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Danger sur la pétrochimie européenne


lundi 04 novembre 2013

Le développement des gaz de schiste dope l'industrie pétrochimique américaine. Quand elle aura terminé ses investissements, ses produits vont déferler sur l'Europe, selon une étude de l'IFRI.


Selon une étude de l'IFRI, conduite par Sylvie Cornot-Gandolphe, la révolution des gaz de schiste a fait chuter les prix de l'énergie, réduisant significativement le coût de la matière première utilisée par la pétrochimie américaine. Le prix du gaz américain a été divisé par trois entre 2008 et 2012. L'éthane, issu des liquides de gaz naturel (LGN) contenus dans les gaz de schiste, et utilisé par la pétrochimie américaine comme matière première pour la fabrication d'éthylène, a vu son prix chuter de 55 % entre 2008 et 2012.

Ce regain de compétitivité entraîne une renaissance de la pétrochimie américaine, alors que le secteur stagnait et avait même connu des vagues de fermetures de sites au milieu de la décennie passée. D'ici 2017, environ 15 milliards de dollars vont être investis dans le pays pour accroître de 40 % la capacité de production d'éthylène - produit phare de la pétrochimie. L'avantage compétitif se répercute en aval de la filière. Notamment les plastiques issus la transformation des bases pétrochimiques sont utilisés par l'industrie manufacturière dans trois grands secteurs de consommation : emballage, bâtiment, automobile. D'ici à 2017, les capacités de production de polyéthylène, polymère le plus utilisé pour la production de plastiques, devraient également s'accroître de 40 %.

Une pétrochimie européenne prise dans l'étau

Toujours selon l'étude, ces projets représentent un investissement total de 72 milliards de dollars d'ici à 2020. Ils augmenteraient le chiffre d'affaires de l'industrie chimique de 67 milliards de dollars (dollars 2012) en 2020 et créeraient 1,2 million d'emplois pendant la période de construction.

A l'opposé, la pétrochimie européenne se trouve dans une position délicate, prise dans l'étau d'une demande européenne atone, de coûts en énergie en hausse et d'un outil de production surcapacitaire et vieillissant. Contrairement aux États-Unis, la matière première utilisée par les pétrochimistes européens est le naphta, issu du raffinage du pétrole. Entre 2008 et 2012, le prix du naphta a augmenté de 19 %. Les marges des pétrochimistes européens sont érodées par ces hausses qu'ils ne peuvent que partiellement répercuter sur leurs clients, face à la concurrence des méga-complexes construits au Moyen-Orient à la fin des années 2000 et celle à venir des États-Unis.

À terme, les pétrochimistes européens vont se trouver confrontés à la concurrence des produits Made in America, qui vont déferler sur le marché international après 2016-17, temps nécessaire aux producteurs américains pour réaliser leurs investissements. Cette concurrence présentera un caractère nouveau : les produits américains vont concurrencer directement les produits à haute technicité dont l'Europe est actuellement le champion. Les exportations de produits européens risquent également de se trouver en concurrence avec les produits américains qui vont convoiter les mêmes marchés en forte croissance.

Comment faire face ?

La pétrochimie européenne se trouve ainsi confrontée à une nécessaire restructuration et adaptation de son outil de production. La concurrence américaine accélère la fermeture des sites pétrochimiques et la réorientation de la pétrochimie européenne vers des produits de niche. Pour maintenir leur compétitivité, les industriels européens ferment leurs sites isolés et déficitaires, intègrent leurs productions amont et aval, afin de bénéficier de synergies et réduire les coûts. Ils diversifient leurs matières premières et remplacent le naphta. Ils réorientent leurs productions aval vers des produits répondant à l'évolution de la demande européenne : produits innovants, à forte valeur ajoutée et haute technicité, point fort de l'industrie européenne.

Sylvie Cornot-Gandolphe est consultante en énergie, spécialiste des questions internationales. Depuis 2012, elle collabore avec le centre Énergie de l'Institut Français des Relations Internationales (IFRI) en tant que chercheur associé, avec CyclOpe, la publication de référence sur les matières premières et avec CEDIGAZ, le Centre international d'information sur le gaz naturel de l'IFPEN. Elle est conférencière à Paris Dauphine et à l'IFP-Training.

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