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Nucléaire : "un consensus se dessine", selon J.-M. Chevalier


jeudi 13 octobre 2011

Un consensus se dessine autour de la réduction de la part du nucléaire dans le mix électrique, estime le Pr Jean-Marie Chevalier. Cela implique que l’on ne remplace pas systématiquement du nucléaire par du nucléaire. Mais il y aura un vrai problème de prix, dangereux pour le niveau de vie des foyers les plus modestes.


Professeur à l'université Dauphine,  Jean-Marie Chevalier fait partie de la mission « Energie 2050 », mise en place par le ministre de l'Industrie Eric Besson pour examiner les divers scénarios de politique énergétique. Il répond ici aux questions d'Energie2012.    

Qu'entend-on, d'un point de vue économique, par « coût de sortie du nucléaire » ?

Pour moi, la question n'a pas de sens. Ma position sur le nucléaire, en tant qu'économiste, est la suivante : arrêter une machine qui marche et qui produit des KWh, c'est une absurdité, tant du point de vue économique que technique, ou du point de vue de la sécurité ; c'est une destruction de valeur. La décision allemande de fermeture immédiate des centrales est, à mes yeux, absurde économiquement.

Ceci étant dit, chaque centrale est un cas particulier. En effet, toutes les centrales ne vont pas vieillir de la même façon et n'auront pas la même durée de vie. Certaines devront être fermées au bout de 40 ans, d'autres au bout de 60. C'est à l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) d'en décider.

D'autant qu'en France, on a la chance, me semble-t-il, d'avoir une Autorité que je considère comme experte, transparente et indépendante. Ce qui est un atout considérable. Et pour ma part, j'écoute et fais confiance à ce que dit cette Autorité.

C'est à elle de dire s'il faut fermer Fessenheim ou si, en faisant par exemple 300 millions d'investissements, on peut prolonger de dix ans son exploitation. Dans ce dernier cas, c'est à l'opérateur, en l'occurrence EDF, de décider si le jeu en vaut la chandelle. En d'autres termes, décider si cela vaut le coup d'investir tant de millions pour avoir tant de KWh supplémentaires dans les dix ans qui viennent.

Pour moi, le « coût de sortie du nucléaire » doit être appréhendé différemment. Aujourd'hui, un consensus se dessine sur le poids exorbitant du nucléaire dans le mix énergétique français : 75 % de l'électricité est produite à partir du nucléaire, c'est trop. Il nous faut diversifier notre parc de production et donc ne pas remplacer systématiquement du nucléaire par du nucléaire. Dans cette perspective, on va piloter chaque centrale en fonction de ses performances tant en terme de sûreté qu'en terme économique, et on va réduire progressivement la part du nucléaire dans le bilan énergétique.

Bien sûr, cette évolution n'est pas simple car l'électricité, c'est complexe. Elle ne se stocke pas. Il va falloir des arbitrages, qui ne sont pas seulement économiques, sur les unités de production à construire. Nous avons des besoins de pointe, c'est-à-dire une demande très forte à satisfaire pendant un temps très court, surtout en hiver. Comment y faire face ? Comment résoudre le caractère intermittent et imprévisible de la plupart des nouvelles énergies renouvelables ? Doit-on y répondre par des centrales thermiques qui ne fonctionneraient que quelques centaines d'heures par an ? Mais ce ne sera pas rentable et personne ne voudra la construire.
C'est un vrai problème qui pourrait être réglé par ce qui est prévu dans la loi Nome sur les paiements de capacités. En somme, mettre à contribution les Français pour financer des centrales dont on aura besoin de façon épisodique.
 
Vous parlez de réduire la part du nucléaire dans le mix électrique. Est-ce qu'on en prend le chemin avec Flamanville et Penly ?

Aujourd'hui, il y a quatre EPR en construction : deux en Chine, un en Finlande et celui de Flamanville. Il faut bien évidemment finir ce chantier. Dans le cas contraire, c'est comme si on mettait les pouces aux yeux du monde entier. Ensuite l'EPR va démarrer. Lequel, du chinois ou du finlandais, fonctionnera en premier, on ne le sait pas encore. On va regarder comment ça marche, le niveau des coûts de fonctionnement... et tirer un premier bilan. Même si, je pense qu'on est dans une phase de coûts croissants qui fragilise l'option d'en construire un second en France.

Concernant ce second EPR prévu à Penly, en Seine-Maritime, Henri Proglio, le PDG d'EDF, a demandé que l'on repousse l'enquête d'utilité publique. Ce qui est tout à fait rationnel. Je ne suis pas sûr qu'on ait besoin de Penly. Actuellement en France, on a besoin de faire de gros efforts d'efficacité énergétique, donc de diminuer la demande mais aussi de davantage moduler la demande par rapport à la pointe, et développer des capacités non nucléaires, surtout dans le renouvelable éolien.

En matière de nucléaire, il est évident que Fukushima a, quoiqu'on dise, beaucoup ébranlé les certitudes françaises. Pour preuve, la mise en place par Eric Besson de la Commission « Energie 2050 », dont je fais partie. Cette commission a une feuille de route très claire : l'examen de tous les scénarios, y compris celui de NégaWatt. Une grille d'évaluation nous permettant de dire ce qui est bon et ce qui est discutable dans chaque scénario. Mais la pierre d'achoppement dans l'avenir énergétique français va être, sans aucun doute possible, le financement.
 
Grâce au nucléaire, en tout cas avec le calcul financier qui en est fait, la France a maintenu un prix de l'électricité bas. Réduire la part du nucléaire va-t-elle provoquer un envol des prix ?

On se gargarise des prix de l'électricité qui serait la moins chère d'Europe. Oui, c'est vrai puisqu'e les prix sont ... « bloqués ». Conséquence : l'incitation au financement de nouvelles centrales est très faible. Aujourd'hui, EDF est dans une situation financière intenable. Ces prix reflètent de moins en moins les coûts et, à mon sens, le réveil va être dramatique. L'augmentation des prix est incontournable. Et qui va être impacté d'une manière incroyable ? Les foyers les plus défavorisés.
Prenons le cas de Flamanville, la première centrale EPR dont nous venons de parler. Le prix dit Arenh, qui est le prix d'accès au nucléaire régulé, a été fixé à 42 euros par MWh. A mon avis, on est loin du compte. Flamanville a vu son coût multiplié par 3. Le prix devrait être d'au moins 60 euros, et à mon avis plus proche de 70 euros.

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(Propos recueuillis par Meriem Sidhoum-Delahaye)
8 commentaire(s)
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Commentaire par hvidsten
jeudi 13 octobre 2011 22:45
tant qu'on aura pas du vrai renouvelable , tant qu'on saura pas stocker l'énergie ...on ferait mieux d'améliorer le nucléaire ....
on va faire quoi ? des éoliennes ! stupide ! faible irrégulier ...il sera necessaire d'augmenter notre produit de thermique ...il deviendra de plus en plus impératif d'exploiter le gaz de schistz ....c'est ça qu'on veut ?
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Commentaire par Gépé001
vendredi 14 octobre 2011 08:14
L'énergie concerne quatre domaines:
1-l'écologie
2-la technique
3-le commercial
4-l'économie
Le prix de l'énergie est trop faible par rapport au cout du travail;il faudrait mettre une taxe sur l'énergie pour réduire les cotisations sociales;c'est un voeu du CESE dans son dernier rapport;il faut l'étudier rapidement
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Commentaire par hvidsten
vendredi 14 octobre 2011 10:56
Le prix de l'énergie est trop faible ? mais je crois rêver !
vous êtes sans doute un de ces privilégiés ou une de ces personnes qui cherche a provoquer la révolution !!!
4 millions de foyers ont de grosses difficultés a payer leur facture d'énergie ....et n'ont aucun moyen pour l'économiser !
x millions y arrivent tout juste !

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Commentaire par un physicien
vendredi 14 octobre 2011 17:04
La seule alternative au nucléaire est le gaz, même (surtout) si on dépense des fortunes en éoliennes ou panneaux solaires. C'est clairement dit, alors pourquoi refuser d'en tirer les conséquences ?
Quant au prix, pourquoi l'auteur ne compare-t-il pas à ceux des autres filières ?
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Commentaire par Hervé
lundi 17 octobre 2011 21:09
L'une des raisons qui fait que le coût du KWH EPR est estimé si cher est que son financement se fait sur emprunt, alors que normalement, il devrait se faire en autofinancement avec les bénéfices des autres centrales. La vente des 420TWH d'électricité nucléaire représente un CA de 17milliars€ / an à 4.2ct le KWh (estimation loi nome). Vendue 1ct plus cher, il permettrait de dégager 4.2 milliards/an, de quoi construire 2 EPR en 3 ans et ce de manière constante, autofinancée sans crédit et ainsi renouveler le parc pour maintenir la production.

On peut par ailleurs s'interroger sur les acquisitions étrangères d'EDF. Leur politique de développement à l'international n'a t il pas un impact sur sa capacité a entretenir ses installations en France?
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Commentaire par patrig k
mercredi 19 octobre 2011 23:35
Vous devriez consulter le Rapport du député GOUA ,

Note de présentation de Marc GOUA commission des fin du 11 octobre

La commission Énergie 2050, à peine installée par le ministre del’Écologie en septembre 2011, a en effet avancé le chiffre de 750 milliards d’euros pour le démantèlement de toutes les installations nucléaires françaises, soit58 centrales. Cette instance paraît pourtant peu susceptible d’être hostile auxintérêts de la filière nucléaire, puisque les associations militant contre cette formed’énergie ont refusé d’y être représentées. Le Rapporteur spécial considère doncque le montant envisagé n’a rien d’une exagération, mais constitue plutôt une hypothèse conservatrice...

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Cette technologie est ue hérésie à,tous points de vue, mais c'est dur de reconnaitre les erreurs de ses maitres ... dans deux siècle nos enfants devront payés ...HONTE PAYS DE MW EGAULOS !
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Commentaire par Hervé
samedi 22 octobre 2011 15:32
@ patrig k
Vous avez très mal (ou pas) lu ce rapport. Le cout de 750 milliards estimé par la commission énergie 2050 n'est pas juste pour démanteler les centrales, c'est pour "sortir" du nucléaire. Ce cout inclut donc bien sur le démantèlement des centrales, mais surtout, essentiellement, le cout des investissements à réaliser dans d'autres énergies pour remplacer les centrales nucléaires par autre chose, et c'est ça qui est cher!
Vous avez un résumé ici: http://www.lefigaro.fr/societes/2011/09/21/04015-20110921ARTFIG00678-la-sortie-du-nucleaire-couterait-750milliards.php

Le démentiellement du parc nucléaire actuel est estimé par les experts à 40 milliards (un peu moins de un milliard par tranche; 1,2 pour Creys Malville)

Cordialement,
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Commentaire par Frulot
dimanche 30 octobre 2011 09:19
Il y a une faille dans votre raisonnement.
D'un côté, vous dites que les énergies renouvelables sont trop irrégulières pour remplacer le nucléaire.
D'un autre côté, vous dites qu'il y a trop de nucléaire. Selon quel critère objectif? Votre sentiment ne suffit pas. En le suivant, on arriverait à une solution soit de décroissance de l'économie, soit d'utilisation massive des énergies fossiles, dont le déclin est déjà amorcé... Après avoir dépensé 700 milliards (et où les trouver?), on réalisera que la solution est obsolète.
Ce n'est pas le genre d'approche que l'on attend de nos universitaires...
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