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Le retour du charbon en Allemagne : un mythe français


jeudi 12 février 2015

On entend souvent dire en France que la transition énergétique allemande se paye par un retour en force du charbon. Est-ce vrai ? L'abandon du nucléaire est-il coupable ? La situation vue depuis l'Allemagne.


Un article de Déborah Berlioz dans ParisBerlin, magazine franco-allemand

"Quand l'Allemagne retourne au charbon", "L'Allemagne coincée dans la soute à charbon"... Autant de titres que l'on retrouve fréquemment dans la presse française. On y souligne que pour pallier la fermeture immédiate de huit réacteurs nucléaires en 2011, l'Allemagne a dû accroître la production de ses 130 centrales à charbon.

Comment voit-on la situation en Allemagne ? Il est vrai que la transition énergétique qui prévoit la sortie du nucléaire d'ici 2022, ne dit rien d'un abandon du charbon. Sa part dans la production électrique est donc restée relativement stable depuis les années 2000. Elle a un peu diminué, en passant de 49 % en 2003 à 44 % en 2012. Toutefois, la courbe est repartie vers le haut en 2013, le charbon repassant à 45,5 %.

La sortie du nucléaire : non-coupable

Pour Daniela Setton, de l'association environnementale BUND, l'abandon du nucléaire n'est pas coupable de cette évolution : "Les énergies renouvelables ont largement compensé la baisse de l'atome." Alors que la part de l'énergie atomique est passée de 27% en 2003 à 15% en 2013, celle des énergies propres a fait un bon de 8% à 25% sur le même laps de temps.

Pourquoi donc cette hausse du charbon? Parce qu'il grignote les parts de marché du gaz. "La raison est purement économique, explique Daniela Setton. Ces dernières années, le prix du charbon a baissé alors que celui du gaz a augmenté. De plus, le prix de la tonne de CO2 sur le marché du carbone européen est en chute libre. Les centrales à charbon sont donc plus rentables que celles à gaz." Si le gaz fournissait 12,1 % de l'électricité allemande en 2012, cette part est passée à 10,5 en 2013. De plus, "il ne faut pas oublier que l'Allemagne est toujours exportatrice nette d'électricité. Elle a vendu 21 térawattheure à l'étranger sur les neuf premiers mois de 2014. C'est énorme comparé à la France qui n'en a exporté que 12", rappelle Lutz Mez, professeur au centre de recherches sur la politique environnementale de Berlin. Et cela va contre l'idée souvent répandue en France que la sortie du nucléaire a mis en péril l'approvisionnement énergétique allemand.

Les émissions de CO2 crèvent le plafond

En même temps, la tendance à la hausse du charbon semble s'atténuer. "Sa part dans la production électrique n'était que de 42% (estimation) sur les trois premiers trimestres de 2014", souligne le professeur. Mais cela reste élevé. Résultat : l'Allemagne risque d'échouer à baisser ses émissions de CO2 de 40% d'ici 2020, par rapport à 1990. Elle a rejeté 951 millions de tonnes de gaz à effet de serre en 2013, contre 940 en 2012.

Le 3 décembre dernier, le gouvernement a annoncé la mise en place d'un plan d'action pour le climat, visant à réduire ces émissions polluantes. L'effort principal portera sur des mesures d'efficacité énergétique. Mais les centrales à charbon seront aussi mises à contribution et devront réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 22 millions de tonnes d'ici 2020. "Cela ne diminuera pas forcément la part du charbon dans le mix énergétique", explique Lutz Mez. "Cela signifie simplement que les nouvelles centrales plus efficientes devront davantage fonctionner que les vieilles." Et on construit toujours des centrales à charbon en Allemagne.

Ce plan est jugé insuffisant par les écologistes et les associations environnementales. Hubert Weiger, le président de la BUND l'a qualifié de "fromage suisse plein de trous et de vides". Selon lui, l'objectif de 22 millions de tonnes aurait dû être multiplié par trois. "Cet effort aurait été rendu possible grâce à une loi préparant la sortie du charbon. Cela n'a pas été fait, c'est décevant", a-t-il déclaré.

Photo aérienne Walter Rademacher / Wikipedia.
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13 commentaire(s)
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Commentaire par Hervé
jeudi 12 février 2015 20:13
Donc pour résumer, malgré ce qu'essaye de dire l'auteur, le charbon a bien progressé, ce n'est pas un mythe! La première raison n'est ni le nucléaire, ni les ENR ni le prix du gaz. Bien voir que l'industrie du charbon en Allemagne c'est un peu comme l'industrie du nucléaire en France. C'est un moyen de production qui cumule trois avantages: Production fiable et garantie, production locale, emplois sur place. Pour ces trois raisons, l'Allemagne n'est pas prête d'abandonner le charbon et ce quelque soit la progression des ENR... Pour avoir un changement, il faudrait une alternative technico-économique viable équivalente. Mais elle n'existe pas. Quant à l'écologie, tout le monde s'en fout, à commencer par les élus écolos eux même...
[2]
Commentaire par Gépé
vendredi 13 février 2015 08:10
Hervé a raison. La solution consisterait à mettre une taxe sur l'énergie nucléaire pour profiter de la rente nucléaire.
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Commentaire par Gépé
vendredi 13 février 2015 10:42
La solution au problème concernant la relation entre l'énergie et l'économie se trouve dans deux livres, changer le monde de Jean-Marc Jancovici et déchiffrer l'énergie de Benjamin Dessus.
[4]
Commentaire par Gépé
vendredi 13 février 2015 10:44
suite: et est résumée dans la note n°6 du conseil d'analyse économique du Premier ministre, page 12.
[5]
Commentaire par Gépé
vendredi 13 février 2015 10:54
Les deux auteurs que je cite n'ont pas la même conception concernant le nucléaire; cette taxe sur le nucléaire permettrait de les mettre d'accord.
[6]
Commentaire par Monnier
vendredi 13 février 2015 15:39
Un fait peu connu et dont on ne parle surtout pas en France, c'est que la production d'électricité à base de charbon est passée de 108 TWh à 143 TWh (+32%) entre 2011 et 2012, en GRANDE-BRETAGNE. Dans le même temps, celle à base de gaz est passée de 146 TWh à 100 TWh. // En Allemagne, pour le charbon + lignite, l'augmentation a été moindre, +7,5% en trois ans, passant de 263 TWh à 283 TWh entre 2010 et 2013, pour revenir à 266 TWh en 2014. // Lire ici => http://energeia.voila.net/electri2/allemagne_nucle_charbon.htm // De la même façon, le charbon a remplacé le gaz. Simple utilisation du produit le moins cher des deux. // Mais les 43,7 TWh perdus par le nucléaire ont été remplacés par 52,6 TWh d'électricité renouvelable. // Il serait temps que certains en France ouvrent les yeux sur la réalité et se libèrent de 40 ans de propagande nucléaire.
[7]
Commentaire par Roberton
dimanche 15 février 2015 19:32
Monnier Si vous voulez que les Français fassent un jugement serein. Vous oubliez beaucoup de données sur l´énergie Allemande. Em premier lieu comparons ce que font nos voisins. Le parc allemand de production d´électricité renouvelable PV et éolien c´est en 2012, 60 GW pour 75 TWh de production, le nuc Français 63 GW pour 410 TWh de production. Ainsi la moitié de la puissance installée fournit Outre-Rhin 1/7 de la production; en France les 3/4... La différence s´explique par l´intermittence: les capacités de production renouvelable fonctionnent 1200 heures par an pendant que les capacités nucléaires tournent à plein régime, 6500 heures par an. Pour assurer l´alimentation du réseau en continu afin de répondre à la courbe de demande il faut mettre en place des capacités de production classiques, à base de combustibles compensant les périodes creuses de production des énergies intermittentes. C´est la production par les centrales au charbon (66 millions de tonnes de charbon venant des USA), ou au lignite épouvantablement polluant; ou au gaz naturel importé en grande part de Russie créateur de dangereuse dépendance. Et le coût de l´occupation de l´espace foncier, 4000 kilomètres de lignes électriques à haute tension pour équilibrer les productions sur le territoire; des milliers de kilomètres carrés mobilisés par les panneaux et les mâts.
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Commentaire par roberton
dimanche 15 février 2015 19:33
Durant la dernière tempête en Allemagne, fin 2013, la production éolienne est passée de 500MWh à 27000MWh, multiplier la quantité d´énergie par 54 en 24h devient ingérable sur le réseau. Pour remplacer le nuc Français par des renouvelables il faut investir au moins 100 milliards (éolien et photovoltaïque) + 50 milliards de thermoélectriques à gaz ou charbon dû à l´intermittence et acheter en plus tous les ans 20 milliards en énergies fossiles, bonjour les impôts et le doublement ou plus de la facture de l´énergie électrique. Le kWh nucléaire est au minimum 50 fois moins cher que celui des fossiles en importation. (900 Millions d?euros en uranium pour plus de 60 milliards des fossiles). Donc les 55 milliards pour mettre à niveau les centrales ne sont rien en comparaison avec l´augmentation des importations dû aux renouvelables. Exemple, l´Espagne a 20.000MW d?éolien et a dû installer 15.000MW au gaz et grâce à cela importe pour 6 milliards d?euros de gaz pour compenser l´intermittence, résultat fin des subventions dans les renouvelables. Le Japon importe presque tous ses combustibles fossiles. En raison de l'utilisation accrue de combustibles fossiles et de la hausse des prix internationaux du pétrole au cours des dernières années, le Japon a dépensé 60% de plus pour les importations de combustibles fossiles en 2013 par rapport à 2010, une augmentation de 270 milliards de dollars sur trois ans. Cela a inversé l'excédent commercial du Japon et a créé un creusement du déficit co
[9]
Commentaire par roberton
dimanche 15 février 2015 19:34
Cela a inversé l'excédent commercial du Japon et a créé un creusement du déficit commercial. Les électriciens ont transférés une partie du coût élevé de la production d'électricité pour les consommateurs, et les prix ont augmenté d'au moins 20%. Retour au nucléaire. Le Danemark exporte quand il y a du vent son surplus pour les STEP de la Norvège à un prix dérisoire et le rachète au prix fort durant les périodes sans vent. Le Danemark subventionne l´électricité de la Norvège. Fin des investissements. Au XIX siècle les moulins à vent ont été remplacés par la machine à vapeur pour éliminer l´intermittence, aujourd?hui nous y revenons, les leçons de l´histoire ne servent à rien. http://peakoil.com/alternative-energy/japan-plans-to-restart-some-nuclear-plants-in-2015
[10]
Commentaire par Hervé
mardi 17 février 2015 18:24
Oui, ouvrons les yeux Mounnier: Ou sont les réserves de Charbon Françaises capable de soutenir l'équivalent du Mix allemand ?. Parceque la bas, c?est pas l?éolien et le PV (2.5% de leur mix total) qui font tourner l?Allemagne .
[11]
Commentaire par perlybird
lundi 02 mars 2015 12:45
Les energies renouvelables representent plus de 25% du mix de l'électricité en Allemagne: http://de.wikipedia.org/wiki/Datei:Energiemix_Deutschland.svg
[12]
Commentaire par perlybird
lundi 02 mars 2015 12:57
Pour la production de l'électricité en Allemagne en 2014, les renouvelables ont dépassé la lignite (braunkohle): http://de.wikipedia.org/wiki/Datei:Energiemix_Deutschland.svg
[13]
Commentaire par Tom
samedi 25 février 2017 19:19
La prod allemande par charbon ne cesse de diminuer, la courbe : Jetez un coup d'?il au Tweet de @PaulNeau : https://twitter.com/PaulNeau/status/825260792031375361?s=09
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