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 - Maître de conférences à l'IEP de Paris
Auteur
Maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris, Michel Derdevet est également directeur de la communication et des affaires publiques de RTE.  Il est co-auteur de l'ouvrage : « Les réseaux...

Précarité énergétique : que faire ?


mercredi 01 février 2012

Trois axes d'action pour assurer aux citoyens français un minimum d'égalité devant l'énergie et fournir aux plus démunis un "bouclier" contre les augmentations de prix qui se dessinent inévitablement.


Après la présentation de la situation qui prévaut actuellement en France (voir article précédent) , Michel Derdevet trace un plan d'action global et cohérent. Extraits d'un article publié dans la Revue de l'Energie (nr 604).

A l'avenir, pour lutter contre la précarité énergétique, on pourrait envisager de combiner à la fois des actions à vocation sociale, par l'adoption d'un grand plan de solidarité national garantissant un accès de tous à l'énergie, un volet « bâti » avec un programme de rénovation thermique d'ampleur, et enfin une refonte complète de la tarification énergétique, afin que celle-ci soit demain à la fois plus écologique et solidaire.

Sur le plan social, beaucoup d'associations et de responsables politiques ont évoqué ces derniers mois la mise en place d'un « bouclier énergétique » global (*), qui se matérialiserait par un chèque énergie, valable pour toutes les énergies (électricité, gaz, chauffage urbain, carburants,...). La Fondation Terra Nova estime à 5 M le nombre de ménages qui pourraient bénéficier de ce véritable dispositif global de solidarité et de cohésion sociale, qui serait financé via une transformation de l'actuelle CSPE en une taxe-chapeau générale, baptisée « Contribution au service public de l'énergie ».

Le chèque énergie pourrait intervenir en « curatif », pour aider au règlement des factures d'électricité ou de gaz ou à l'achat de carburants en l'absence de transport collectif, ou en « préventif » en encourageant le choix d'équipements plus économes en énergie. Ce dispositif se substituerait aux nombreux dispositifs sociaux évoqués précédemment, et faciliterait la prise en charge des bénéficiaires par les associations caritatives et les collectivités locales. (...)

Concernant le logement, il faudrait renforcer le programme « Habiter mieux », encourager la réhabilitation du parc privé, y compris locatif, reprendre l'effort en matière d'éco-prêt à taux zéro (PTZ) et de logement social. Certains évoquent par ailleurs la limitation, par étapes, de la possibilité de location des logements non performants au plan thermique, ce qui contraindrait les bailleurs à réaliser des travaux d'isolation.

Parmi les orientations actuelles, il faut souligner les actions entreprises dans le cadre du Plan européen pour la Relance économique dont l'une des mesures concerne l'amélioration de l'efficacité énergétique dans les bâtiments. Le FEDER mène un programme d'envergure dans ce cadre. Au 31 mars 2011, 50000 ménages à revenu modeste ont bénéficié d'un soutien pour la rénovation thermique du logement. La baisse des dépenses de chauffage pour les ménages bénéficiaires est estimée de l'ordre de 40%. Ce résultat montre que la lutte contre la précarité constitue une opportunité majeure d'amélioration de l'efficacité énergétique et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Dans ce sens, notre pays pourrait s'inspirer du Green Deal qui est en train d'être développé au Royaume-Uni : la rénovation thermique des logements y est encouragée par un système pay-as-you-save ; le coût des mesures d'efficacité énergétique est remboursé via l'énergie non consommée.

Quant à la tarification énergétique, on pourrait la la rendre plus juste et équitable. Le mouvement ATD Quart Monde demande que soient mis en place des systèmes de tarification progressive permettant ainsi de limiter les coûts fixes pour les ménages aux revenus modestes et de distinguer la consommation de base et la consommation supplémentaire. (...)La facture serait progressive dès le premier kWh consommé, et les tarifs évolueraient en fonction d'objectifs environnementaux et de sécurité du système électrique. Ce dispositif pourrait ainsi inciter les Français à décaler/effacer leur consommation aux périodes les plus sensibles.

Une chose est sûre: les tarifs de demain devront à la fois couvrir les coûts réels (prolongation, sécurisation et démantèlement du nucléaire,...) et les priorités politiques (développement des renouvelables, effacements de consommation, précarité énergétique...).

(*) Voir "Plaidoyer pour un bouclier énergétique européen", de Michel Derdevet et Fabien Roques, dans La Tribune, 1er février 2011.
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3 commentaire(s)
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Commentaire par carlino
mercredi 01 février 2012 14:41
Que faire ? aider à économiser et consommer moins ...et surtout pas d'éolien et photovoltaïque industriels dont l'électricité vendu a prix d'or EDF .
le surcoût de ces deux fausses et trés perverses ENR pourrait être remplacé par une taxe équivalente pour aider les gens à isoler , faire de la géothermie , mettre du solaire avec un systéme de stockage etc ...et diminuer fortement leur consommation d'électricité , de gaz et fioul.. ça serait beaucoup plus sain et constructif !!!! Là on serait réellement efficace pour réduire nos émissions de CO2 et besoins électriques .
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Commentaire par Gépé001
jeudi 02 février 2012 08:16
Voici ma solution:une taxe sur l'énergie pour financer les prestations contributives(chomage,retraites) avec une allocation universelle dont le montant serait récupéré sur les tranches d'imposition de l'IRPP.Vous n'êtes pas obligés de me croire!L'énergie sera plus chère,mais c'est un devoir de solidarité!
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Commentaire par un physicien
jeudi 02 février 2012 09:28
Prendre un peu de recul, au delà du traitement symptomatique.
Le problème de base est de re-répartir le travail des grandes métropoles vers les petites villes. On sait délocaliser des services entiers au Maghreb ou aux Philippines, on devrait pouvoir le faire en province. (le télétravail individuel est trop désocialisant). On pourrait alors bâtir à prix raisonnable des logements collectifs bbc de qualité, où il ferait bon vivre.
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