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La Chine face à la marée noire de Bohai


vendredi 16 septembre 2011

Débutée à la fin du printemps, la marée noire dans le Golfe de Bohai a noirci de nombreuses plages de la ville portuaire de Qingdao. Les autorités chinoises ont finalement entrepris d'inspecter les installations pétrolières.


Un article de Guillaume Duhamel,

Sorte de « mini-Deepwater Horizon chinois », la marée noire dans le Golfe de Bohai a finalement convaincu les décideurs de tout remettre à plat.
 
Comme très souvent lorsqu'il s'agit d'une catastrophe qui se déroule dans l'Empire du Milieu, les autorités ont d'abord verrouillé la communication.


Les informations ont été dévoilées au compte-gouttes, vu certains précédents fâcheux il y a matière à penser que les chiffres annoncés sont inférieurs à la réalité mais Pékin a tout de même fini par prendre ses responsabilités en ordonnant dimanche des inspections approfondies de toutes les installations pétrolières établies dans les eaux territoriales chinoises.
Les examens doivent s'achever le 10 novembre prochain et les rapports seront ensuite étudiés par les autorités compétentes, a indiqué l'Administration publique de la sécurité du travail sur son site Internet.

Cette décision historique, qui ne fera l'objet d'aucune dérogation et s'applique aussi bien aux plate-formes fixes qu'aux unités mobiles, en plus de concerner les sites de production, de stockage et de transport basés sur la terre ferme, fait suite à une marée noire  qui l'est tout autant. Débutée à la fin du printemps au nord-est de la Chine, évoquée à plusieurs reprises dans ces colonnes mais curieusement assez peu médiatisée, elle serait même la plus importante de l'histoire du pays.

D'importantes quantités d'hydrocarbures se sont déjà échappées d'une plate-forme du pétrolier américain ConocoPhillips, détenu à 51 % par l'entreprise d'État chinoise China National Offshore Oil Corporation (CNOOC), et on ignore encore si la situation est désormais sous contrôle... La structure appartient de surcroît au champ Penglai 19-3, situé à quarante-trois miles marins (environ quatre-vingt kilomètres) des côtes, une distance qui compromet la fiabilité des estimations. La direction de ConocoPhillips a cependant fait état d'un déversement d'hydrocarbures dans le Pacifique équivalant à trois mille deux cents barils (cinq cent douze mètres cube), dont sept cents de brut et deux mille cinq cents de boues de forage. Assez pour causer de graves dommages à l'écosystème marin et souiller les plages de la ville portuaire de Qingdao ainsi que cinq mille cinq cents kilomètres carrés dans la mer de Bohai, soit 7 % de sa superficie totale.


ConocoPhillips dans l'oeil du cyclone

La pollution serait aux dires des responsables de ConocoPhillips due à la situation du champ précité, sur une faille sismique, laquelle se serait ouverte de façon inattendue. Un événement qu'ils ont qualifié d'« extrêmement rare » et d'imprévisible sans toutefois parvenir à convaincre, d'abord parce qu'ils ont mis plus de trois semaines à officialiser la fuite avant d'annoncer avoir réussi à la colmater et avoir nettoyé les dégâts, ce qui était un (gros) mensonge, ensuite parce que les experts attribuent de leur côté l'accident à des négligences en amont. Mal préparés, les forages auraient ainsi altéré dangereusement la stabilité des strates géologiques.

À l'instar de BP l'an passé, l'entreprise, poursuivie en justice par l'Administration nationale des océans et qui pourrait aussi être prochainement attaquée par des ONG locales, a évoqué la création d'un fonds d'indemnisation. Reste à savoir quand il serait institué, par quels canaux il serait alimenté et surtout quels sont les dédommagements envisagés.

Assez lents à réagir jusqu'ici, les pouvoirs publics semblent à présent avoir ConocoPhillips dans le collimateur. On compte sur eux pour qu'il ne lâche pas l'entreprise d'une semelle, ne serait-ce qu'à cause de sa gestion calamiteuse de la crise. Et accessoirement parce que de nombreuses familles d'aquaculteurs ont tout perdu...

Crédits photos : flickr / Massachusetts Department of Environmental Protection - Satbir Singh

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