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Les biocarburants, entre mythes et réalité


mercredi 10 juin 2009

Ils ont d'abord été parés de toutes les vertus, puis accusés de menacer les sols et les cultures. La diversification des sources - des algues aux déchets de biomasse- peut assurer un bel avenir aux biocarburants.


Marquant larrivée des premières alternatives viables au pétrole, les biocarburants tels que léthanol et le biodiesel connaissent un essor considérable et constituent lun des phénomènes les plus importants du bouleversement énergétique actuel. Sil est vrai que ces biocarburants utilisent des ressources renouvelables et favorisent la sécurité et lindépendance énergétique des états,
lenthousiasme initial pour ces innovations semble davantage mû par une série de mythes quinscrit dans une véritable réalité économique.

Premier mythe : la substitution du pétrole par les biocarburants conduira à une réduction sensible des émissions de gaz à effet de serre

A première vue, lempreinte carbone des biocarburants semble bien moins importante que celle du pétrole. Comme toute autre culture, les plantes dont sont issus ces biocarburants consomment du CO2, notamment dans leur phase de croissance. Celui-ci est ensuite réémis dans latmosphère lors de la combustion du carburant, ce qui établit un cycle carbone neutre pour
lenvironnement. Certaines études, comme le rapport Biofuels for Transport de lAgence Internationale de lEnergie, publié en 2004, montrent ainsi que lutilisation de biocarburants peut
engendrer une diminution des émissions de gaz à effet de serre du-puits-à-la-pompe, allant de 20% pour léthanol de maïs à plus de 80% pour léthanol de canne à sucre ou léthanol cellulosique (produit à partir dherbes, de résidus de plantes et de cultures ligneuses).

Toutefois, le calcul de ces économies ne prend pas en compte limpact sur lenvironnement de la conversion en terres agricoles des friches ou des forêts. La transformation de parcelles boisées en champs énergétiques entraîne en effet le rejet dimportantes quantités de dioxyde de carbone dans latmosphère. Néanmoins, lampleur de ce rejet dépend du type de terrain initial, le défrichage dune forêt étant plus coûteux en émissions que la transformation dune prairie. Ainsi, certaines études récemment publiées dans la revue Science affirment même quune fois ce rejet initial de CO2 pris en compte, la contribution de léthanol aux émissions de gaz à effet de serre
serait équivalente à celle du pétrole.

Pour pallier ces effets négatifs, dautres technologies innovantes sont en cours de développement telles que les biocarburants à base dalgues ou les biocarburants cellulosiques, qui nécessitent une exploitation moins intensive des sols et qui, par conséquent, pourraient constituer une alternative
réellement prometteuse en terme de préservation de lenvironnement.

Second mythe : les biocarburants ne sont pas économiquement viables

Si la rentabilité des biocarburants varie significativement dune technologie à lautre, il est aujourdhui avéré que certains biocarburants tels que léthanol de canne à sucre sont déjà
économiquement viables dans certaines régions du monde.

Le Brésil, second pays producteur mondial déthanol après les Etats-Unis, en fournit la preuve incontestable. Introduite dans les années 1970, lindustrie de léthanol de canne a longtemps
été soutenue par les subventions publiques, le Brésil souhaitant à la fois accroître son indépendance énergétique et conserver ses réserves de devises étrangères. La multiplication des usines de production déthanol subventionnées par le gouvernement a forcé la compagnie pétrolière nationale Petrobras à installer des citernes et des pompes à éthanol dans tout le pays et a poussé les constructeurs automobiles à développer et produire des véhicules roulant à léthanol. Ainsi, à partir de linvention astucieuse dun ingénieur brésilien, Volkswagen a mis au point le moteur multi-carburants, qui permet la combustion de léthanol, de lessence ou dun mix des
deux. Aujourdhui, ce moteur équipe 85% du marché des voitures neuves et tous les grands constructeurs automobiles présents au Brésil le commercialisent. En dépit de la réduction progressive des subventions accordées par le gouvernement brésilien, la structuration et la professionnalisation de la filière des biocarburants a permis à léthanol de canne à sucre dêtre économiquement compétitif et de fournir désormais une part significative des besoins du
pays en carburant.

A léchelle mondiale, léthanol de maïs reste relativement plus cher que le pétrole tant que le prix du baril de brut ne dépasse pas les 130 $. Mais léthanol cellulosique, bien quencore en phase de développement, pourrait vraisemblablement concurrencer le pétrole à partir dun prix supérieur à 55 $ le baril.

Un potentiel certain mais un futur incertain

Dautres innovations à fort potentiel ont vu le jour telles que le biobutanol (carburant issu de la cellulose extraite des déchets de biomasse), moins corrosif que léthanol, plus facile à combiner à
lessence et facilement acheminable par pipeline (contrairement à léthanol qui doit être transporté par train ou camion). Bien que les coûts de production de ce biocarburant soient encore trop
élevés aujourdhui pour quil soit compétitif face à léthanol ou à lessence, plusieurs entreprises parmi lesquelles BP et DuPont travaillent déjà à son lancement sur le marché.

Parmi les futures générations de biocarburants, le biodiesel, produit à partir dalgues, est considéré par de nombreux professionnels du secteur comme lun des plus prometteurs. Encore en phase expérimentale, il faudra néanmoins attendre de nombreuses années avant sa potentielle commercialisation. Les algues, ressources naturellement présentes en tous lieux, de la flaque deau à locéan, pourraient être utilisées pour fabriquer de lessence. Elles présentent
lavantage de pouvoir être cultivées hors-sol, dans des tuyaux, évitant ainsi les contraintes dutilisation des sols inhérentes à la production dautres biocarburants. Autre avantage, ces algues se nourrissent principalement de dioxyde de carbone, principal gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique. Si lon pousse le raisonnement plus avant, limplantation dune unité de production de biodiesel à proximité dune centrale alimentée au charbon, permettrait de nourrir les algues avec le carbone émis. Ainsi, deux fois plus dénergie serait générée, à émission de carbone constante.

Si la production de biocarburants représente actuellement moins de 1% de la demande mondiale, les progrès de lagriculture ainsi que les innovations technologiques permettront sans aucun doute
aux biocarburants de subvenir dans lavenir à une part significative de la demande de combustible nécessaire au transport. Une récente étude du cabinet Booz & Company réalisée dans le cadre
du Forum Economique Mondial de Davos a montré que les biocarburants pourraient fournir jusquà 30 millions de barils par jour en 2030, en fonction de lévolution du prix du pétrole.
A plus long terme, dautres types de biocarburants, les biocarburants non liquides, pourraient aussi concurrencer le pétrole.

Encore en phase de développement, mais voués à une production de masse, lhydrogène et lélectricité en sont les meilleurs exemples dautant plus quils présentent lavantage de ne pas
émettre de carbone.

Daprès louvrage « Energy Shift » dEric Spiegel et Neil McArthur
publié par
Booz & Company/Strategy+Business 2009

2 commentaire(s)
[1]
Commentaire par Alain Richard
vendredi 12 juin 2009 07:51
Comme pour la consommation en eau, on voit bien que le choix des terrains est essentiel : le cot environnemental est lev si on supprime une fort, moins si on part d'une prairie. Le problme est bien sr celui de la rgulation : qui veille ce qu'on ne dforeste pas et qu'on n'installe pas les champs dans des dserts?
[2]
Commentaire par opamichel
dimanche 14 juin 2009 13:57
H2 & elec
La conclusion de l'article est archi fausse car en aucun cas l'electricite ou l'hydogene ne peut constituer une alternative d'energie propre.
On ne le dira jamais assez L'H2 comme l'electricit NE SONT PAS DES SOURCES D'ENERGIE, ce ne sont que des moyens de transport et de stockage
Le probleme du CO2 se pose au niveau de la production d'energie pas au niveau H2 ou electricit.
En clair pour faire de L'hydrogene ou de l'lectricit il faut une source d'energie (vent, soleil, hydro, combustion ou nuclaire) c'est a ce niveau seulement qu'on peut choisir.
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