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James Thornton is the CEO of ClientEarth. In January 2009 he was selected by the New Statesman as one of 10 people who could change the world.He is an environmental lawyer and social entrepreneur...

«La réglementation des forages en eaux profondes est inadéquate»


vendredi 04 juin 2010

Après plusieurs tentatives, BP a finalement réussi à installer un dôme pour confiner la fuite de pétrole. Si le groupe s'est dit prêt à assumer toutes les conséquences de cette marée noire, James Thornton, avocat américain de l'environnement, est sceptique quant aux mesures que prendront les Etats pour encadrer les forages offshore.


James Thornton est avocat et Directeur Général de ClientEarth.

Les autorités américaines ont ouvert depuis mardi 1er juin une enquête civile et pénale sur la marée noire dans le golfe du Mexique. Cette mesure, destinée à accroître la pression sur BP, survient plus de 40 jours  après l'explosion de la plateforme Deepwater Horizon. Quels sont, d'après-vous, les éléments qui ont poussé le gouvernement à intervenir?

Les autorités américaines ont en effet initié une enquête pénale sur les opérations à Deepwater Horizon. Elles espèrent que ce geste sera perçu par l'opinion publique -dont la colère grandit chaque jour- comme une mesure sévère et décisive,  face au drame qu'est la marée noire. Il y a aux Etats-Unis une envie croissante de voir l'entreprise punie et de voir le gouvernement s'imposer. Mais cette décision pourrait également être perçue comme une preuve de l'incapacité de l'administration à mettre fin à la crise. Le message d'aujourd'hui est axé sur la punition et non sur la prévention, et la prévention, à travers une règlementation effectivement appliquée sera la clé pour éviter des catastrophes similaires en amont.

Certains commentateurs américains (voir The Los Angeles Times)  reprochent à Barack Obama d'avoir mal géré cette catastrophe. Pensez-vous que le gouvernement américain aurait dû se substituer à BP dans la gestion de cette crise écologique?

Il y a peu d'éléments permettant d'affirmer que le gouvernement des Etats-Unis aurait pu faire un meilleur travail pour mettre fin à cette catastrophe. Le gouvernement aurait peut-être pu faire davantage pour surveiller et compléter l'action de B.P... Mais, à mon sens, ce n'est pas la question prioritaire. Bien plus importante est la question de la gestion et de la règlementation par le gouvernement des forages en eaux profondes (et autres), avant même que la crise n'aie eu lieu. En tous points de vue, elle était inadéquate. C'est là dessus que l'administration devra concentrer ses efforts, une fois qu'elle aura répondu à la crise actuelle et si elle veut éviter ce genre d'accidents à l'avenir.

Pensez-vous cette marée noire, la pire connue par les Etats-Unis, va permettre une réelle prise conscience des risques écologiques liés à l'exploitation offshore?

Il y aura certainement une focalisation accrue sur les dangers de l'exploitation pétrolière en haute mer de la part des gouvernements, du secteur pétrolier et des investisseurs. Pour les gouvernements, il est clair que les risques sont immenses, et que la confiance en les procédures suivies par les entreprises était injustifiée. Pour les pétroliers et les investisseurs, il est désormais évident que ce genre d'activités implique des risques financiers colossaux. Les groupes pétroliers et les investisseurs seront bien plus prompts à y voir le risque (pour leurs affaires), et les gouvernements bien plus enclins à les règlementer. Est-ce que cela équivaudra à une réelle conscience des risques impliqués ? c'est une autre affaire.

Quelles mesures préconiseriez-vous pour mieux encadrer cette activité?

De meilleures législations, correctement appliquées, encadrant le forage offshore seraient en fait la clé pour éviter que des accidents comme celui de Deepwater Horizon ne se reproduisent. Un changement fondamental est nécessaire dans la manière dont les entreprises extractrices considèrent et traitent les questions environnementales. Les problèmes écologiques et sociaux continuent d'être perçus comme secondaires, ou sans relation avec les problèmes financiers. Mais le fait est que ces problèmes sont cruciaux pour le succès d'une entreprise, ne serait-ce qu'en termes exclusivement financiers. Ceci a rarement été illustré aussi clairement que par la perte de 44 millions de livres de capitalisation boursière enregistrée par B.P. depuis la catastrophe de Deepwater Horizon.

Voir également "BP est  impuissant face à l'accroissement de la fuite"

Propos recueillis par Léa-Sarah Goldstein
1 commentaire(s)
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Commentaire par Benjamin
vendredi 04 juin 2010 11:46
Bonjour,
l'interview est intéressante, mais vous occultez la question fondamentale : pourquoi va-t-on forer si profond ?

La réponse se trouve ici :
http://tonto.eia.doe.gov/cfapps/ipdbproject/iedindex3.cfm?tid=5&pid=53&aid=1&cid=ww,&syid=2002&eyid=2009&unit=TBPD
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