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Auteur
Boris Le Ngoc est Responsable Développement SFEN (Société Française d'Energie Nucléaire).

La baisse du pétrole : une fausse bonne nouvelle


mercredi 07 janvier 2015

La chute du prix du baril de pétrole risque, si elle se prolonge, de relancer la consommation. Avec des risques pour la qualité de l'air, les émissions de CO2 et le développement des mobilités alternatives.


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La baisse des prix du pétrole est une bouffée d'oxygène pour l'économie française. Ce contre-choc (que personne n'avait vu venir) devrait contribuer à relancer la croissance en facilitant la consommation de pétrole. L'économie respire enfin ! Pas si simple...

Un bol d'air avant l'asphyxie ? Si cette tendance s'installait, elle pourrait entraîner la hausse des émissions de CO2 et avec elle l'aggravation d'une situation climatique et sanitaire déjà critique. Deuxième effet, la baisse des prix du pétrole pourrait empêcher le renouvellement du parc automobile par des véhicules non émetteurs de CO2 : les voitures électriques.

Pour éviter l'asphyxie, l'idée fait son chemin du côté de l'Elysée d'instaurer un prix du carbone lors de la prochaine conférence climatique, COP21.
 
L'impact de la pollution de l'air sur la santé

Paradoxe ou « schizophrénie », les émissions de CO2 n'ont cessé de croître depuis que le diagnostic du changement climatique a été établi et le protocole de Kyoto ratifié. Les énergies fossiles (charbon, gaz et pétrole) représentent 80 % du mix énergétique mondial, 74 % de celui de l'UE et moins de 50 % de celui de la France, en raison de l'importance de l'énergie nucléaire. Avec un prix du baril de plus en plus faible, le mouvement n'est pas prêt de s'inverser. 

Un prix du baril bon marché devrait entraîner une hausse de la consommation de pétrole et du même temps une augmentation des rejets de CO2. Les conséquences sont multiples : aggravation du risque climatique, dégradation de la qualité de l'air, et surtout multiplication des risques pour la santé.
Selon l'Organisation mondiale de la santé, la pollution atmosphérique entraînerait chaque année le décès prématuré de 7 millions de personnes. Comme le montre la multiplication des pics de pollution en France, la pollution de l'air est devenue le principal risque environnemental pour la santé. En décembre 2013, les rues de Paris étaient aussi polluées qu'une pièce de 20 mètres carrés occupée par huit fumeurs.

Le développement des voitures électriques menacé ? 

Le développement des voitures électriques pourrait être la première victime de la baisse des prix du baril. La part de marché du véhicule électrique est actuellement inférieure à 1 % dans le monde. Alors que l'attractivité des véhicules traditionnels se renforce à mesure que les prix du pétrole diminuent, celle des voitures électriques, elle, est mise en danger.

Si elle perdure, la baisse pourrait notamment changer l'équation de rentabilité des gestionnaires de flottes d'entreprise (importants acquéreurs de véhicules électriques), alors que le marché de l'utilitaire électrique s'est déjà replié de 13 % en 2014.
 
Le prix du carbone : de l'utopie à la nécessité

Serpent de mer pour certains, utopie pour d'autres, l'idée d'instaurer un prix du carbone revient souvent. En début de semaine, François Hollande a affirmé que l'instauration d'un prix du carbone serait l'un des critères pour juger de la réussite de la conférence climatique.
Face aux chocs et contre-chocs énergétiques, l'instauration d'une tarification internationale du carbone pourrait être un moyen efficace pour faire payer à chaque émetteur de CO2 le coût des dommages climatiques associés à ses rejets.

Instaurer un système pollueur-payeur à l'échelle de la planète pourrait porter un coup d'arrêt à l'augmentation des émissions de CO2 : rendez-vous est pris en décembre lors de la COP21.

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4 commentaire(s)
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Commentaire par papijo
mercredi 07 janvier 2015 15:01
Pour moi, une baisse du prix du pétrole va permettre aux plus pauvres de se chauffer et d'éviter de se retrouver "SDF", il y aura moins de morts de froid, la France importera moins de pétrole et se retrouvera un peu mieux placée au niveau des prix de l'énergie vis à vis des concurrents US ... donc je me réjouis ! Que certains voient là un danger (autre que la crainte que cela ne dure pas très longtemps !) m'interroge: les écolos sont-ils des gens seulement bizarres, ou bien des pervers qui ne se réjouissent que du malheur des autres ?
[2]
Commentaire par Gépé
jeudi 08 janvier 2015 08:46
Un prix bas de l'énergie entraine une augmentation du chomage. Il faut choisir.
[3]
Commentaire par Hervé
jeudi 08 janvier 2015 18:13
En fait beaucoup de spécialistes pensent que le pétrole n?augmentera pas guère plus. Le principe du marché (offre demande) conduit à des pointes de prix qui provoquent une crise économique. La crise réduit la demande et le prix baisse. L?économie repart jusque au Pic suivant? Ils appellent ça le plateau ondulant. La meilleure solution pour se sortir de ce phénomène serait que les pays producteurs cessent de laisser les marchés fixer les prix, et adoptent une stratégie de vente à prix fixes soutenus (par ex 110$) avec une hausse programmée long terme de manière à laisser l?économie s?adapter.
[4]
Commentaire par 430 milliards par réacteur
lundi 19 janvier 2015 22:08
Boris Le Ngoc fait semblant de s inquiéter pour les voitures électriques, lors que sa vraie crainte (celle de son employeur en fait) est l impact sur la vente des centrales nucléaires. Avec un kWh déjà 2 fois plus cher que l éolien et plus cher que le solaire, si le pétrole s y met aussi, alors, ils n arriveront plus du tout à en vendre ! ce sera foutu pour eux plus vite que prévu !
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