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Alain Jeanroy est Directeur général de la Conféderation générale des planteurs de betteraves. La CGB, fondée en 1921, regroupe 14 syndicats départementaux ou régionaux de producteurs de betteraves...

Plaidoyer pour le bioéthanol


lundi 20 juillet 2009

Le bioéthanol n'est pas contradictoire avec les besoins alimentaires et réduit nettement les émissions de CO2.De nouveaux chiffres incontestables publiés en septembre seront éclairants.


Alain Jeanroy est Président de la Confédération des Planteurs de Betteraves

Dans le contexte actuel d’urgence climatique, le bioéthanol présente le double intérêt d’être une énergie à la fois renouvelable et immédiatement disponible. Il constitue donc comme d’autres biocarburants une des rares solutions permettant concrètement de réduire dès aujourd’hui les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur des transports, fortement dépendant du pétrole.

Toutes les études officielles réalisées dans le monde ont en effet démontré les atouts environnementaux du bioéthanol par rapport à l’essence, qu’il s’agisse de la réduction nette du CO2 émis ou du bilan énergétique.

Fabriqué à partir de productions cultivées dans nos régions, le bioéthanol produit en France est une énergie renouvelable qui permet, selon la directive énergies renouvelables (CE/2009/28), de réduire les émissions nettes de CO2 de 60% par rapport à l’essence, pour une même distance parcourue, en prenant en compte l’ensemble des étapes de production, depuis le champ jusqu’à la station-service.

Par ailleurs, plusieurs études ont mis en évidence un rendement énergétique (énergie restituée / énergie non renouvelable mobilisée) des filières de production d’éthanol de blé et betterave supérieur à 2 en comparaison au rendement de la filière essence qui s’élève à 0,87.

L’ADEME, le Ministère de l’Environnement, le Ministère de l’Agriculture, France AgriMer et l’IFP ont commandé en 2008 une mise à jour des analyses de cycle de vie appliquées aux Biocarburants de première génération en France. Etablis à partir d’une méthodologie robuste et d’inventaires complets, ces résultats actualisés des bilans gaz à effet de serre et énergétique seront connus et publiés en septembre 2009.

Le bioéthanol contribue également sensiblement à améliorer la qualité de l’air : une étude menée par l’IFP (Institut Français du Pétrole) durant plusieurs mois sur une flotte de véhicules fonctionnant alternativement au superéthanol E85 et à l’essence ont montré que l’usage du bioéthanol conduit à une réduction substantielle des émissions de polluants à l’échappement. Comparé à l’essence, le bioéthanol offre en effet un gain de 60% en matière d’oxydes d’azote (NOx) et de 50% pour le monoxyde de carbone (CO). Il permet également une réduction significative des émissions de benzène et de 1.3 Butadiène.

Par ailleurs, les pratiques culturales, parfois mises en cause, sont elles en amélioration constante. A titre d’exemple, les quantités d’azote minéral apportés à la betterave sont passées depuis 1977 de 176 kg/ha à 95 kg/ha, soit une baisse de 44%. Pour en savoir plus consulter  Betterave sucrière : progrès technique et environnement

Depuis 1992, le respect des bonnes pratiques environnementales est d’ailleurs une priorité et, depuis 2003, il est une condition règlementaire à l’octroi de subventions agricoles européennes.

Dans le cadre du plan biocarburants mené depuis 2005, les acteurs de la filière française du bioéthanol ont investi plus d’un milliard d’euros dans la construction de 5 nouvelles usines de grande capacité. Ces outils modernes et performants permettent de créer ou maintenir plusieurs milliers d’emplois en zone rurale. Le développement de cette filière est donc également une bonne nouvelle pour notre économie nationale car elle créée de la richesse localement.

Convaincu de l’intérêt environnemental mais également économique du bioéthanol en termes d’indépendance énergétique, le Parlement et le Conseil des ministres de l’Union européenne ont adopté en décembre 2008 dans le cadre du paquet Energie Climat, la Directive Energies Renouvelables établissant à au moins 10% la part des énergies renouvelables dans le secteur des transports d’ici 2020. Cet objectif est assorti du respect de plusieurs critères de durabilité pour les biocarburants. Le dispositif vise à garantir que les biocarburants utilisés en Europe répondront à des critères environnementaux, sociaux et économiques, comme la protection de la biodiversité, de certains éco-systèmes ou une performance minimale en terme de réduction des émissions des gaz à effet de serre.

La France possède d’ores et déjà une capacité de production lui permettant de fournir tout le bioéthanol nécessaire à l’incorporation à l’essence de 7% PCI de cette énergie renouvelable, soit l’objectif fixé pour l’année 2010. La récente mise sur le marché du super SP95-E10 s’inscrit pleinement dans cet objectif.

A cette échéance, environ 9 millions d’hectolitres d’éthanol domestique seront produits et ce, en utilisant moins de 3% des terres actuellement cultivées en betteraves et en céréales. Il faut en outre rappeler que la fabrication d’éthanol s’accompagne de celle de coproduits (pulpes de betteraves et drèches de céréales). Ces co-produits sont intégralement utilisés en alimentation animale en substitution de céréales ou de matières protéagineuses (tourteaux de soja notamment). Les surfaces consacrées à la production de bioéthanol permettent ainsi d’alimenter deux débouchés différents et complémentaires.

Ainsi, le modèle raisonné de développement du bioéthanol français n’entre pas en concurrence avec les besoins alimentaires et n’entraîne pas d’impact environnemental de réaffectation des surfaces.

5 commentaire(s)
[1]
Commentaire par Olivier - ObjectifTerre
mardi 21 juillet 2009 02:45
Une étude multicritère du département Energie et Atmosphère de Stanford University a démontré qu'il n'y a pas pire que l'éthanol de première génration et de seconde génération (éthanol cellulosique) pour remplacer le pétrole dans les transports.

L'étude est disponible ici : http://www.stanford.edu/group/efmh/jacobson/revsolglobwarmairpol.htm

La moitié de la déforestation dans le monde ces dernières années est directement liée au développement des agrocarburants; [+ d'infos : http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gQy7VFLFs365aBNrduM-V_xSFP8A] et la déforestation émet chaque jour autant de CO2 que 20 000 vols Paris - New York [+ d'infos : http://www.eco-life.fr/la_deforestation_emet_chaque_jour_autant_de_co2_que_20_000_vols_paris_londres.php];

De plus, il faut énormément d'eau, d'engrais et de pesticides pour que les cultures énergétiques soient rentables; Selon l'ONU, il faut entre 1000 et 4000 litres d'eau douce pour obtenir un litre d'agrocarburant [+ d'infos : http://www.actu-environnement.com/ae/news/rapport_onu_eau_6927.php4]; Ajoutons que l'éthanol est plus polluant que l'essence [+ d'infos : http://www.enerzine.com/6/2454+L-ethanol-plus-polluant-que-l-essence+.html];

Enfin, sur un litre d'agrocarburant (ou d'essence) que vous achetez, seulement un cinquième de ce litre sera utilisé pour faire avancer votre voiture : l'efficacité d'un moteur thermique est de seulement 20% en cycle d'usage habituel.
[2]
Commentaire par Laurent Bisault
jeudi 23 juillet 2009 12:58
Difficile d'y croire (1)

En matière de lobbying, les organisations professionnelles agricoles ont peu de leçons à recevoir. A en croire le représentant des betteraviers français, sa culture favorite n’aurait que des qualités. Sucrer notre café bien sûr, mais aussi fournir de l’énergie sous la forme du bioéthanol dans le plus grand respect de l’environnement. Ces deux débouchés étant parfaitement compatibles. On aimerait tellement le croire…

La production des betteraves à des fins énergétiques est identique à celles réservées à l’alimentation. Seules les utilisations diffèrent. On ne peut toutefois pas faire les deux en même temps. Ou on cultive pour l’énergie, ou on le fait pour l’alimentation. La contradiction est évidente. Elle n’est certes pas de même nature que dans les pays du tiers monde, où le développement des agrocarburants a profondément déséquilibré les marchés alimentaires. A commencer par celui du maïs. Car il existe de la marge en France, qui permet de viser ces deux débouchés. C’est d’ailleurs la diminution des subventions de la politique agricole commune, et son corollaire la chute des exportations, qui a poussé les betteraviers français vers les agrocarburants. Développer la betterave énergétique n’est pas pour autant une bonne idée. Car elle ne répond pas aux besoins énergétiques qui sont les nôtres.
[3]
Commentaire par Laurent Bisault
jeudi 23 juillet 2009 12:59
Difficile d'y croire (2)

A choisir, il vaudrait mieux opter pour l’autre filière des agrocarburants. Celle qui élabore un succédané du gazole à partir des oléagineux. Les capacités de raffinage de l’industrie pétrolière française sont en effet insuffisantes pour satisfaire les besoins en gazole du marché automobile. Ce qui amène à en importer. La production nationale d’essence est au contraire excédentaire. Avec comme perspectives, un développement du parc automobile en diesel qui va accroître ce déséquilibre. Mais contrairement à la filière éthanol issue de la betterave et du blé, celle des huiles végétales a peu de marges de manoeuvre faute de terres disponibles. Sauf à abandonner ses débouchés alimentaires. Le danger de s’engager dans la filière éthanol française est donc grand. Parce qu’une fois les usines construites, il conviendra de les rentabiliser pendant des années.

Peut-on par ailleurs présenter la culture betteravière comme respectueuse de l’environnement ? Du point de vue de l’efficacité énergétique, seule la cane à sucre a fait ses preuves. Pour évaluer celle de la betterave, il convient d’effectuer un bilan global. C’est-à-dire d’inclure dans le calcul l’ensemble de l’énergie utilisée, notamment celle nécessaire aux engrais et aux pesticides. Ce que lobby de la betterave se garde bien de faire.

[4]
Commentaire par Laurent Bisault
jeudi 23 juillet 2009 13:00
Difficile d'y croire (3 der)
Autre argument à rejeter : celui des bonnes pratiques culturales. La betterave n’est certes pas la pire du point de vue des nitrates. Notamment parce que sa production est souvent associée à des cultures intermédiaires qui limitent les fuites vers les cours d’eau. Mais pour les pesticides, les betteraviers ne reculent pas devant la dépense. Avec une quinzaine de traitements par an, soit quatre fois plus que pour le blé. Ce sont surtout des herbicides, les produits qui partent le plus facilement vers les rivières. Et n’allez pas croire que les subventions de la Pac seraient liées au respect de l’environnement. Les seules contraintes imposées aux producteurs portent sur la création de bandes herbeuses le long des rivières. A l’efficacité pour le moins douteuse. Autre argument à refuser : la protection de la biodiversité. Car on serait bien en peine de trouver la moindre variété des cultures dans les zones betteravières.

Le bioéthanol créée de la richesse nous dit le lobby betteravier. Certes, mais pour qui ?
[5]
Commentaire par Paul
mercredi 05 août 2009 10:30
Il n'y a pas pire que l'extrémisme issu d'idées généreuses comme l'écologie (non scientifique) et autres idéologies politiques écrit Edgar Morin. Cet extrémisme ne cherche jamais à être objectif et emploie tous les moyens agressifs pour satisfaire son absolutisme.(exemple :le saccage de pompe super éthanol région parisienne)
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Alain Jeanroy est Directeur général de la Conféderation générale des planteurs de betteraves. La CGB, fondée en 1921, regroupe 14 syndicats départementaux ou régionaux de producteurs de betteraves...

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