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L'Union Française de électricité (UFE), est l'association professionnelle du secteur de l'électricité. Elle représente les employeurs du secteur au sein de la branche des industries électriques et gazières...

Afrique : un potentiel énergétique sous-exploité


jeudi 09 avril 2015

En lançant le projet « Energies pour l'Afrique », Jean-Louis Borloo soulève un problème aux enjeux considérables : pour l'Afrique bien sûr, mais aussi pour la lutte contre le réchauffement climatique et le succès de la COP 21.


Voir le site de l'UFE

La situation énergétique de l'Afrique, en général complétement méconnue, se présente de façon totalement paradoxale. Le continent africain est, en effet, riche en termes de ressources énergétiques et bien pauvre en termes de l'utilisation de ces ressources.

Un énorme potentiel

Côté ressources, l'Afrique dispose ainsi de 10 % des réserves hydrauliques mondiales exploitables, de 10 % des réserves prouvées de pétrole, de 8 % de celles de gaz et de 6 % de celles de charbon. A cela s'ajoute un énorme potentiel photovoltaïque dans les deux zones tropicales, les gisements géothermiques du Rift et les capacités éoliennes d'une quinzaine de zones côtières. Cerise sur le gâteau, l'Afrique subsaharienne recouvre de 60 % des terres arables non encore cultivées au niveau mondial, soit un gigantesque potentiel en biomasse. De plus, l'ensemble de ces ressources présentent l'intérêt d'être non seulement disponibles facilement mais également bien réparties géographiquement. Enfin, une grande partie d'entre elles sont décarbonées et leur mise en oeuvre ne devrait donc pas conduire à aggraver la trace CO2 du continent qui reste, au demeurant, encore très discrète. En 2013, les émissions de CO2 du continent ne s'élevaient qu'à 1200 Mt, soit à peine plus que celles de la seule Allemagne (900 Mt), contre 680 en 1990 (soit + 71 %).

L'envers du décor

En revanche, le tableau de l'énergie disponible, particulièrement de l'énergie électrique, est nettement plus inquiétant. Ainsi, la capacité de production totale d'électricité de l'Afrique s'élève à 114 GW, ce qui correspond à peu près aux 120 GW dont nous disposons en France pour 65 millions d'habitants, sauf que pour l'Afrique il s'agit?d'un milliard d'habitants ! Pire encore, si on exclut l'Afrique du Sud du total, les 860 millions d'habitants de l'Afrique subsaharienne ne disposent plus que de 74 GW, capacité comparable à celle du Royaume-Uni. Autre problème, les infrastructures de transport d'électricité sont très limitées tant géographiquement qu'en termes de puissance. Une seule grande interconnexion devrait relier l'Afrique du Sud à la RCA, mais elle n'est encore qu'au stade de projet. De surcroît, l'âge moyen des équipements atteint 44 ans voire 60 ans pour certains. ce qui explique leur manque de fiabilité, des pannes répétitives, aggravées par les phénomènes climatiques de la saison des pluies. A ce tableau s'ajoutent des standards techniques qui ne sont pas identiques entre les Etats (voltage, normes des matériels,?) et environ un quart des capacités qui sont, tout simplement, hors d'état de fonctionner. Enfin, le dernier point à prendre en compte est celui du déséquilibre géographique. L'Afrique du Sud et l'Egypte possèdent à elles seules 65 % des capacités de productions du continent, ce qui veut, a contrario, signifie que 33 Etats disposent de capacités inférieures à 500 MW (l'équivalent d'une unique centrale charbon) et que 11 n'ont même pas 100 MW (soit l'équivalent d'une trentaine d'éoliennes).

Un enjeu pour tous

Sans doute les causes de cette situation sont multiples mais parmi elles, il est probable que le poids de l'histoire coloniale, des marchés trop étroits portés par des économies fragiles, tout comme des défaillances politiques et économiques, tant au niveau des Etats que de l'aide internationale, ont constitué autant de facteurs aggravants. Faire face à l'enjeu énergétique en Afrique sera de surcroît compliqué par la pression démographique, puisque, selon l'INED, l'Afrique devrait abriter, en 2050, le quart de la population mondiale, soit plus de 2,4 milliards d'habitants (contre 1,1 milliards actuellement).

Dans l'absolu, on pourrait donc déclarer que c'est à un chantier gigantesque que s'attaque le projet «  Energies pour l'Afrique » porté courageusement par Jean-Louis Borloo. La World Bank estime à 40 Mds d'Euros par an d'investissement pendant 10 ans pour rattraper le retard et accompagner la croissance de la demande. Mais la World Bank estime également que chaque euro investi dans le système électrique sera susceptible de créer 15€ de PIB supplémentaire. L'enjeu est donc clairement économique, social, environnemental pour toute l'Afrique ; et de sa réussite dépend sans doute aussi une partie de la stabilité géopolitique de ce continent. Nul doute aussi que la réussite de la COP 21 passera probablement par le traitement international de cette situation.

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19 commentaire(s)
[1]
Commentaire par Gépé
jeudi 09 avril 2015 19:12
Pour trouver de l'argent, la COP 21 devra mettre en place un objectif de moyens (une taxe) à la place ou en plus de l'objectif de résultats de Kyoto.
[2]
Commentaire par papijo
jeudi 09 avril 2015 20:52
Comment peut-on être assez ... pour proposer des éoliennes et du photovoltaïque à des pays qui n'ont pas les moyens de s'offrir des centrales au charbon, pourtant infiniment moins chères et qui en plus fonctionnent quand on le leur demande ! .. ou encore de convertir leurs terres arables à la biomasse quand ils n'ont pas les moyens d'assurer une alimentation correcte de leur population ! Rafler l'argent des consommateurs des pays riches ne suffit pas aux écolos, il leur faut maintenant affamer les pays pauvres !
[3]
Commentaire par Gépé
vendredi 10 avril 2015 07:51
L'enjeu est effectivement économique, social et environnemental. Quelle solution est compatible avec ces objectifs?
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Commentaire par Gépé
vendredi 10 avril 2015 07:55
suite...sinon basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique.
[5]
Commentaire par Gépé
vendredi 10 avril 2015 08:04
Ce qui serait bon pour la France serait également bon pour l'Afrique.
[6]
Commentaire par papijo
vendredi 10 avril 2015 13:51
@Gépé - Diminuer les taxes sur les hauts salaires pouur les faire payer à ceux qui roulent dans une voiture pourrie pour aller bosser. C'est drolement écologique! Justement, Gépé, vos petits copains suisses ont voulu tester votre géniale idée au travers d'une "votation" qui a eu lieu le 8 mars de cette année. Devinez le résultat: 92% de "NON" ! Vous espérez arriver à combien ?
[7]
Commentaire par papijo
vendredi 10 avril 2015 13:53
J'ai oublié le lien: " Lien SuisseInfo"
[8]
Commentaire par Hervé
jeudi 16 avril 2015 23:37
@ Papijo Je ne suis pas en total accord avec vous sur le potentiel des ENR en Afrique. Le climat n'est pas le même qu'ici et il n'est peut être pas farfelu au stade ou ils en sont que les ENR puissent être une solution technico économique intéressante.
[9]
Commentaire par Gépé
vendredi 17 avril 2015 07:15
Cher papijo, l'économie c'est le travail, le capital ET l'énergie. Si on veut réduire le cout du travail, il faut obligatoirement augmenter le prix de l'énergie. Bonne journée.
[10]
Commentaire par Gépé
vendredi 17 avril 2015 13:32
La votation consistait à remplacer une taxe sur la consommation de tous les produits par une taxe sur la consommation d'énergie. C'était un premier avantage mais peu efficace.
[11]
Commentaire par Hervé
samedi 18 avril 2015 23:37
@Gépé: Comme déjà dit, le montant des prélèvement obligatoires de notre pays est largement supérieur aux dépenses énergétiques (de mémoire respectivement 50% du PIB pour les prélèvements de l'état contre 3% du pib pour les importations d?énergie) . Donc appliquer vos propositions reviens à multiplier au moins par 15 le coût de l?Énergie. Le plein de la bagnole 1000 euros... Des conséquence incalculables, avec au retour au mode de vie du moyen age pour les moins fortunés.
[12]
Commentaire par Gépé
dimanche 19 avril 2015 08:32
@Hervé. L'énergie représente 140G?, les prélèvements sociaux(retraites) 250G?. Cela représente 1 litre d'essence à 2? et 1kWh à 0,15?
[13]
Commentaire par Gépé
dimanche 19 avril 2015 08:43
Ma proposition nous ramènerait à une époque ou le taux de croissance était supérieur à 2% (avant 2000)
[14]
Commentaire par Gépé
dimanche 19 avril 2015 08:47
Il y a le prix de l'énergie, mais il y a surtout le cout du travail qui augmente beaucoup plus vite.
[15]
Commentaire par Gépé
dimanche 19 avril 2015 08:54
Il faut comparer le rapport cout du travail/prix de l'énergie. Nous sommes très mal placés comparés avec les Allemands et les Suédois.
[16]
Commentaire par Gépé
dimanche 19 avril 2015 08:57
Tout ça est expliqué dans la note n°6 du conseil d'analyse économique.
[17]
Commentaire par Gépé
dimanche 19 avril 2015 09:09
J'arrive à la même conclusion que la note n°6 mais avec un raisonnement complètement différent.
[18]
Commentaire par Hervé
mercredi 29 avril 2015 01:38
@ Gepe: Pour moi, les prélèvements sociaux ne se limitent pas aux paiements des seules retraites. L'ensemble des charges (santé, chômage, éducation...) dépassent largement le chiffre que vous écrivez. A moins que vous ne considériez pas cela comme du social!
[19]
Commentaire par Gépé
vendredi 01 mai 2015 13:15
@Herve. Je considère les charges incluses dans la VA des entreprises et plus spécialement des charges dites contributives (chomage et retraites). C'est long à expliquer. Merci.
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