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Ingénieur Supélec et diplômé d'un master d'affaire publique (Paris-1), Thibault Laconde est consultant et formateur spécialiste des questions énergétiques et climatiques...

COP21 : ce que révèlent les contributions nationales


mardi 13 octobre 2015

Près de 150 pays ont remis la semaine dernière leurs propositions pour lutter contre le changement climatique après 2020. L'analyse de ces contributions dessine un monde bien différent de celui qui existait lors de la signature du Protocole de Kyoto.


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Une étape importante dans la préparation de la conférence de Paris sur le Climat a été franchie la semaine dernière. Le 1er octobre, au plus tard, les 196 parties à la Convention Cadre des Nations unies sur le changement climatique devaient remettre leurs propositions pour lutter contre le réchauffement de la planète. Ces « contributions prévues déterminées au niveau national » (ou INDCs en anglais) préfigurent l'accord de Paris. Mais elles permettent aussi de révéler les mauvaises volontés, d'identifier les futurs gros émetteurs ou, à l'inverse, de distinguer les pays qui engagent de réels effort, bref elles dessinent une nouvelle géopolitique du climat.

Les récalcitrants

D'abord, même si la plupart des parties ont joué le jeu, il manque encore 49 contributions. Parmi les retardataires, une trentaine environ peuvent être raisonnablement excusés en raison de leur taille (Micronésie, Nue, Iles Cook...) ou de leur instabilité (Afghanistan, Somalie, Sud-Soudan, Syrie...).
Pour le reste une tendance apparait clairement. L'OPEP émerge comme un adversaire des négociations climatiques : parmi ses membres, seuls deux (l'Algérie et l'Equateur) ont remis des propositions. Tous les autres, dont notamment l'Arabie Saoudite, l'Iran, le Nigeria et le Venezuela, se sont abstenus. Ces résistances sont symptomatiques des limites du régime climatique qui vise à réglementer un sous-produit de la combustion d'énergies fossiles, le carbone, en en ignorant les étapes amonts et notamment la production d'hydrocarbures.

L'émergence de deux super-pollueurs

Les dix plus gros émetteurs de gaz à effet de serre ont tous remis leurs contributions. L'analyse de ces documents permet d'évaluer les niveaux d'émissions en 2030. Comme aujourd'hui, la Chine sera le premier pollueur mondial avec 14 milliards de tonnes équivalent-CO2 (1), suivie de l'Inde (9,2GTeqCO2) et des Etats-Unis (3,6GTeqCO2). L'Union Européenne arrive quatrième avec 2,9GTeqCO2. Si ce classement n'a rien d'étonnant, la surprise vient des écarts : dans 15 ans, la Chine et l'Inde combinées émettront deux fois plus de gaz à effet de serre que les 8 pays suivants !

Evidemment, ces chiffres s'expliquent en partie par la population de ces deux pays. Mais, même par habitant, la  croissance des émissions est spectaculaire : un Chinois devrait émettre en moyenne 10 tonnes équivalent-CO2, soit autant qu'un Américain, et un Indien 6TeqCO2 ce qui représente quand même une multiplication par 3 par rapport à 2010. A titre de comparaison les émissions d'un Français actuel sont de 6,8TeqCO2.

Il faut rappeler que l'Inde et la Chine n'ont, dans le cadre du Protocole de Kyoto, aucune obligation de contrôle de leurs émissions. Face à l'émergence prévisible de ces deux poids lourds du changement climatique, il est indispensable que la COP21 débouche sur des engagements de leur part - et les pays développés doivent être prêt à les y inciter.

De nouveaux modèles ?

Les contributions nationales font aussi apparaitre les pays qui s'engagent dans de réels efforts. Les Etats-membres de l'Union Européenne en font partie : en 2030, les émissions d'un Européen auront été pratiquement divisées par 2 depuis 1990 (5.7TeqCO2/hab.) et seront inférieures à celle d'un Indonésien (5.8TeqCO2/hab.). Enfin, et surtout, il faut saluer les engagements du Brésil. D'après son INDC, ses émissions par habitant devraient baisser de moitié entre 2010 et 2030 pour atteindre 2,6TeqCO2/hab. Ce niveau est de loin le plus bas parmi les pays analysés.

Ce serait une erreur de penser que les objectifs européens et brésiliens seront faciles à tenir. Ils demanderont de réels effort techniques et financiers et des changements de comportement. Mais s'ils se montrent à la hauteur de leurs propositions, l'Union Européenne et le Brésil pourraient devenir des modèles dans la lutte contre le changement climatique, la première en prouvant qu'une économie avancée peut rester prospère tout en se décarbonnant, le second en montrant la voie d'un développement sans émissions de gaz à effet de serre.
 
(1) Tous les chiffres utilisés dans cet article sont des calculs de l'auteur basé sur les INDC. Détails accessibles en ligne.

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