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 - Journaliste-écrivain algérien
Auteur
Nordine Grim est journaliste, écrivain et chroniqueur économique à El Watan. Expert des questions économiques, il a publié de nombreux ouvrages : "Entrepreneurs, pouvoir et société en Algérie",...

Algérie : quand la France pousse à exploiter le gaz de schiste


lundi 12 janvier 2015

Le gouvernement algérien a décide d'engager le pays à marches forcées dans le développement des hydrocarbures de schiste. A Alger, beaucoup considèrent que la France pousse à la roue, pour assurerr la diversification de ses importations de gaz naturel.


 Depuis le feu vert du gouvernement algérien à l'exploitation du gaz de schiste dans le Sahara,  la compagnie pétrolière publique Sonatrach a entrepris avec une célérité déconcertante les premiers essais exploratoires à In Salah, où se trouve l'un des plus prometteurs gisements de gaz non conventionnel.

 Si le test s'avère concluant, notamment au plan de l'importance des réserves, l'exploitation commerciale de ce puits pilote ne devrait pas tarder à être engagée, en même temps que l'exploration des gisements potentiels de Hassi Berkine,  Gadamès,  Timimoun, Reggane et Tindouf, desquels on prétend déjà tirer pas moins de 19.000 milliards de m3 de gaz.
Cette précipitation à se lancer dans l'aventure du gaz de schiste, en dépit de la forte contestation populaire dans les zones concernées et même au-delà, est pour le moins troublante. Pourquoi le gouvernement algérien s'entête-t-il  à aller au pas de charge dans cette voie semée d'embûches, plutôt que vers celle, beaucoup plus aisée et gratifiante des énergies renouvelables (énergie solaire, éolienne) dont le pays est riche ?

Un intérêt français


Il n'échappe aujourd'hui à personne que c'est surtout la France, où l'exploitation des gaz de schiste est interdite, qui pousse l'Algérie à aller dans cette voie notamment depuis que la Russie avait menacé à la faveur de la crise ukrainienne de ne plus approvisionner l'Europe en gaz naturel. On se souvient que la première réaction de certains pays d'Europe, parmi lesquels la France, fut de relancer le projet de gazoduc sous-marin Galsi en veillant à lui assurer les réserves dont l'Algérie risquait de manquer à terme en raison du déclin de sa production et de la consommation intérieure en constante augmentation.(Voir l'article précédent).  Le gaz de schiste avait vocation à palier ce probable manque de réserves susceptible de nuire aux livraisons de gaz naturel au moyen du Galsi.  La France semble donc avoir eu gain de cause, estime-t-on à Alger.

Les autorités politiques, tout comme les dirigeants de Sonatrach, ont depuis quelques mois concentré tous leurs efforts dans l'exploration et l'exploitation des gaz de schiste avec pour objectif de passer, dans les délais les plus courts possibles, à leur commercialisation. Les capitaux qui y seront engagés seront colossaux, à en croire le Président de Sonatrach,  qui promet d'intensifier les investissements dans la filière, l'objectif étant d'atteindre au minimum une production de 30 milliards de m3 à l'horizon 2025.

Un manque d'expérience

Mais à l'excès d'optimisme des officiels algériens s'oppose un sérieux doute quant à la mise en ...uvre d'un projet aussi ambitieux. L'Algérie, ni du reste la France, n'a pas le savoir-faire, aujourd'hui détenue uniquement par les USA et le Canada au prix d'importantes détériorations environnementales et saniraires. L'exploitation de gaz non conventionnel requiert en effet une technologie et des moyens matériels que les Algériens n'ont pas et que les pays expérimentés ne seront disposés à leur fournir qu'au prix fort. Ce que l'Algérie n'aura certainement pas les moyens de financer en raison de la forte érosion des recettes d'hydrocarbures  induite par des prix en chute libre. A 50 dollars le baril de pétrole, est-il vraiment rentable de se lancer dans la production de gaz non conventionnels dont le coût de d'extraction dépasserait allégrement le prix commercial actuel ?

On s'interroge également sur le fait qu'une question aussi importante n'ait pas été examiné par l'instance suprême de décision en matière de politique énergétique qu'est le Conseil National de l'Energie, ni même, donné lieu à un débat parlementaire. Les experts concernés par la question, n'ont par ailleurs jamais été consultés à en croire le témoignage de l'un d'entre eux. La décision a, de toute évidence, été prise en vase clos par le Président Bouteflika et quelques très proches conseillers.
Les incidences sur l'environnement très fragile du sud algérien peuvent être catastrophiques. Compte tenu des énormes quantités d'eau qui en seront pompées pour être injectées dans les roches, la nappe phréatique, non renouvelable, pourrait s'épuiser et subir d'irrémédiables contaminations occasionnées par les divers produits chimiques incorporés.


L'option du solaire et de l'éolien

Au vu de ces risques, pourquoi ne pas opter pour ce qui paraît être un pari gagné d'avance et à moindre frais, celui des énergies renouvelables. Le pays dispose d'un très vaste territoire ensoleillé plus de15  heures par jours et de nombreuses régions traversées par des vents permanents (Djelfa, M'Sila, Naama etc.).  L'Algérie a déjà une expérience dans le solaire : de grandes installations existent déjà dans le sud et de nombreux projets attendent d'être mis en chantier.

Le rejet du projet Desertec et de nombreux autres programmes initiés par des opérateurs publics et privés algériens constitue un bon exemple de la frilosité des autorités algériennes à l'égard des énergies autres que fossiles.  

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3 commentaire(s)
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Commentaire par papijo
lundi 12 janvier 2015 15:03
Si l'Algérie a une consommation de gaz naturel par habitant un peu plus forte que celle de la France (+ 25%), sa consommation de pétrole est seulement 35% de celle de la France (et évidemment, l'Algérie n'a ni nucléaire, ni charbon). Dans ces conditions, il faut être un écolo complètement ignare, ou bien particulièrement sadique pour vouloir leur imposer des restrictions supplémentaires. Le prétexte de l'écologie ne doit pas dispenser quiconque de réfléchir avant de lacher n'importe quelle énormité ! Les Algériens ont droit au niveau de vie des Européens et à la consommation d'énergie qui va avec ! (pour les pinailleurs, je suis prêt à discuter néanmoins en ce qui concerne chauffage / climatisation)
[2]
Commentaire par Hervé
lundi 12 janvier 2015 18:41
Pour répondre à la grande question de l?auteur de cet article c?est certainement le cout des ENR, bien plus élevé qui plombe leur développement. Le cout d?un Mwh gaz pour Alger ne doit pas peser grand-chose, certainement dans les 10euros peut être moins. Le Mwh ENR certainement 10 fois plus, une fois les externalités intégrées. Mais il n?est pas impossible que par chez vous, le PV en auto-conso soit économiquement intéressant pour votre pays. A voir
[3]
Commentaire par JAc
vendredi 21 octobre 2016 12:21
dans tous les cas, la leçon de cet article est : souscrivons à une offre d'énergie renouvelable, et encourageons la bonne écologie, et non l'écologie ignorante du long terme et de la lente action des choses. Allez visiter ce site : http://www.salon-energies-vertes.com pour plus d'idées sur l'environnement.
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Nordine Grim est journaliste, écrivain et chroniqueur économique à El Watan. Expert des questions économiques, il a publié de nombreux ouvrages : "Entrepreneurs, pouvoir et société en Algérie",...

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