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L'Union Française de électricité (UFE), est l'association professionnelle du secteur de l'électricité. Elle représente les employeurs du secteur au sein de la branche des industries électriques et gazières...

Europe de l'énergie : le bilan est sombre


mardi 04 juin 2013

La règle des 3x20 est à la base de l'Europe de l'énergie. Et si l'on revoyait ces trois critères, notamment en rajoutant un objectif de réindustrialisation ?


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Au cours de ces dernières années, l'Europe a fondé son action sur deux idées force. La première est basée sur le constat alarmant de l'envolée des émissions de GES dans le monde, mais aussi sur un doute existentiel européen, face à la montée des BRICS : désormais, le développement durable doit constituer le moteur de la croissance et de la compétitivité de l'Europe, et ce modèle, l'Europe doit l'imposer au monde. La deuxième est que, pour mettre en œuvre cette idée, il faut se donner, non pas un seul objectif - la réduction des émissions de CO2 -, mais plusieurs, incarnés par le fameux « 3x20 » : -20 % de CO2, +20 % d'ENR, +20 % d'Efficacité Energétique.

Une Europe en panne

Le bilan de cette politique est sombre, voire poignant. Depuis Rio, rien de concret ne s'est produit sur le plan climatique, malgré les efforts de l'Europe. La part des émissions de carbone de l'Europe est certes passée de 20 % à 10 % en l'espace de 10 ans. Mais pas parce que l'Europe a réduit drastiquement ses émissions, mais parce que le reste du monde les a augmentées massivement (passage de 3 à 9 milliards de tonnes pour la Chine, soit 500Mt/an). L'influence mondiale de l'Europe dans le débat sur le climat est faible, très faible.

- Sur le plan de la croissance, l'Europe est en panne. Elle est, à ce jour, une des dernières zones du monde à ne pas connaître une reprise de la croissance. Les vieilles économies, telles les USA, avec le développement des gaz de schiste et la fin du tout charbon, ont repris grâce à la ré- industrialisation (chimie, automobile... sont des industries qui se relocalisent sur le territoire américain) une partie de leur lead fondé, ces dernières années, sur l'économie numérique.

- Sur le plan de la lutte contre les émissions de CO2, le vaisseau amiral de l'Europe, le système des quotas d'émissions de carbone avec son marché, est en train de se briser, voire de sombrer. Avec un prix du CO2 compris entre 3 et 5 € la tonne, ce marché ne donne plus de signal pertinent pour inciter les industriels à investir dans des technologies peu émettrices : le charbon, dont la combustion pour produire de l'électricité est un non-sens écologique, est devenu surabondant et pas cher depuis la révolution des gaz de schiste aux USA ; il vient remplacer le gaz en Europe, faute d'un prix du CO2 suffisant.

Absence de cohérence


En cause ? Outre l'échec de la politique CO2 évoquée ci-dessus, l'incohérence des règles européennes. En effet, l'objectif de 20 % d'ENR a conduit à développer de nouveaux moyens de production sans veiller préalablement à corréler cela à l'évolution de la demande d'énergie en général, et d'électricité en particulier. L'Europe est désormais en situation de suréquipement. Sur le marché de gros de l'électricité, les prix baissent. En France, ils sont proches de l'ARENH, soit 42 €/MWh. Ceci a deux effets directs. En premier lieu, comme l'ont souligné récemment 8 grandes Utilities d'Europe, tout un pan de l'industrie électrique, indispensable à la sécurité du système, performant sur le plan climatique, est en train de s'effondrer, pays après pays. Les moyens de production classiques, de type CCG, ne sont plus ni compétitifs par rapport au charbon (faute d'un prix du carbone adéquat), ni rentables, car fonctionnant trop peu de temps (1), avec une rémunération de l'énergie produite insuffisante.

Deuxième effet, plus le prix de gros de l'électricité baisse, plus les subventions aux ENR augmentent. La situation de surcapacité rend, de fait, de plus en plus coûteux les mécanismes de soutien aux ENR. En effet, dans un raisonnement économique classique, la subvention aux ENR visait à couvrir la période où faute d'économie d'échelle, leurs coûts complets de production étaient supérieurs à ceux des moyens classiques, censés être reflétés par les prix de gros de l'électricité. Dans ce raisonnement, plus les ENR se développaient, plus leur coût de production baissait, se rapprochant des prix de marché, plus la subvention aux ENR baissait ! Aujourd'hui c'est exactement l'inverse : plus les ENR se développent, sans lien avec la demande réelle, plus le prix de gros baisse, et plus le coût pour la collectivité augmente.
3 axes clés : industrie, sécurité d'approvisionnement, CO2

L'erreur est dans la construction même de la politique européenne de l'énergie actuelle. En vérité, il ne faut pas moins d'Europe, mais plus d'Europe...cohérente ! Celle-ci devrait prioritairement s'attacher à la réindustrialisation de l'UE (le Commissaire Oettinger suggère lui-même de fixer comme objectif plus de 20 % d'industrie dans le PIB européen). De même, le CO2 devrait être le seul objectif en matière climatique. Il est contre-productif d'ajouter des objectifs secondaires de développement des ENR et de maîtrise de l'énergie. Enfin, la sécurité d'approvisionnement doit être renforcée par la réduction de la part des énergies importées et en veillant au maintien effectif de la sûreté du système électrique au niveau de l'Europe et pas uniquement des états membres.

Pour de nouveaux objectifs

Une Communauté Européenne de l'Energie devrait donc être fondée sur ces objectifs clairs et porter plusieurs réformes de ses politiques intérieures :

- Celle d'une politique industrielle dans l'énergie qui vise à renforcer et consolider la position des grands acteurs industriels européens dans la compétition mondiale dans tous les domaines d'excellence : nucléaire, éolien, solaire, hydraulique, efficacité énergétique active et passive

- Celle du marché ETS, qui doit être réformé de manière structurelle afin de délivrer un signal prix incitatif dans des investissements bas carbone.

-  Celle de l'organisation du marché intérieur de l'électricité qui permette de garantir la sécurité d'approvisionnement à long terme de l'Europe, car l'enjeu en ce domaine n'est plus d'ordre national.

En réalité, l'échec de la politique européenne dans le domaine du climat et de l'énergie appelle moins d'Europe dogmatique, et plus d'Europe pragmatique, industrielle, solidaire.

(1) Un CCG est rentable s'il tourne environ 60 à 70% du temps : actuellement ils tournent moins de 25% du temps dans la plupart des pays européens 1000h en Espagne par exemple.

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2 commentaire(s)
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Commentaire par Gépé001
mercredi 05 juin 2013 07:30
La politique est mauvaise,alors,changeons de politique!L'erreur provient de ne pas considérer tous les aspects de l'énergie,un peu comme si on jugeait une statue avec une seule photo.L'énergie a un aspect économique;elle remplace le travail et doit être associée au travail;on a le travail,le capital ET l'énergie.C'est un changement complet de conception du dévelopement de l'économie.Ce point de vue concerne la fiscalité et les retraites.
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Commentaire par un physicien
mercredi 05 juin 2013 17:06
Il ne faut pas être grand clerc pour se rendre compte qu'il est absurde de mettre sur le même plan un objectif à atteindre (la réduction du CO2) et les moyens pour y parvenir (par ex. les énergies renouvelables). Et si, comme de nombreux experts l'affirment, les EnR intermittentes entrainent une augmentation du CO2, on fait quoi ?
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