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Après-Copenhague : des pays s'engagent, d'autres brassent de l'air


mercredi 03 mars 2010

Une soixantaine de pays se sont engagés, auprès de l'Onu, à lutter contre le changement climatique. Voici la liste exhaustive des bons élèves... et des bluffeurs.


Et si les optimistes avaient raison ? Et si Copenhague n’avait pas été le terrible échec décrit à longueur d’articles ?

Les signataires ont promis d’envoyer, avant le 31 janvier, leurs promesses de réduction d’émissions accompagnées d’un programme détaillant les moyens à mettre en oeuvre. Quelques semaines après l’échéance, le compte y est presque.

69 pionniers

Au moment où nous écrivons, 69 « pays » (les 27 de l’Union européenne comptant pour un) ont renvoyé leur formulaire (leur «note verbale » en jargon onusien) à Bonn, siège du secrétariat de la convention. Toutes ensemble, les émissions de ces pionniers représentent 85% des rejets de CO2 « énergétiques » (c’est-à-dire issus de la consommation d’énergie fossile, ndlr). Ce qui est un peu mieux que le protocole de Kyoto. Le texte signé, en décembre 1997 n’engage que 37 pays industrialisés, dont les émissions ne représentaient, en 1990,(année de référence) que 67,8% des rejets de CO2 « énergétiques ». Le progrès est mince, mais il a le mérite d’exister.

Le monde entier ne s’est pas encore mis en marche, mais une dynamique mondiale est engagée. En effet, les pays ayant officiellement marqué leur désaccord avec le texte "pris en compte" à Copenhague sont rares. Pis, ce sont de piètres émetteurs. À eux six, le Koweït, Tuvalu, Cuba, le Nicaragua et la Bolivie émettent autant de gaz carbonique que… quatre grosses centrales thermiques. Autant dire des nèfles.

L’intérêt de la démarche « post-copenhagesque » est qu’elle reprend, finalement, l’esprit d’une proposition défendue, en 2007 à Bali (lire L’Usine à GES n°39), par la Corée du Sud et la Chine. L’idée était simple : plutôt que de s’étriper sur la rédaction d’un improbable accord contraignant, lançons des politiques nationales que l’on agrégera, par la suite. Nous y sommes…

Plusieurs catégories d’engagements

Mais alors, que proposent donc nos 69 valeureux pionniers ? À dire vrai, un peu tout et n’importe quoi. Pour paraphraser Clint Eastwood dans Le Bon, la brute et le truand, le monde se divise en plusieurs catégories : les pays qui ont un objectif et un programme, les pays qui n’ont pas d’objectif mais ont un programme, les pays qui n’ont ni programme, ni objectif,mais qui soutiennent l’accord de Copenhague et les six, déjà cités, qui disent  "non" à tout. Commençons par les plus ambitieux.

Six pays dont un bloc géopolitique soutiennent l’accord de Copenhague, ont un objectif de réduction d’émissions (pas toujours exprimé ainsi d’ailleurs) et un programme pour l’atteindre. Dans ce sextet, on trouve évidemment l’Union européenne (- 20% en 2020), Monaco (vise la neutralité carbone mais en 2050), l’Indonésie (entend réduire de 26% ses émissions d’ici à 2020), Israël (réduction de 20% de ses rejets en 2020 par rapport à l’évolution prévue), le Brésil (une réduction d’émissions comprise entre 36,1% et 38,9% en 2020 par rapport à l’évolution prévue) et la Chine (réduction de l’intensité carbone de 40% à 45% en 2020 par unité
de PIB).

Les contradictions du Brésil

Pour y parvenir, tous avancent un programme plus ou moins étoffé. Connues pour ses engagements forts mais une relative méconnaissance de la technicité des sujets, les autorités monégasques prévoient de faire réaliser tout le travail par des investisseurs. En clair, la Principauté espère atteindre la neutralité carbone à coups de projets MDP (mécanismes de développement propre).

Simple mais il fallait y penser. L’État hébreux mise tout sur les énergies renouvelables (ENR) et les économies d’électricité. Chose rare.

Les efforts brésiliens seront couronnés de succès si la lutte contre la déforestation est une réussite, si de nouveaux barrages hydroélectriques sont mis en eau, si les automobilistes consomment davantage d’agro-carburants, si les aciéries d’Amazonie consomment plus de charbon que de bois... et si l’industrie locale améliore son efficacité énergétique. Vaste programme non exempt de contradictions! Car, comment produire plus d’agrocarburants (à partir de la canne à sucre, notamment) sans accroître les surfaces agricoles au détriment de la forêt ? De même, ces futurs barrages noieront immanquablement le volume des zones forestières que Brasilia entend  augmenter pour profiter du futur système REED(+ de rémunération des actions de protection des forêts). Mais ce ne sont que détails...

Beijing n’a, visiblement, pas tout à fait terminé son plan. Mais ses grandes lignes en sont connues : 15% de l’énergie primaire seront produits par les ENR (6% aujourd’hui), l’efficacité énergétique de l’industrie sera améliorée. Enfin, le couvert forestier sera accru de 40 millions d’hectares, soit une augmentation de 25% en dix ans.

L’Union européenne, elle, prévoit de mettre en oeuvre son Paquet Énergie Climat, dont les principaux objectifs restent : +20% d’amélioration de l’efficacité énergétique, 20% d’énergies renouvelables. Le tout aboutissant à une réduction de 20% des émissions de GES d’ici à 2020 (lire L’Usine à GES n°52).

Un aéroport « zéro carbone »

Beaucoup plus nombreux sont les pays dotés d’un objectif de réduction d’émissions, mais dénués de plan. Pour le moment, on en compte 25. Certains sont très ambitieux,comme le royaume du Bhoutan qui vise la neutralité carbone, comme le Costa-Rica, la Papouasie-Nouvelle Guinée. Plusieurs avancent aussi des objectifs variables (entre-15 et -30%, en général) en fonction de la conjoncture future : l’Islande, la Russie, la Nouvelle-Zélande, l’Australie. D’autres ne savent pas comment faire, mais ils ont de « bonnes » raisons.

L’administration américaine a deux plans ambitieux pour réduire de 4% les émissions nationales en 2020 (par rapport à celles de 1990). Mais tant que le Congrès n’aura pas voté les propositions de loi qui sont en discussion depuis des mois, personne ne pourra dire comment l’hyperpuissance réduira son empreinte carbone. Ni d’ailleurs si elle le pourra. À noter les efforts de l’Équateur. Après avoir construit, aux Galápagos, l’un des premiers aéroports « Zéro Carbone » du monde, ce petit pays d’Amérique du Sud entend produire toute l’énergie dont a besoin son fameux archipel à partir d’ENR.

Tendre vers un développement décarbonisé

Dans notre liste à la Prévert, nous avons aussi dix pays soutenant l’accord de Copenhague et ayant élaboré un programme de réduction des émissions, sans pour autant se donner d’objectif. Ce qui est encore le meilleur moyen de les atteindre. Plaisanterie mise à part, ces programmes méritent l’attention, car ils témoignent d’un important travail de planification et de volontés réelles de combiner développement et décarbonisation. Chacun faisant en fonction de ses moyens et de son contexte.

À Madagascar, par exemple, la priorité est de concilier énergie propre et protection de ce qui reste de l’une des plus belles forêts du monde. Antananarivo prévoit de développer les ENR et de reforester tout en lançant une filière de bois-énergie. Sans oublier d’améliorer l’efficacité des foyers domestiques.

La Jordanie se focalise sur l’amélioration de ses transports. Le royaume hachémite prévoit de développer les transports maritimes et ferroviaires et d’interdire à l’armée d’acquérir des véhicules trop polluants. Amman veut aussi valoriser le biogaz des décharges, accroître le couvert forestier du royaume et améliorer les performances de la raffinerie de Zarqa.

L’Éthiopie dispose d’un programme très complet. L’ancienne Abyssinie entend massivement développer les ENR : 14 000 MW de barrages hydroélectriques, 764 MW éoliens et des centrales géothermiques dont la puissance cumulée pourrait atteindre 450 MW. Dans un pays où la sécurité alimentaire reste un défi permanent, Addis-Abeba entend développer la production d’agrocarburants. À l’occasion, les paysans (90% de la population) devront adopter des techniques culturales permettant de stocker le carbone dans le sol. Ambitieux, les descendants de la Reine de Saba prévoient de mettre en service 4 900 km de lignes ferroviaires électrifiées et de valoriser, énergétiquement, le biogaz des décharges.

Comme dans toute classe, on trouve aussi des cancres. Albanie, République centrafricaine, Namibie, Pérou ou Géorgie : ils sont 27 à ne proposer ni objectif de réduction d’émissions, ni programme. Ils soutiennent l’accord de Copenhague. Point barre. Cet attentisme peut surprendre de la part des Bahamas, du Bangladesh, des Fidji, de Nauru, de Palau, des Samoa et de Trinidad & Tobago. Tous sont menacés par la montée du niveau des mers. Et, pour le moment, l’aide publique promise aux pays les plus vulnérables par les nations les plus industrialisées est loin d’être débloquée.

Voir le publications de l'Usine à GES

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