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Auteur
Olga Gerasimchuk est doctorante au Centre de Recherche Europe-Eurasie, à l'INALCO (Institut national des Langues et Civilisations orientales).

Exportations de gaz naturel : la Russie, entre l'Europe et la Chine


mardi 10 mars 2015

La crise entre l'Europe et la Russie pousse cette dernière à se tourner vers l'Est. Mais la Chine n'entend pas pour autant dépendre de la Russie et diversifie ses approvisionnements en gaz.



La confrontation continue entre la Russie et l'Union européenne, comme l'illustre la crise politique ukrainienne, a conduit à la dégradation de leurs relations tant dans le domaine politique qu'économique. L'énergie n'a pas fait exception, l'annulation du projet de Gazprom South Stream, si longtemps attendu par Moscou, en est une parfaite illustration.

L'une des conséquences marquantes de cette dégradation est la confirmation de la réorientation du vecteur d'exportation du gaz russe vers l'Est : le lancement quasi simultané de deux projets sino-russes de gazoducs atteste de l' »orientalisme énergétique » de la Russie, une nouvelle tendance qui est loin d'être en faveur de l'Europe. Si l'on en croit les analystes russes du secteur gazier, l'exportation du gaz naturel vers la Chine offrira à la Russie aussi bien de nouveaux débouchés énergétiques pour sa production, que des gains économiques supplémentaires dus aux prix de gaz traditionnellement élevés dans la région.

Cependant, il faut s'interroger sur la place du gaz russe dans la politique chinoise de diversification de ses sources d'approvisionnement. La Russie, pourra-t-elle exporter son gaz naturel dans les mêmes volumes que ceux qu'elle exporte en Europe actuellement ?

Aujourd'hui, le marché chinois du gaz naturel connaît une profonde évolution, une tendance qui ne va que s'accentuer encore plus dans les années à venir. En 2007, la consommation domestique de gaz a augmenté de 23,8 % pour atteindre 69,5 milliards de m³, un tournant dans l'industrie gazière de la Chine, qui devient l'un des consommateurs majeurs du gaz naturel au monde.

Les efforts chinois de diversification

--- Importatrice nette de gaz depuis cette même année, la Chine se lance dans la construction de terminaux d'importation de gaz naturel liquéfié (GNL). A ce jour, le pays en compte dix pour une capacité unitaire de 42 milliards de m³, cinq autres sont actuellement en construction pour 16,3 milliards de m³ de gaz par an.

--- La capacité chinoise d'importation du gaz naturel est renforcée par l'arrivée du gaz de pipeline en provenance de l'Asie centrale : en 2013, Pékin a importé 27,5 milliards de m³ de gaz centrasiatique, majoritairement turkmène, avec une possibilité de porter ce volume jusqu'à 38 milliards de m³ vers 2016 et jusqu'à 65 milliards de m³ de gaz vers 2020.

--- Un tout petit gazoduc a été construit en provenance du Myanmar, qui fournira 10 milliards de m³ de gaz par an à partir de 2020.

--- Outre l'importation, la Chine couvre ses besoins intérieurs en gaz naturel avec ses propres ressources, y compris celles extraites de sources non-conventionnelles. Selon U.S Energy Information Administration, la Chine est le plus riche pays au monde en gaz de schiste (les réserves techniquement récupérables atteindraient 36.100 milliards de m³), dont elle ne manque pas de profiter. En 2013, la production de gaz de schiste a atteint 200 millions de m³, ce qui est 6 fois plus qu'en 2012. En 2014, la production nationale a atteint 1,3 milliards de m³ de gaz. Cette même année, la production du gaz de houille a constitué 3,6 milliards de m³.

La Russie dépend toujours du marché européen

La conclusion le 25 mai 2014 du contrat gazier avec la Russie porte sur l'exportation de 38 milliards de m³ de gaz par an (par le futur gazoduc la « Force de la Sibérie » qui empruntera la route de l'Est), et le mémorandum qui l'a suivi prévoit l'exportation de 30 milliards de m³ supplémentaires par le gazoduc de l'ouest, Altaï. Ces accords s'inscrivent parfaitement dans cette politique chinoise de diversification de ses sources d'approvisionnement. La proximité géographique, l'absence de pays de transit et le prix raisonnable du gaz (contrairement au GNL qui est cher) rendent les importations gazières russes particulièrement attractives.

Cependant, si la présence russe sur le marché gazier chinois est perçue par Moscou comme une grande victoire géopolitique sur l'Occident, lui permettant en outre d'en profiter économiquement, la Russie n'est pour la Chine que l'un des nombreux fournisseurs énergétiques. Ainsi, la marge de manoeuvre russe y reste encore limitée et le marché européen continuera à jouer un rôle prépondérant dans la politique russe d'exportation du gaz naturel.














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1 commentaire(s)
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Commentaire par isabelle DU
jeudi 12 mars 2015 09:42
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Olga Gerasimchuk est doctorante au Centre de Recherche Europe-Eurasie, à l'INALCO (Institut national des Langues et Civilisations orientales).

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