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Combien coûtera le démantèlement du nucléaire ?


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jeudi 07 janvier 2010

Alors que le parc nucléaire français est vieillissant, la question de son démantèlement commence à poser problème, notamment sur le plan financier


En 1999,  le courrier de l’UNESCO estimait que, dans le monde, sur les 523 réacteurs existants, 94 étaient arrêtés, soit environ 20%. Ce pourcentage devrait significativement augmenter dans la décennie à venir, avec le vieillissement du parc nucléaire mondial. Il est donc important d’établir un scénario de démantèlement précis pour chaque centrale, arrêtée ou toujours en cours d’exploitation. Aussi, le coût devra être évalué en fonction du type de réacteur à démanteler. Plusieurs paramètres peuvent ainsi être pris en compte : le nombre d’années après la mise à l’arrêt définitif (MAD) à partir duquel le démantèlement peut commencer, la stratégie de stockage des déchets, les méthodes de financements ou encore la puissance du réacteur. Les comparatifs entre les différents pays donnent des résultats assez hétérogènes, mais peuvent faire émerger des points d’attention.

Le cas du Royaume-Uni est surprenant. En effet, pour seulement 35 réacteurs nucléaires et une puissance installée de 9 000 MW, les coûts totaux du démantèlement sont estimés à 103 milliards d’euros, soit un coût moyen de 2,9 milliards d’euros par réacteur. Ces chiffres sont à comparer avec ceux des États-Unis, où 104 réacteurs sont encore en activité, et où la Nuclear Regulatory Commission (NRC) a estimé le coût du démantèlement à 300 millions de dollars (environ 210 millions d’euros) par réacteur nucléaire. Cette estimation a d’ailleurs déjà été éprouvée sur la centrale de Yankee Rowe dans le Massachussetts où, après 30 ans de travaux, le coût du démantèlement s’est finalement élevé à 350 millions de dollars (environ 246 millions d’euros), soit près de 10 fois moins que pour le Royaume-Uni ! Neuf réacteurs américains commerciaux de plus de 600 MW sont ainsi entrés dans un processus complet de démantèlement.
 
Le Royaume-Uni a donc opté pour une stratégie de démantèlement sur le très long terme alors que les États-Unis, pour des coûts moins élevés, ont décidé d’attendre trente ans après la MAD des centrales pour commencer leur démantèlement. Ces différences de scénarios peuvent trouver plusieurs explications : la gestion des déchets sera probablement plus délicate pour le Royaume-Uni qui ne dispose pas de grandes étendues de stockage comme les États-Unis. Par ailleurs, les centrales nucléaires aux États-Unis, plus récentes, produisent moins de déchets et leur démantèlement avait été anticipé au moment de leur construction, ce qui réduit inévitablement les coûts. Ce retour d’expérience montre donc que donner une estimation des coûts de démantèlements, simplement en fonction de la puissance, ou du nombre de réacteurs, est un indicateur imprécis. Il est important de prendre en compte l’historique du pays concerné car la capacité du pays à stocker les déchets, à recycler un maximum de matières mais aussi l’ancienneté du parc joueront un rôle essentiel dans cette estimation.

Toutefois, ces deux exemples extrêmes peuvent à eux seuls justifier les inquiétudes du grand public vis-à-vis du cas de la France. Avec une productivité plus élevée et une soixantaine de réacteurs en activités, comment sont évalués les coûts en France et quel scénario sera adopté pour notre parc vieillissant ? Selon différentes sources (AEN, AIEA ou encore AREVA), le coût du démantèlement est évalué à 15% de l’investissement initial. Si on prend pour référence les derniers réacteurs à eau pressurisée - dits REP, comme l’EPR par exemple - dont les coûts d’investissements initiaux se situent autour de 3 milliards d’euros, les coûts de démantèlement atteindraient 450 millions d’euros par centrale. Sachant qu’EDF a ajouté 500 millions d’euros au fond de 13,6 milliards d’euros destiné au démantèlement, il est raisonnable de penser que les fonds nécessaires à la fin de vie des centrales sont contrôlés en France. Cependant, nous sommes en droit de nous demander pourquoi les coûts sont parfois sous-estimés, comme ce fut le cas pour la centrale de Brennilis.  

Selon un rapport de l’Agence pour l’Énergie Nucléaire (AEN), le coût du démantèlement d’un réacteur nucléaire français peut se découper de la façon suivante :



 

















Source : AEN, « Politiques, stratégies et coûts de démantèlement : un tour d’horizon international », décembre 2003

L’estimation de l’AEN apporte des premiers éléments de réflexion mais doit être complétée par des précisions sur chaque poste. Un modèle de risques et d’incertitudes sur les coûts est à construire pour avoir une meilleure visibilité sur le prix réel du démantèlement. Par exemple, sur le poste «Traitement et évacuation des déchets» du graphique ci-dessus, quel serait l’impact de la découverte de déchets résiduels dans les circuits sur le coût total ? De même, pour le «Réaménagement du site», de quelle façon les législations en vigueur et futures pourront amener à augmenter la facture du démantèlement ? Les coûts d’autres postes, non spécifiques aux installations nucléaires, comme la «Déconstruction des bâtiments», peuvent être considérés comme stables. Cependant, un tableau de bord de risques avec les impacts induits est à mettre en place sur les postes spécifiques au nucléaire afin de mieux anticiper les surcoûts éventuels.

Enfin, il ne faut pas oublier que, pour le moment, aucun réacteur industriel n’a été totalement démantelé en France. Les sommes provisionnées par EDF pourront donc assurer les premiers démantèlements qui devront servir de pilotes pour les prochains et l’approvisionnement de fonds destinés aux démantèlements devra continuer. Par ailleurs, l’âge moyen du parc nucléaire n’est que de 23 ans et demi, alors que la moyenne d’âge d’exploitation devrait tourner autour de 53 ans. Il reste donc bien du temps avant d’assurer le démantèlement de la plupart des centrales, mais cette étape devra bénéficier d’un premier retour d’expérience pour assurer le renouvellement du parc.
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3 commentaire(s)
[1]
Commentaire par ANTI EOLE
jeudi 07 janvier 2010 10:53
Conclusion de votre article...
1) Le montant alloué au démantèlement n'est pas excessif compte tenu de ce qu’annoncent certains.
En effet, des chiffres totalement farfelus sont annoncés certainement pour dénigrer cette source d’énergie fiable et peu chère ! (certains lobbys n’ont pas de complexe !). En ce qui me concerne, je trouve encore ce montant prohibitif en regard du travail à accomplir, mais les emplois fictifs et autres erreurs de gestion, à EDF sont nombreux…
2) Ce montant est provisionné dès le départ donc inclus dans le prix de vente du KWh.
En clair, le temps de retour étant prévu sur 30 ans, les tarifs EDF devraient donc baisser ! (on peut toujours rêver !!!). Certains annonces des prix de revient du MWH pour les centrales “amorties“, inférieur à 20€ contre de 35 à 50€ pour celles non amorties !
3) Le nucléaire reste donc la source d’énergie la moins polluante (en matière de GES) et la moins onéreuse.
4) Le nucléaire actuel fournit le combustible (ce que certains appellent déchets) pour les réacteurs de génération 4 dont le gouvernement vient de lancer officiellement les études. (Comme Superphénix a été une réussite technologique, on peut penser à un démonstrateur à l’échelle 1 d’ici quelques années… on devrait le mettre en Bretagne, ce qui nous éviterait les reality-shows de la TV, dès que les températures deviennent négatives !).
[2]
Commentaire par ANTI EOLE
jeudi 07 janvier 2010 11:30
Conclusion de votre article...Suite et fin.
5) Et comme je suis un anti éolien, j’ajouterai qu’il faut DÉFINITIVEMENT, abandonner la filière éolienne comme source d’énergie car à rendement et durée de vie équivalent, elle coûte près de 17 fois plus chère que celle du nucléaire !.
De plus, lorsqu'elle est défaillante (pas ou trop de vent) ou lorsque la pression du vent sur les pales ne suffit pas, c'est le nucléaire qui, pour près de 80%, ce substitut à cette source d’énergie peu fiable !
Donc autant la supprimer! Si comme le prédisent les Hulot et autres YAB, les dérèglements climatiques font que la France passe sous un régime d'alizé, on reverra le problème ! Mais devant la “compétence“ de "spécialistes" de cet acabit, on est à n'en point douter, tranquille pour longtemps!
[3]
Commentaire par Tilleul
vendredi 08 janvier 2010 14:24
Juste pour donner une idée...

Pour avoir de quoi financer le démantelement des installations du CEA, il faudrait qu'Areva continue de verser chaque années à ses actionnaires des dividendes de 1,3 milliards d'euros (sachant que la moitié des bénéfices d'Areva provenaient d'Areva T&D qu'ils ont été forcé de vendre et qu'ils ont besoin de trouver encore 7 milliards d'euros pour boucler leur budget 2010) et EN PLUS que la vente de 15% des actions d'Areva que possède le CEA rapporte au moins 1,5 milliards d'euros (alors qu'on annonce une augmentation de capital!).

Evidemment tout ce qui n'est pas financé sera intégralement payé par les impots...
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