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Gérald Maradan est le Directeur Général d'EcoAct.Fondée en 2005, EcoAct est une entreprise franco-brésilienne dédiée à la lutte contre le changement climatique. Spécialiste de la stratégie carbone et...

Donner de la valeur aux forêts vivantes


mercredi 23 décembre 2009

Tout n'est pas noir dans l'après Copenhague. L'inclusion des projets forestiers dans la méthodologie des Nations-Unies pourrait apporter un second souffle aux programmes de compensation carbone...Une bonne nouvelle pour les pays en développement.


Gérald Maradan est le Directeur Général d’EcoAct*


Selon la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), la déforestation génèrerait chaque année 20% des émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, cette cause majeure du réchauffement climatique a mis du temps à s’imposer dans les débats, car nous ne savions pas clairement à quel niveau la déforestation atteignait le climat : il a fallu déployer beaucoup de moyens pour prouver que la reforestation pouvait servir à quelque chose, et cibler les zones géographiques où il fallait agir. En Europe, par exemple, nous avons constaté que les forêts matures ne séquestraient pas tant de CO2 que cela. Nous avons par contre remarqué à quel point les forêts tropicales natives constituaient de formidables puits pour la séquestration carbonique et à quel point elles étaient dévastées. Or, aujourd’hui, ce sont principalement celles-ci qui subissent le plus fort taux de déforestation annuelle.

Il faut donc encourager la reforestation, mais également éviter la déforestation. La génération de crédits carbone (revendus aux entreprises soumises à quotas ou désireuses de compenser volontairement leurs émissions de GES) peut permettre d’apporter le financement nécessaire à la préservation des forêts. elles représentent 50% de la déforestation globale. Seulement, les Mécanismes de Développement Propre (MDP) relatifs à la reforestation et à la lutte contre la déforestation (portés par les Nations-Unies), qui permettent la génération de crédits carbone sont encore très peu nombreux car très complexes à mettre en œuvre. De plus, les mécanismes de déforestation évitée (REDD) sont extrêmement récents puisqu’ils viennent tout juste d’être reconnus lors de la conférence de Copenhague. Ce qui constitue déjà une très grande avancée.

Aujourd’hui le cadre méthodologique existe donc pour permettre le développement de projets forestiers. Aujourd’hui, seule la Compensation Certifiée (à la différence des mécanismes de la Compensation Volontaire, pour les petits projets) suis la méthodologie indiquée par la CNUCC et rentre dans le cadre du Protocole de Kyoto : elle engendre des Crédits Carbone (enregistrés par la CNUCC), qui sont ensuite revendus, en soumettant, en bout de chaîne, les entreprises soumises à des quotas de CO2. Malheureusement, suivre les procédures strictes fixées par les Nations-Unies -coûts d’audit des projets et difficultés techniques et administratives liées à leurs montages- coûtent très cher. Afin d’amortir ces coûts, ce sont souvent des projets d’envergure qui sont privilégiés. Ainsi, la compensation carbone est souvent mise en œuvre par de gros industriels, principalement en Inde et en Chine, au détriment, par exemple, de l’Afrique qui ne représente que 2% des projets enregistrés aujourd’hui. Les vérifications plus poussées, ainsi que la complexité liée aux calculs de séquestration de CO2 par les arbres rendent encore plus difficiles le développement de projets plus petits et plus humains.

Pour EcoAct, le maintien de l’esprit d’entraide Nord-Sud formalisé par le Protocole de Kyoto est primordial : la Compensation Carbone (qu’elle soit Certifié ou Volontaire, si elle suit les règles définies par la CCNUCC)Volontaire des émissions de CO2 est un instrument indispensable de lutte contre le réchauffement climatique.

Ainsi, à Irmãos Fredi, au Brésil, nous avons développé un projet qui permet d’éviter la déforestation au sein de la forêt Cerrado, où nous nous occupons d’une usine familiale produisant des tuiles, des briques et de la céramique. Pour alimenter ses fours, la famille Fredi utilise, depuis des dizaines d’années, le bois de la forêt native. Aujourd’hui, dans un périmètre de 50 kilomètres autour de l’usine, tous les arbres ont été coupés, provoquant une réaction en chaîne : ruissellement et érosion dues aux rivières asséchées, rupture du cycle de l’eau et de l’évapotranspiration puis, sécheresse globale et perte de la biodiversité. Ainsi, pour trouver du bois, les ouvriers vont de plus en plus loin, en camion, et émettent ainsi encore plus de carbone. Si les habitants de cette région étaient parfaitement conscients qu’ils devaient changer de comportement pour sauver leur environnement, ils n’avaient pas en leur possession les moyens technologiques nécessaires à ce changement. Nous leur avons donc appris comment modifier leurs fours pour qu’ils tournent à la biomasse, comme la sciure de bois, en fabriquant chaque installation sur place. Recycler la biomasse inutilisée permet d’éviter sa méthanisation (cause du réchauffement climatique), et offre aux populations locales la possibilité de s’inscrire dans une nouvelle logique économique. Ces nouveaux fours, installés en 2007, devraient permettre de générer des crédits carbone à hauteur de 30 000 tonnes par /an pendant 10 ans. Ce calcul ne comprend pas l’impact de la déforestation évitée (puisque les méthodologies étaient inexistantes au démarrage du projet), mais seulement l’évitement du méthane dégagé par la biomasse.

L’ouverture de la CCNUCC aux projets REDD est une avancée considérable. Elle va permettre de développer un nouveau pan pour les programmes de compensation. Les crédits carbone générés par le REDD vont enfin permettre de pour faciliter développement de tous les projets et  donner de la valeur aux forêts vivantes. Eviter la déforestation, c’est créer de l’emploi en luttant en faveur du climat, tandis qu’abattre des arbres pour revendre des bûches est une vision économique à court terme, qui court à sa propre perte. D’autre part, les Nations-Unies doivent simplifier leur méthodologie et accroître leurs effectifs , pour permettre d’analyser et de faciliter l’émergence, chaque année, d'un plus grand nombre de projets, qui favoriseront les porteurs de projets locaux. Il faut savoir qu’aujourd’hui, et contrairement aux idées reçues, il n’y a que cinq  projets « forestiers » enregistrés par la CCNUCC. Pourtant, il y a chaque année des centaines de milliers d’hectares à reforester chaque année.

*EcoAct est la seule société française à avoir dépassé, depuis sa création en 2005, le million de tonnes équivalent de CO2 compensées. Pour atteindre ce chiffre, EcoAct a financé plusieurs programmes dans les pays en développement, regroupant diverses technologies : hydroélectricité, génération de biogaz, électricité à partir de biomasse, mise en place de fermes éoliennes, et efficacité énergétique, s’est engagée dans l’un des plus grands chantiers de demain : la reforestation et la déforestation évitée.

Par ailleurs, un projet pilote de recherche en reforestation et agroforesterie à Monte Alegre est actuellement en cours au Brésil.

Voir tous les projets d’EcoAct, cliquez ici.



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1 commentaire(s)
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Commentaire par DATO PRUDENCE ZOWADAN
jeudi 14 janvier 2010 14:04
Il n'est pas à démontrer les avantages de cette avancée dans la méthodologie MDP/ forêt pour les PED notamment en Afrique.Mais ce qui peut freiner les avantages de cette bonne nouvelle, c'est l'appropriation de ces méthodologies par les experts MDP et la mise en place d'un cadre favorable à l'éclosion des types spécifiques de projets MDP/Forêt dans le but d'une lutte contre les changements climatiques EN Afrique...
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Gérald Maradan est le Directeur Général d'EcoAct.Fondée en 2005, EcoAct est une entreprise franco-brésilienne dédiée à la lutte contre le changement climatique. Spécialiste de la stratégie carbone et...

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