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Thomas Porcher est docteur en économie, Professeur à l'ESG Management School et fondateur de GBP-conseil. Il est l'auteur du livre "Un baril de pétrole contre 100 mensonges" - Ed...

Pétrole : la remontée des cours va piéger la reprise


mardi 29 septembre 2009

La reprise économique va relancer la demande d'or noir, entrainant une violente remontée des cours qui piègera la croissance mondiale. Un cercle vicieux..


Le débat semble ouvert : certains économistes annoncent une reprise en V dici 2010, dautres plus prudents lannoncent en W, les plus modérés ny voient quun U et les plus pessimistes un L. Ceux qui veulent éviter de réciter lalphabet imagent leurs prévisions en forme de racine carrée.

Quelles que soient les prévisions de la forme de la reprise, il faudra y intégrer léventualité dune hausse des prix du pétrole : la grande absente. Beaucoup déconomistes pensent déjà lavoir intégré dans la reprise en W avec linflation mais dans le cas du pétrole, on ne peut plus parler dinflation au même titre que dautres biens. Le pétrole a déjà doublé depuis décembre 2009, or une flambée des prix du baril semblable à lété 2008 pourrait rendre plus difficile voire « plomber » la sortie de crise.


Pourtant, le risque est bien réel, car la demande de pétrole est étroitement liée à la croissance économique mondiale et lanalyse actuelle du marché du pétrole semble indiquer quune reprise de la demande (même de force moyenne) risque de provoquer de fortes tensions sur les prix pour plusieurs raisons.

Premièrement, loffre de pétrole mondiale est soumise à une double compression de loffre: la compression de loffre des pays de lOPEP annoncée au deuxième semestre 2008, et toujours maintenue aux dernières réunions, et la compression de loffre des pays Non-OPEP décidée par les compagnies pétrolières qui refusent dutiliser des gisements non rentables. En effet, la hausse des prix du baril avait fortement augmenté les investissements dans la recherche et la production de nouveaux gisements plus coûteux avec un coût du baril rentable à plus de 100$ le baril. La baisse des prix du pétrole a tout simplement stoppé ces investissements car, avec le prix actuel, la vente de ces barils serait une perte. Cest dailleurs grâce à cette double compression de loffre que le prix a doublé depuis décembre 2009. Le marché pétrolier est donc géré par stabilisateur automatique qui empêche le prix du baril de rester durablement bas quand il a été haut pendant une certaine période.

Deuxièmement, et malgré la double compression, loffre reste supérieure à la demande. Il faut noter que depuis le début de la crise, loffre na fait que poursuivre la chute de la demande sans jamais la devancer. Or si la chute de loffre est inférieure à la chute de la demande, alors le prix ne peut être que ralenti dans sa baisse. Pour que les prix remontent, il faut que la chute de loffre soit au moins équivalente à celle de la demande, ou inversement que la demande se rapproche de loffre. Donc dans ce contexte dannonce de reprise, le bon choix stratégique serait de ne pas toucher son offre et de laisser la demande augmenter car à mesure quelle sapproche de loffre, des tensions sexercent sur le marché et le prix du baril augmente : cest dailleurs le choix stratégique adopté par lOPEP à leur dernière réunion.

Il faut ajouter à cela que la demande, ou les anticipations de la demande via les contrats à terme, est plus flexible que loffre. Une gravitation voire un dépassement de loffre par la demande pourrait entraîner une flambée rapide des prix du pétrole et soutenue. La stabilisation des cours à un prix plus bas dépendra du « bon-vouloir » de loffre donc de lOPEP et des compagnies pétrolières. Le problème est quune situation avec un prix élevé et une production plus faible rentre dans la stratégie de lOPEP qui vise à produire par quotas afin dobtenir un prix suffisamment haut pour épuiser les réserves Non-OPEP et augmenter ses parts de marché.

Lorganisation aura-t-elle intérêt à ouvrir les robinets pour faire baisser les prix du pétrole? Est-il rationnel pour un producteur de produire beaucoup plus (et dans le cas de lOPEP de faire baisser les prix) sil peut produire deux fois moins et vendre deux fois plus cher ?


Dans ce contexte, la reprise économique pourrait créer un cercle vicieux car elle augmenterait la demande de pétrole qui provoquerait une forte hausse des prix ce qui pèserait à nouveau sur la reprise économique. Sans prise en compte de cette variable, lensemble des prévisions, qui sont dailleurs basées sur la reprise danciennes crises à un moment où le prix du pétrole était peu cher, ne tiennent pas. La reprise pourrait être plus dure que prévue.

 

1 commentaire(s)
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Commentaire par Cdric
mercredi 30 septembre 2009 08:57
J' ai trouv cet article trs pertinent. Il faudrait juste prciser, que cette hausse du prix du ptrole sera inexorable. Nos sommes en effet sur le plateau ondul du peak oil, qui implique que cette ressource ira en s'amenuisant rapidement et que la croissance tel qu'on l'a connu ces dernires dcennies est dfinitivement dernire nous.
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