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Thomas Porcher est docteur en économie, Professeur à l'ESG Management School et fondateur de GBP-conseil. Il est l'auteur du livre "Un baril de pétrole contre 100 mensonges" - Ed...

Golfe du Niger : l’autre marée noire


vendredi 23 juillet 2010

Les fuites de pétrole dans le delta du Niger sont dix fois supérieures à celles du golfe du Mexique !


Tribune de Thomas Porcher, auteur de «Un baril de pétrole contre 100 mensonges» (2009) et professeur associé à l'ESG, et de Simon Porcher, économiste et maître de conférences à Sciences Po.

Le 20 avril dernier, l'explosion de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon marque le début d'un véritable 11 septembre écologique. Les fuites provoquées par l'explosion ont laissé s'échapper tous les jours 20.000 à 40.000 barils de pétrole, soit 3,1 à 6,3 millions de litres. Au final, 200 millions de litres de pétrole - quatre fois plus que l'Exxon-Valdez -ont été déversés en à peine trois mois dans le golfe du Mexique. La marée noire aura été également très coûteuse pour l'économie américaine - environ 7 milliards de dollars - et pour la société BP, détentrice de la plate-forme. Pas moins d'une douzaine de solutions ont été mises en œuvre pour ralentir, à défaut d'arrêter, la fuite de pétrole.

A 9.000 km au sud-est du golfe du Mexique, une marée noire permanente détruit la vie des 30 millions d'habitants du delta du Niger. Depuis 1958, plus de 13 millions de barils de pétrole, soit 2 milliards de litres, ont été déversés dans cette zone géographique. En ordre de grandeur, cela représente 10 fois la marée noire du golfe du Mexique et 40 fois l'Exxon-Valdez. C'est donc, grosso modo, la catastrophe de l'Exxon-Valdez qui se déroule chaque année depuis 50 ans dans le delta du Niger sans que l'opinion publique mondiale ne s'en émeuve.
 
Si le delta du Niger est la zone qui a connu la plus forte augmentation du nombre de barils produits en haute mer lors des vingt dernières années, les fuites en cause proviennent pour l'essentiel d'oléoducs terrestres. Le niveau de contamination n'est pas pour autant moins important que dans le golfe du Mexique : toute l'économie locale a été ruinée. Dans un rapport publié il y a tout juste un an, Amnesty International, insiste sur les conséquences humaines de la catastrophe : l'eau et les terres étant complètement souillées, l'agriculture et la pêche - principales ressources économiques hors pétrole - sont désormais impossibles. Au final, plus d'une dizaine de droits de l'homme (droit à l'eau, à l'information, etc.) sont bafoués.

La principale compagnie en cause, Shell, se défend en évoquant l'importance du vandalisme dont elle est victime. Selon la compagnie pétrolière, 98% des fuites seraient dues à des actes de sabotage et de vol consistant à percer les oléoducs. Il est vrai que la situation du delta du Niger est exceptionnelle puisque Shell - présente dans une centaine de pays - totalise 40% de ses fuites dans cette zone. Mais compte tenu de l'âge de son réseau d'oléoducs dans la zone contaminée (40 ans en moyenne quand la durée de vie est de 25 ans), l'explication la plus vraisemblable pourrait être que le remplacement du réseau coûte plus cher que de laisser fuir un pétrole plutôt bon marché.

Pourquoi devrions-nous nous sentir responsables de la tragédie du delta du Niger ? Tout simplement parce que l'Afrique consomme 10 à 15 fois moins de pétrole par habitant que les pays du Nord. Les populations africaines payent en quelque sorte notre dépendance à l'or noir. La marée noire du delta du Niger semble par ailleurs être la plus inquiétante pour l'avenir: si les fuites de la plateforme de BP sont sur le point d'être réparées, les fuites du delta du Niger ont quadruplé entre 2007 et 2009. La pression internationale pourra peut-être enfin donner l'impulsion nécessaire à la mise aux normes du réseau d'oléoducs et à l'indemnisation des populations.

1 commentaire(s)
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Commentaire par Possum
jeudi 29 juillet 2010 08:19
Belle remise en perspective
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