d'Ukraine ont une Espérance de vie plutôt meilleure que la moyenne de l'Ex URSS? C'est bizarre pour un pays ou les populations ont vécu dans les rejets massif de Tchernobyl ils devraient être tous morts, non?...
[12]
Commentaire par papijo
mercredi 19 mars 2014 14:18
A l'auteur - Ce qui m'a suggéré l'effet linéaire sans seuil dans le papier de JM Jancovici, c'est la phrase "Variation de la mortalité aigue due aux PM10 en Europe. Le % représente la hausse du taux de mortalité pour chaque augmentation de10 µg/m3 de PM10 dans l'air" tirée de la légende d'un tableau au milieu du document. Par contre, s'il est vrai qu'il ne dit pas que c'est la même méthode qui est utilisée pour calculer le nombre de "victimes", on ne voit pas sur quel autre critère il se base.
[13]
Commentaire par BMD
lundi 07 avril 2014 10:50
@papijo, les calculs s'appuient directement sur les résultats d'études épidémiologiques où l'on observe une croissance avec les teneurs dans l'atmosphère qui a été assimilée en première approximation à une loi linéaire, d'où la phrase de JMJ. Mais il n'y a pas à ma connaissance d'EXTRAPOLATION à très faible teneur sans support épidémiologique comme cela se pratique avec la "loi" linéaire sans seuil utilisée pour la radioactivité.
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