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Né en décembre 1942, ingénieur physicien de formation, Bertrand Barré est ancien conseiller scientifique d'AREVA voir son blog) Entré en 1967 au Commissariat à l'Energie Atomique (CEA),...

Que se passe-t-il à Fukushima?


vendredi 04 octobre 2013

De nouvelles fuites d'eau contaminée sont signalées à la centrale de Fukushima. Ce tonneau des Danaïdes est un vrai problème, mais les niveaux de radioactivité sont des milliers de fois inférieurs à ceux de mars 2011.


Voir le site de Bertrand Barré
Voir aussi l'analyse de la SFEN.


On connait, dans la mythologie grecque, le sort des Danaïdes condamnées à tenter éternellement de remplir un tonneau percé.

C'est pour l'instant à un supplice analogue que semble condamnée la société TEPCO sur son site de Fukushima Daiichi.  Depuis décembre 2011, l'accident proprement dit est terminé : cœurs plus ou moins fondus et combustibles entreposés dans les piscines sont régulièrement refroidis et tout risque de nouvelle fusion est écarté.  Pour ce faire, on injecte chaque jour environ 300 tonnes d'eau qui refroidit les combustibles mais se retrouve, contaminée par des éléments radioactifs, dans les sous-sols des bâtiments où sont les turbines des réacteurs accidentés.  Là, cette eau est pompée, et envoyée dans une grosse installation de décontamination puis réinjectée en circuit fermé.

Sous le site, circule une nappe phréatique qui s'écoule naturellement vers l'océan pacifique, au rythme de 1000 m3 par jour, dans le port de Fukushima.  Elle se contamine en partie au passage : c'est l'origine de cette fameuse "fuite" qui a eu les honneurs de la presse de cet été quand TEPCO s'est décidée à en parler.  Mais cette nappe phréatique pénètre aussi dans les sous-sols des bâtiments et si TEPCO injecte 300 tonnes d'eau décontaminée par jour, c'est 700 tonnes qu'il faut pomper chaque jour dans les sous-sols ! 

Les 400 tonnes contaminées excédentaires sont stockées dans une batterie impressionnante de réservoirs, rectangulaires ou cylindriques, que l'on peut voir sur la photo de Google Earth ci-dessus. Il y a plus de 300 000 m3 d'eau déjà stockée sur site et le chiffre pourrait atteindre 700 000 en 2015, ce qui saturerait le site. Quelques uns de ces réservoirs, assemblés à la hâte, se sont corrodés et fuient, constituant une deuxième source de contamination des eaux du port.

Il n'y a pas de solution simple au problème des eaux souterraines. Pour limiter le phénomène, les japonais pompent la nappe phréatique à l'amont de la zone contaminée dans l'intention de la rejeter dans l'océan, et envisagent de créée un "mur de glace" en congelant le sous-sol entre les réacteurs et l'océan.
On ne pourra pas non plus accumuler les réservoirs à l'infini : il faudra bien un jour y re-pomper l'eau et en pousser la décontamination jusqu'à un niveau où les autorités japonaises pourront autoriser leur rejet sans risque dans l'océan.

Quels sont les niveaux de radioactivité ?

Il est important de mettre ces événements en perspective.  Toutes ces histoires de fuites ont été largement publiées à grand renfort de tonnes et m3, mais sans évaluer leur dangerosité.  Selon l'IRSN, l'impact  environnemental de ces écoulements d'eau partiellement contaminée reste toutefois marginal par rapport à la radioactivité émise en 2011 au moment de l'accident.  Selon les radioéléments concernés, de 1 000 à 100 000 fois moins d'activité auraient été rejeté en 2 ans que pendant les deux premiers mois ayant suivi l'accident.  Dans son communiqué du 3 septembre, le gouvernement japonais souligne :

*    L'influence de l'eau contaminée est limitée au port de Fukushima Daiichi, dont la superficie est inférieure à 0,3 km2.
*    Les résultats de mesures de l'eau de mer au Japon sont constamment en dessous de la norme de 10 Bq/litre de césium radioactif (Cs134 et Cs137).
*    La dose due au relâchement d'éléments radioactifs hors des bâtiments est de 0,03 milliSievert par an, soit 1/70è de la dose due à la radioactivité naturelle.

En bref, le tonneau des danaïdes fuit toujours, c'est un problème technique compliqué mais l'impact sanitaire  est négligeable.

N'oublions pas ce que les Japonais ont accompli depuis l'accident : rétablissement de l'alimentation électrique et du refroidissement en eau douce en circuit fermé, déblaiement du site, rehaussement des digues, habillage étanche du réacteur 1, renforcement de la piscine 4 et installation de la hotte qui permettra le déchargement des combustibles usés en novembre prochain, préparation de l'habillage du réacteur 3, etc.  Il y en a pour des décennies de travail, mais ce travail est sérieusement en cours.
 
 

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2 commentaire(s)
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Commentaire par Moi
mercredi 09 octobre 2013 09:28
comment pouvez vous écrire cela alors que deux des quatre coriums sont toujours en dehors de tout controle, et qu'on n'est même pas capables de les localiser précisement. La désinformation est la pire des pollutions. Si c'est pour écrire cela, pensez à vous, à vos enfants, respectez les respectez vous, ne parlez pas de Fukushima
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Commentaire par Elizabeth Chekroun
vendredi 13 mai 2016 18:46
Bonjour, merci pour votre article. Pour résister contre les lobbys du nucléaire, je suis passée aux énergies vertes : je suis allée sur ce site http://www.fournisseur-energie.com et j'ai décidé de souscrire à une offre d'énergies vertes. Suivez le mouvement, boycottons le nucléaire ! E.C.
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