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Le charbon, future première source d'énergie mondiale


vendredi 26 juillet 2013

Le début de XXIème siècle a été marqué par une tendance inattendue : la hausse spectaculaire de la consommation mondiale de charbon, entraînée notamment par la Chine.


Voir le texte complet sur le site "Energies et environnement" de SIA-Partners. Un article de Charlotte de Lorgeril et C.Jeancolas 

Représentant 28% de l'énergie primaire, le charbon est aujourd'hui la deuxième source d'énergie au monde et la première pour l'électricité. Loin d'être une énergie du passé, elle est en passe de devenir la première source d'énergie mondiale d'ici 5 à 10 ans d'après un rapport de l'AIE publié fin 2012 (Medium Term Coal Market Report).

Note de la Rédaction : voir à ce sujet le graphique interactif de National Georgraphic sur les mix électrique dans les grandes régions du monde.

Depuis le début des années 2000, le charbon est l'énergie fossile qui a connu la plus forte hausse. Sa consommation mondiale a augmenté de 64% contre 40% pour le gaz et 11% pour le pétrole. D'après l'AIE, si ces trois énergies suivent la tendance actuelle, le charbon talonnera la demande en pétrole en 2017.




















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Cette dynamique est principalement portée par la zone asiatique, et plus particulièrement la Chine, dont le développement économique a généré les trois quarts de la hausse de la demande de charbon l'an dernier. Cependant l'attrait du charbon ne se limite pas à cette zone. Au contraire, l'AIE s'attend à ce que la demande en charbon augmente dans toutes les régions du monde à l'exception des Etats-Unis lancés dans l'exploitation massive du gaz de schiste. Ainsi le charbon, après une année 2012 particulièrement favorable, est susceptible de connaître une nouvelle expansion en Europe.

2012, une année faste pour le charbon en Europe et en France

Dans les principaux pays européens, le charbon a connu une progression spectaculaire au cours de l'année 2012. L'Allemagne, qui produit déjà 48% de son électricité à partir de charbon et de lignite, a vu cette filière croître de plus de 5% en un an. En Espagne, le gestionnaire de réseau REE a fait état d'une hausse de la production électrique à partir de charbon de 25% entre 2011 et 2012. En France, cette augmentation dépasse les 35%1 tandis qu'au Royaume-Uni, le charbon est devenu l'an passé la première source de production électrique suite à une hausse de 43%.

Ce regain d'intérêt pour le charbon en Europe s'explique en partie par l'essor du gaz de schiste outre-Atlantique. En effet, son exploitation massive a causé l'effondrement des prix du gaz aux Etats-Unis, poussant ces derniers à exporter leur charbon en grande quantité. En conséquence, le prix européen de la tonne de charbon est passé de 135 dollars en mai 2012 à 87 dollars aujourd'hui.

Le charbon jouit donc en Europe d'une conjoncture économique extrêmement favorable. Mais en ce début d'année 2013, le parc thermique au charbon européen, et notamment français, est particulièrement impacté par la réglementation européenne en matière d'environnement. En effet, la directive sur les Grandes Installations de Combustion (GIC) impose des valeurs limites pour les émissions de dioxyde de soufre, d'oxydes d'azote et de particules fines. Concrètement la directive offre deux possibilités aux centrales au charbon :

* Le fonctionnement au-delà de 2015 en respectant les valeurs limites d'émissions ;
* Le fonctionnement en dérogation jusqu'à fin 2015 pour les autres centrales.

En France, les centrales datant d'avant 1975 ne respectent pas les valeurs limites d'émissions et seront donc contraintes de fermer d'ici 2015. EDF et E.ON, les deux exploitants de centrales au charbon en France, ont ainsi programmé le déclassement progressif de leurs tranches les plus vieilles. Ce début d'année 2013 a connu les premières vagues de fermeture avec la mise hors service de quatre tranches pour une puissance totale de 1 330 MW.

(...) Toutefois la directive GIC ne sonne pas le glas des centrales au charbon en France et en Europe.

Des investissements et des projets à l'étude

En France, la conjoncture économique favorable laisse présager une pérennisation voire une expansion du parc charbon comme en attestent les investissements décidés par EDF pour la quatrième tranche de la centrale du Havre2 et la centrale de Cordemais3. En effet, dans le but de les prolonger jusqu'en 2035, EDF investit respectivement 160 millions et 300 millions d'euros dans ces deux centrales. E.ON a quant à lui, dès 2007, mis aux normes ses tranches Provence 5 et Emile Huchet 6 en vue de les prolonger au-delà de 20254.

En plus d'investir dans la modernisation de l'existant, EDF en collaboration avec Alstom a démarré des tests de captage de CO2 dans leur démonstrateur situé sur l'unité 4 de la centrale thermique au charbon d'EDF au Havre. La première tonne de CO2 a été captée le jeudi 11 juillet 2013. Le projet global qui a nécessité un investissement de 22 millions d'euros, est financé à 25% par l'ADEME.

Enfin, l'énergéticien français réfléchit également à un projet de centrale à haut rendement dite supercritique. Le 25 juin, la directrice de la centrale du Havre a confirmé l'existence de ce projet et a ajouté que le site du Havre était clairement identifié pour accueillir une tranche de charbon supercritique5.

Ainsi la directive européenne apparaît comme une opportunité pour les énergéticiens d'investir dans la modernisation du parc de charbon actuel et dans l'émergence d'une nouvelle génération de centrales au charbon supercritiques. En tout état de cause, la filière charbon, permettant une plus grande flexibilité et une meilleure sécurité d'approvisionnement du parc de production français, conserve une importance stratégique particulière aux yeux des énergéticiens. La France tend donc à s'inscrire dans la dynamique mondiale de croissance du recours au charbon.

C.de Lorgeril, C. Jeancolas

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5 commentaire(s)
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Commentaire par Gépé001
samedi 27 juillet 2013 07:19
Essayons de faire du méthane avec du charbon.
[2]
Commentaire par l eclopee
mardi 30 juillet 2013 20:06
Le charbon ? On l'a abandonné à cause de la pollution et dégradation de la couche d'ozone
[3]
Commentaire par Gépé001
mercredi 31 juillet 2013 08:15
C'est le charbon et plus particulièrement le lignite qui fait la fortune de l'Allemagne.Il faut faire la distinction entre énergie produite et énergie importée!
[4]
Commentaire par Marie
mercredi 31 juillet 2013 11:54
Enfin un article intéressant qui ose parler du charbon. La question n?est pas de savoir si le charbon remplacera cette énergie chez nous mais plutôt de considérer enfin qu?elle puisse avoir une véritable place dans notre mix énergétique. C'est bien le message de l'article !
[5]
Commentaire par Monnier
vendredi 02 août 2013 18:46
Facile de dépasser le pétrole, qui aura amorcé le déclin de son niveau de production, le brut et tous les succédanés. -- Mais le charbon aussi va connaître un maximum de production, d'ici 20 ans. -- - http://energeia.voila.net/fossile/charbon_declin.htm - -- Question études, les gens de l'AIE en sont restés à un niveau très élémentaire : celui de la ligne droite pour prolonger le passé. -- La connaissance de la courbe de Gauss demande des études plus poussées.
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