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Auteur
Francis Sorin, journaliste scientifique, est membre honoraire du Haut Comité pour la Transparence et l'Information sur la Sécurité Nucléaire et ancien responsable du Pôle Information de la Société Française...

Le nucléaire : soutien robuste pour énergies fragiles


vendredi 27 septembre 2013

En appelant le nucléaire à financer la transition énergétique, le Premier ministre réduit à néant un des arguments des adversaires de la filière : non, le nucléaire ne "vampirise" pas la ressource publique, au contraire !


Voir le blog de la SFEN

Ainsi donc, le parc nucléaire français est officiellement appelé à la rescousse pour financer la transition énergétique !

Alors que les plus fervents promoteurs de cette mutation nous expliquent depuis des mois que le nucléaire est dangereux et inutile et qu'il faut le marginaliser puis en sortir, le Premier Ministre désigne cette énergie comme un des garants qui permettra d'atteindre, sur les 30 prochaines années,  les grands objectifs assignés à la  transition ! Pour réussir cette transition « qui suppose évidemment des moyens économiques et financiers ...nous mobiliserons une partie des gains financiers perçus sur le parc nucléaire existant » a indiqué Jean-Marc Ayrault dans son discours de clôture de la Conférence environnementale, le 21 septembre dernier à Paris.

En affichant pareil dessein, le Premier ministre réduit à néant  un argument majeur du mouvement anti-nucléaire français selon lequel le nucléaire est une industrie « sous perfusion » ne survivant  qu'à grand renfort de subventions publiques plus ou moins déguisées. Un tel discours -  largement porté par une fraction non négligeable de ceux qui sont aujourd'hui partie prenante de la majorité parlementaire - n'est plus tenable. Si l'on fait appel au nucléaire pour soutenir l'effort public c'est qu'il démontre une santé solide et que l'on juge ses ressources suffisantes pour en consacrer une partie à des usages hors filière. L'idée d'un nucléaire vivant aux crochets de   la sphère publique et puisant son financement en catimini dans les poches  des contribuables ne peut plus être avancée...à moins de désavouer radicalement  la démarche  gouvernementale.

Une source de recettes depuis les années 1980

Cet absurde portrait d'un nucléaire vampirisant la ressource publique avait été  sévèrement  réfuté début 2012  par la Cour des Comptes dans son rapport sur « les  coûts de la filière électronucléaire ». La Cour établissait alors que la compétitivité du nucléaire n'était le résultat d'aucun « coût caché » et que cette énergie, loin d'être une charge pour l'Etat et le contribuable, était au contraire une source de recettes.

Le projet de Jean-Marc Ayrault entérine cette analyse de la manière la plus concrète qui soit : car il s'agit ici  de passer aux actes et d'enclencher le  mécanisme détournant vers la transition énergétique, et notamment le soutien aux énergies renouvelables, une partie des gains du parc nucléaire.

Cette démarche inédite va donc se déployer  dans un contexte où le nucléaire s'affirme depuis longtemps déjà  comme une des industries qui rapporte le plus aux collectivités publiques, Etat, départements, communes. Le nucléaire a bien reçu des subventions à ses débuts pour la construction des centrales mais ces aides ont pris fin à l'entame des années 1980. Depuis lors, l'industrie nucléaire française s'autofinance et rapporte à la collectivité publique bien plus qu'elle ne lui coûte. Ce coût, qui comprend principalement la contribution de l'Etat aux organismes publics du secteur ( CEA, ASN, IRSN...) pour les activités civiles liées à l'électronucléaire est de l'ordre de 1 milliard d'Euros par an. Il est plus que largement compensé par les recettes, qui se montent à plusieurs milliards d'Euros et qui sont constituées des  taxes sur les installations nucléaires civiles et des  dividendes et impôts sur les sociétés versés à l'Etat par les grands acteurs du nucléaire et par les nombreuses entreprises, de moindre dimension, qui forment le tissu industriel  de ce secteur en France.

Contributeur de longue date  aux ressources des collectivités publiques et à présent sollicité  pour soutenir la transition énergétique, le nucléaire n'est pas cette « plaie de l'économie française » dénoncée hors de toute crédibilité par certains groupes et associations écologistes. Il apparait au contraire comme un des piliers les plus robustes de l'industrie nationale, capable, de surcroît, de proposer aux consommateurs une électricité à des prix raisonnables, parmi les moins chers de l'Union Européenne.

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6 commentaire(s)
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Commentaire par Flaman
samedi 28 septembre 2013 19:40
Attendons encore quelques années et il faudra faire appel à l'hydraulique pour soutenir l'EPR qui, rappelons-le, produira son électricité à un coût de 100 à 110 euros le MWh. Nous allons voir cela de plus près lorsque les anglais auront fixé le tarif d'achat de l'électricité nucléaire qu'EDF veut produire chez eux. Mais les discussions traînent. Le prix demandé est sans doute trop élevé.
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Commentaire par Les enr plus robustes dans le monde
dimanche 29 septembre 2013 02:57
Le nucléaire participe très peu à la transition financée très majoritairement par la contribution énergie climat. La vie du parc va devoir être portée à 50 ans contre 30 prévus au départ = travaux = coûts pour consommateurs. Risques augmentés : 600 à 1000 milliards d'euros en cas d'accident. Coûts des démantèlements et stockages ultra longue durée non entièrement pris en compte. Coûts géostratégiques d'approvisionnement également non pris en compte (sécurisation pays africains dont Niger etc). Bénéfices faibles après 30 ans = filière peu efficiente économiquement et faillite assurée en cas d'accident (Fukushima, Tchernobyl etc). Exportations faibles, concurrence peu soutenable (Corée etc) (voir comptes Areva). Donc bilan économique global et final très incertain = en approfondissant un peu plus, la plus fragile n'est pas celle que l'on croît. Les taux de croissance comparés des enr dans le monde et sur la durée sont un élément de preuve supplémentaire.
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Commentaire par patrig k
lundi 30 septembre 2013 11:12
c'est pourquoi 650 millions d'euros sont dédiés en R&D pour ASTRID ....soutien ! Ou fuite en avant des utopistes atomiques qu'on jamais été soumis au vote citoyen ... falsification des comptabilités, pillage et pollution de pays du sahel, ou comment prendre les électeurs consommateurs pour des idiots inutiles .. L'art des ingés des mines ...
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Commentaire par carl
lundi 30 septembre 2013 14:55
quelle transition ...sans co2..? .avec quoi ? avec des éoliennes pharaoniques couplées avec des centrales thermiques ...non merci avec des hydroliennes ...c'est déja mieux ..plus régulier ...moins nuisibles a l'environnement ..paysages avec de solaire ...ça dérange pas avec des économies d'énergie ...de la géothermie ..oui avec de la recherche oui encore
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Commentaire par Monsieur Sorin et la politique de l'autruche
mardi 01 octobre 2013 02:24
François Sorin se trompe totalement, c'est exactement l'inverse de ce qu'il annonce qui va se produire d'ici 2050: les énergies renouvelables viendront à la rescousses de toutes les autres, nucléaire compris, pour réussir la transition énergétique mondial. Notre Gouvernement et son Village Nucléaire vient de décréter (sans aucun vote du parlement) l'allongement de la durée de vie des centrales nuc de 20 années, je le trouve bien optimiste et présomptueux étant donné que l'ASN a (théoriquement) toujours le droit de faire fermer un réacteur si la sécurité ne lui convient pas. Ensuite il faut tenir compte de la culture de sous-estimation des couts par l'industrie nuc, donc si le lobby nuc prévoie 1 milliards par réacteur pour l'allongement, en réalité sera plutot 2 ou 3. Au final un cout exorbitant qui entrainera d'ici 2020 un doublement de la facture EDF pour les usagers. Mais le pire c'est qu'on recule pour mieux sauter: dans 20 ans il n'y aura plus aucune possibilité de prolonger encore nos centrale et nos enfants se retrouveront devant une montagne de déchets nucléaires. C'est naturellement les renouvelables qui prendront le relais car elle seront devenues compétitives face à toutes les autres énergies.
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Commentaire par corrector
lundi 07 octobre 2013 14:28
"nos enfants se retrouveront devant une montagne de déchets nucléaires." Autrement dit, nos enfants se retrouveront devant des quantités énormes de combustible nucléaire pour les centrales qu'ils construiront. Ils auront pour des millénaires d'indépendance énergétique.
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