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Auteur
Francis Sorin, journaliste scientifique, est membre honoraire du Haut Comité pour la Transparence et l'Information sur la Sécurité Nucléaire et ancien responsable du Pôle Information de la Société Française...

Où en sont les ressources en uranium?


vendredi 13 septembre 2013

Un inventaire sérieux montre que les réserves de ce métal sont suffisamment abondantes pour permettre un développement durable du nucléaire, tout au long du 21ème siècle et largement au-delà.


Voir le blog de la SFEN, Energies et nucléaire

Selon la dernière édition du « livre rouge » de l'AIEA qui fait référence dans ce domaine, les ressources mondiales identifiées sont de plus de 6 millions de tonnes, soit une durabilité de près de 100 ans au rythme actuel de consommation du parc nucléaire mondial.  Ces ressources ont été régulièrement révisées à la hausse ces dernières années car les campagnes de prospection se multiplient, découvrant de nouveaux gisements.

Il faut ajouter à ce chiffre les « ressources supplémentaires estimées », celles dont les études démontrent l'existence, évaluées à 10,5 millions de tonnes, et dont la mise à jour ne fait guère de doute. Au total, avec ces 16 millions de tonnes d'uranium dont la disponibilité semble pratiquement acquise  la durée de fonctionnement du parc nucléaire mondial au rythme actuel de consommation est de plus de 2 siècles. Précisons que ces chiffres découlent de réserves dont l'exploitation est estimée à moins de 130 dollars le kilo. Si l'on portait conventionnellement ce prix à 200 dollars le kilo, par exemple, le montant global des ressources estimées serait nettement supérieur aux 16 millions de tonnes annoncées...et la durée de fonctionnement du parc en serait allongée d'autant.

Soulignons également que la production effective d'uranium est dans la période actuelle de l'ordre de 57 000 tonnes/an. Les quelque 10 000 tonnes manquantes pour fournir chaque année la totalité du parc nucléaire proviennent de ce que l'on appelle les « sources secondaires », soit principalement la reconversion d'une partie des stocks militaires russes et américains et  le déstockage de réserves accumulées par les compagnies d'électricité. Ces sources vont progressivement diminuer dans la période à venir, mais elles auront eu pour effet de limiter les prélèvements sur les ressources « en terre ».

D'autres perspectives existent

Au cas où le parc nucléaire mondial se développerait, les consommations annuelles d'uranium s'afficheront bien sûr à la hausse. On pourrait y faire face de plusieurs manières : en intensifiant la prospection, car il y a de toute évidence d'importantes réserves d'uranium non encore identifiées ; en récupérant l'uranium dans les  phosphates, où il est présent en quantités importantes : on estime à environ 22 millions de tonnes l'uranium ainsi récupérable (estimation du Département de l'Energie des Etats-Unis) ; en extrayant l'uranium de l'eau de mer, mais cela est plus problématique.

Le recours à un autre élément naturel, le thorium, est également théoriquement possible pour alimenter un parc nucléaire. Le thorium n'est pas lui-même fissile, mais dans le cœur d'un réacteur il peut se transformer, par capture d'un neutron, en uranium 233 qui lui est fissile. Quelques pays réfléchissent à l'utilisation de ce combustible, au premier rang desquels l'Inde qui possède des réserves très importantes de ce métal (trois à quatre fois plus abondant que l'uranium dans l'écorce terrestre).

Mais lorsque l'on parle de l'uranium et de sa durabilité, un point capital est à noter : dans les réacteurs de 4ème génération, qui devraient être développés industriellement à partir des années 2040, l'uranium sera utilisé avec un rendement environ 60 fois supérieur. Cela signifie que les ressources  d'uranium aujourd'hui identifiées seront multipliées par 60 et pourront ainsi alimenter un grand parc nucléaire mondial de réacteurs à neutrons rapides pendant plusieurs milliers d'années. Ces évaluations, qui peuvent sembler pour le moment théoriques, reflètent cependant une réalité : celle de la durabilité du nucléaire - que l'on pourrait légitimement classer dans la catégorie des énergies renouvelables -  fondée sur le double acquis des réserves de combustible et de la technologie.

 


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7 commentaire(s)
[1]
Commentaire par Patrig k
vendredi 13 septembre 2013 15:31
Vos chiffres souffrent d'imprécisions notoires .. On vous pardonnera, dès lors que l'on connait vos opinions. C'est ainsi, ... science et conscience .. Le problème évident, c'est que les Etats ne suivront pas, les assureurs encore moins, c'est déjà le cas... Hautes fréquences et investissement de long terme, ou quand à notre époque de faire des projections sur six mois, est déjà de l'ordre du chamanisme économique, vos "si" & "si" , vos promesses de lumières éternelles, sont en total contradiction des réalités. AREVA quitte la Namibie, retarde Imouraren, et de plus, vous oubliez à l'heure des rencontres Genève II, que la Russie qui livrait jusqu'à 10 000 T/an aux Usa, un contrat qui prend fin en 2013, reprend la main sur le secteur de l'énergie mondiale, aussi riche de gaz que d'uranium ... http://blogs.mediapart.fr/blog/patrig-k/170113/uranium-2013-fin-des-livraisons-russes-aux-usa
[2]
Commentaire par ROBIN
samedi 14 septembre 2013 07:36
Revoyez la définition du mot renouvelable. Le nucléaire est à des années lumières de cela. L'Uranium et le Thorium ne se renouvellent pas.
[3]
Commentaire par SORIN Francis
samedi 14 septembre 2013 09:22
Bien évidemment, l'uranium n'est pas "renouvelable" au sens strict du terme. Mais utilisé dans des réacteurs surgénérateurs ( qui pourraient être industriellement développés vers le milieu du siècle), ce combustible pourrait assurer l'alimentation d'un grand parc nucléaire mondial pendant à peu près 10000 ans (calculé sur les 16 millions de tonnes de réserves identifiées à ce jour). C'est en raison de cette formidable durabilité que j'ai comparé l'uranium à une ressource renouvelable. Une durabilité assurée par la conjugaison des propriétés intrinsèques de l'uranium (U238 non fissile +neutron=plutonium fissile) et d'un certain type de réacteur, à neutrons rapides, mettant en ?uvre ces propriétés. Voilà l'aspect scientifique et technique de la question. Qu'en sera-t-il dans la réalité politique des prochaines périodes? C'est un autre chapitre, qu'aborde ici-même Patrig, et qui se prête à tous les pronostics...
[4]
Commentaire par Marc
samedi 14 septembre 2013 12:37
Article très intéressant, merci beaucoup !
[5]
Commentaire par Hervé
lundi 16 septembre 2013 19:04
Merci pour cet article qui remets un peu les choses en place. J'avais lu que l'exploitation de l'uranium marin coute actuellement 1000 dollars le Kg, Au vu des stocks immenses, on peut dire que c'est le plafond du prix de l'Uranium. De toute façon, nous Français, nous avons en Stock Suffisamment d'U238 pour assurer un millénaire d?énergie à notre pays au rythme actuel si nous développons la GIV. Une éventuelle pénurie d'Uranium est un problème mineur comparativement à la pénurie de pétrole qui va arriver beaucoup plus tôt et être beaucoup plus dévastatrice pour l'économie. D'une certaine manière le recours au gaz de schistes va retarder l?échéance d'une ou deux décennies mais pourrait la rendre plus brutale après, si nous ne parvenons pas a trouver un substitut. C'est pourquoi la sagesse voudrait qu'on économise les ressources carbonées du mieux qu'on peut. Le nucléaire est une option particulièrement efficace pour y parvenir. Au prix du risque et des déchets bien entendu.
[6]
Commentaire par Albert
mercredi 18 septembre 2013 00:38
L'âge de pierre s'est terminé malgré l'abondance de pierres ... Le nucléaire disparaîtra quelques soient les quantités d'uranium et leur coût, pour une raison économique d'abord ... L'électricité solaire est déjà moins chère en Allemagne que l'électricité nucléaire de l'EPR ... le jour où il sera terminé ! ...
[7]
Commentaire par Hervé
mercredi 02 octobre 2013 21:14
Le jour, peut être... mais en attendant, la nuit, l?électricité solaire coute plutôt très trés cher si on compare l'offre (0) et la demande (beaucoup)... Et ça s'arrange pas en hiver...
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