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Jean Bergougnoux, consultant, est président de l'association Equilibre des Energies. Jean Bergougnoux est président d'honneur de la SNCF, qu'il présida de 1994 à 1995,...

Rénovation de l'habitat : des opérations légères, pour beaucoup de monde


mercredi 04 janvier 2012

Une meilleure isolation du bâti existant est essentielle. Mais aux rénovations lourdes, chères et donc limitées en nombre, il faut préférer des opérations plus légères, bénéficiant à ceux qui vivent en situation de précarité énergétique.


Cette année encore, avec le Projet de loi de finances 2012 et la "table ronde" sur l'efficacité énergétique initiée par le Ministère du Développement durable, les pouvoirs publics tablent sur la rénovation lourde des bâtiments résidentiels et tertiaires pour réduire les consommations d'énergie du secteur.

Ces opérations peu nombreuses, coûteuses et peu rentables sont économiquement irréalistes, surtout en période de crise, et socialement inéquitables. Il devient urgent de revenir à des solutions plus pragmatiques et efficientes pour atteindre les objectifs du Grenelle de l'environnement !

Car si le logement neuf répond dès aujourd'hui aux objectifs posés, le bâti existant, lui, présente un véritable défi en matière d'amélioration de la performance énergétique.

Rappelons trois réalités économiques incontournables :

· les investissements d'économie d'énergie dans un logement présentent des "rendements décroissants" : à montant égal investi, plusieurs opérations légères présenteront une meilleure rentabilité énergétique qu'une rénovation lourde,

· les particuliers (ou gestionnaires d'immeubles) raisonnent souvent en temps de retour sur investissement, compte tenu des économies de facture énergétique escomptées et bien sûr des aides éventuelles de l'Etat. Or, la rénovation "lourde" d'un bâtiment existant, presque aussi chère que la construction d'un logement neuf, n'est souvent rentable qu'au bout de 30 ans : elle demande donc des aides de l'Etat plus importantes par kWh économisé pour déclencher l'investissement. De plus, la réussite de l'opération est souvent aléatoire, car la logistique est considérable et la coordination d'une multitude d'intervenants et de parties prenantes incertaine (propriétaires, bailleurs, locataires, autorités administratives...),

· enfin, 3,8 millions de ménages sont aujourd'hui en situation de précarité énergétique, dans des logements mal isolés et mal équipés. Alors qu'ils devraient être les premiers bénéficiaires des aides permettant la réalisation d'améliorations à fort impact sur leur facture énergétique, ils n'ont pas la capacité d'investissement nécessaire à une rénovation lourde.
 
Revoir la philosophie des politiques publiques

Ce constat pose ainsi la question de la bonne allocation des fonds publics. L'efficacité et l'équité incitent à privilégier des opérations de rénovation légères, valorisant au maximum l'euro investi et l'utilisation des fonds publics, à l'inverse donc des tendances actuelles ! Il s'agit là de bon sens et de solidarité sociale...
 
Cibler la rénovation légère d'un nombre important de logements, présente en effet un double avantage.

- D'une part, induire des investissements à temps de retour attractif pour les particuliers tout en optimisant l'utilisation des fonds publics.
- D'autre part, engendrer l'adhésion d'un plus grand nombre d'acteurs - particuliers ou professionnels - à sa mise en œuvre. Cela favorise ainsi une large prise de conscience des responsabilités de chacun en matière de maîtrise des consommations d'énergie, et donc de rénovations, nécessaires aux objectifs visés par le Grenelle de l'environnement.

La différence de recours entre le Crédit d'Impôt Développement Durable et l'Eco-prêt à taux zéro confirme cette analyse : tandis que le CIDD a permis les rénovations intermédiaires de plus de 6 millions de logements sur 6 ans, l'éco-prêt à taux zéro n'a financé la rénovation lourde que de 150 000 logements en 2 ans.
 
Certes, le groupe de travail "Ménages" de la Table ronde sur l'efficacité énergétique, qui poursuit ses travaux sous l'égide de Nathalie Kosciusko-Morizet, a pris conscience de ce dilemme. Il propose ainsi de "trouver un équilibre entre une aide massive à un petit nombre de logements pour réaliser des rénovations thermiques très ambitieuses, et des aides concernant un plus grand nombre de logements, mais ne permettant de réaliser que des rénovations thermiques d'ampleur et d'efficacité limitées".

Force est cependant de constater que les mesures préconisées jusqu'à présent privilégient essentiellement la rénovation lourde du bâti, alors que les logiques économique et sociale - surtout en période de forte contrainte budgétaire - militent fortement pour la seconde alternative !
 
Il devient donc urgent de revoir totalement la philosophie des politiques publiques en matière d'économies d'énergie, faute de quoi nous n'atteindrons pas les objectifs ambitieux du Grenelle de l'environnement.

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3 commentaire(s)
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Commentaire par Tilleul
jeudi 05 janvier 2012 11:31
Bonjour lobby. Les trois "réalités économiques" sont contredits par toutes les expériences concrètes réalisés sur la rénovation lourdes et la valeur verte... Les OPATb par exemple ont montré qu'on pouvait faire de la rénovation lourde pour moins chère que des opérations légères tout simplement parce que quand vous faites une rénovation lourde vous avez un batiment neuf et aux normes. Un ravalement de façade c'est une obligation légale, ça ne change pas grand chose aux couts d'isoler en même temps... Le gros problème de la France en matière de rénovation c'est plutot la formation du BTP et le code de l'urbanisme qui interdit bien souvent ce type d'opération. [br/]Cette proposition est particulièrement dangereuse puisqu'elle souhaite pérenniser l'état actuel de la France qui est de se consacrer sur la rénovation légère qui nous amène dans une impasse énergétique : faire de la rénovation légère exclut toute possibilité future de faire de la rénovation lourde et nous condamnera à vivre pendant très longtemps dans des passoires thermiques sans plus avoir aucune possibilité de diminuer nos gaspillages (ce qui ferait plaisir aux gens qui gagnent leur vie sur la consommation d'énergie, mais serait une catastrophe pour l'économie d'un pays en crise : on ne peut plus se permettre de jeter de l'argent par les fenêtres...). [br/]Explications completes (p18) [br/]http://www.negawatt.org/telechargement/Docs/Sidler%20Renovation%20final%201107.pdf
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Commentaire par Hervé
jeudi 05 janvier 2012 20:26
@L'auteur [br/][br/]Il serait intéressant de donner des exemples pour compléter votre propos. Les lecteurs ne savent pas forcement la différence entre les deux concepts: [br/][br/] [br/][br/]- Qu'est ce qu'une rénovation lourde? [br/][br/]- Qu'est ce qu'une rénovation légère? [br/][br/] [br/][br/]Souvent ces opérations forment un tout. Par exemple, changer les fenêtres sans isoler les murs ou installer une VMC peut conduire à un désastre (humidité, moisissures...). [br/][br/]La rénov c'est compliqué. Et comme le précise tilleul, la formation des acteurs du btp dans ce domaine... [br/][br/] [br/][br/]Cdlt,
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Commentaire par Pierre Nortis
lundi 18 février 2013 16:53
Tout a ait d'accord avec Hervé. Remplacer ses fenêtres, ce n'est pas juste remplacer ses fenêtres. Il y a plein de paramètre a prendre en compte ! Heureusement, sinon nos metiers seraient mort.
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Jean Bergougnoux, consultant, est président de l'association Equilibre des Energies. Jean Bergougnoux est président d'honneur de la SNCF, qu'il présida de 1994 à 1995,...

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