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Auteur
Diplômé de l'Ecole Supérieure d'Electricité (Supélec), Nicolas Goldberg est consultant en Energie. Il est intervenu chez plusieurs acteurs majeurs du domaine de l'énergie,...

Payer plus cher son électricité quand on consomme beaucoup


vendredi 09 juillet 2010

Plusieurs pays rendent le kWh d'électricité plus cher si l'on consomme beaucoup. Ceci afin d'inciter à la réduction de la consommation. Faut-il le faire en France? Plusieurs conditions doivent être remplies si on veut éviter des effet pervers.


Le 28 juin 2010, la Commission Wallone pour l'Energie (CWaPE), l'équivalent de la CRE en France, a publié sur son site une proposition d'instauration de tarifs progressifs pour l'énergie en Belgique. Ce système, déjà en application au Japon et en Californie, a pour principe de faire payer plus cher le kwh d'électricité aux clients énergivores, pour les inciter à limiter leur consommation.

Le système préconisé est-il recommandable à la France ? Examinons de plus près les exemples étrangers.

Selon le World Business Council for Sustainable Development publié en avril 2009, «le prix unitaire au kWh facturé par les opérateurs est tel qu'il peut encourager un gaspillage étant donné qu'il existe des réductions pour les consommations importantes. Typiquement, le prix unitaire au kWh diminue lorsqu'on dépasse certain niveau de consommation.» Le rapport suggère donc d' « inverser la tendance » : si on consomme plus, on paye plus cher le kwh.

En Californie, première région à avoir accepté ce principe, le prix au kWh de l'électricité augmente avec la consommation totale. Des tranches de tarification ont été instaurées selon la consommation, quel que soit le fournisseur d'électricité, et les prix augmentent significativement quand on change de tranche.




















Selon la CwaPE belge, ce principe a ses limites : en effet, autoriser les fournisseurs à vendre plus cher leur énergie si leurs clients consomment plus pourrait les inciter à proposer des équipements énergivores dans leurs offres. Par ailleurs, cela pénaliserait les fournisseurs ayant choisi pour portefeuille de clients les petits consommateurs.
 
Autre point contextuel propre à la Belgique : la fourniture d'énergie est gérée de manière fédérale et réformer les prix introduiraient donc des disparités entre les régions.

Afin de surmonter ces obstacles, la CWaPE a proposé d'établir une tarification progressive uniquement sur la part d'acheminement de l'électricité, et pas sur le prix de l'énergie elle-même ou sur les taxes. En effet, le réseau étant neutre et géré à l'échelle de l'Etat, proposer une tarification progressive uniquement sur la part d'acheminement de l'énergie permettrait de sensibiliser les clients finaux à la sobriété énergétique sans intégrer de disparités géographiques dans les tarifs et sans contraindre les fournisseurs à modifier leurs offres. De plus, comme le montre le graphique suivant, la part d'acheminement ne représente qu'un tiers de la facture totale et le client ne verra donc pas sa facture trop augmenter lors du passage à la nouvelle tarification.            































Seul un point est à regretter dans cette proposition : le gaz ne serait pas concerné par la réforme. En effet, modifier la tarification du gaz pourrait entraîner un transfert d'usage vers le chauffage au fioul et donc augmenter l'empreinte carbone du consommateur. Ce raisonnement pouvant aussi se faire pour les clients utilisant un chauffage électrique qui pourront finalement opter pour un chauffage au gaz, la CWaPE a préconisé dans son rapport la mise en place d'aides pour des moyens de chauffages électriques performant afin d'éviter les transferts d'usages et garder la compétitivité l'électricité. L'environnement et le distributeur d'électricité resteront donc bien les deux gagnants de cette réforme.

Une nouvelle source de revenus pour financer les grands projets du distributeur d'électricité ?
Outre l'incitation du client final à maîtriser sa consommation, la réforme proposée par la CWaPE permettrait au distributeur d'électricité d'avoir une nouvelle source de revenus plus juste. En pénalisant les consommateurs énergivores et en ajustant les factures des clients qui consomment moins (qui sont souvent les plus démunis), le distributeur national pourrait bénéficier d'un nouveau levier pour financer ses projets. En France, le projet de smart-metering Linky est chiffré à 4 milliards d'euros, à une période où plusieurs chantiers doivent être menés de front pour rénover le réseau. Dans un contexte de besoin de financement du distributeur ERDF, filiale à 100% d'EDF, s'inspirer de la démarche belge pourrait être une piste à creuser pour le régulateur français.

3 commentaire(s)
[1]
Commentaire par g.jacquin
vendredi 09 juillet 2010 09:59
... Assez d'accord !

Si on consomme beaucoup d'électricité alors, le KWh + cher !
Si on boit beaucoup d'eau, alors le litre d'eau + cher !
Si on parcourt beaucoup de Km, alors le litre d'essence + cher !
Si on est obese, alors la visite medicale + chere !
Si on a le cancer, alors le medicament + cher
....
Si on est très con, alors l'asile + cher !
[2]
Commentaire par Energie Man
vendredi 09 juillet 2010 11:04
Une fois que j'aurai éteint mon poste de TV (exit le voyant lumineux qui consomme de l'électricité pour rien) que me restera-t-il à faire pour diminuer ma consommation électrique ? Peut-être proclamer l'extinction des feux à 20h.. En attendant pour payer mon électricité moins cher, je compare les offres des fournisseurs d'énergie :-)
[3]
Commentaire par Possum
mardi 13 juillet 2010 17:20
@g.jacquin : c'est du second degré ? Sinon je vois mal la comparaison possible entre un obèse et un consommateur d'électricité si ce n'est une logique du genre "chacun pour soit .... je paye trop d'impôts à cause des gros, des moches, des bêtes "
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