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Julien Théron, 29 ans, est chercheur en sciences politiques et travaille notamment sur l'Europe centrale, orientale et balkanique, la Russie et le Caucase. Outre une activité de journaliste indépendant...

Areva-Siemens-Rosatom : les Européens vassaux de la Russie !


mardi 31 mars 2009

Serguei Kirienko n'a pas caché les ambitions de Rosatom dans l'interview video qu'il nous a accordée. La politique énergétique de l'Europe est menacée.



L’échec de l'alliance entre Areva et Siemens est devenu le symbole patent du manque de réussite de partenariats stratégiques au sein même de l’Union Européenne.

C’est dans le secteur sensible des réacteurs nucléaires que s’était opérée en 2000 la coopération franco-allemande en matière d’énergie, avec la création de la joint-venture Areva NP, filiale des deux grands groupes Areva et Siemens. Mais ce qui avait été montré en exemple comme volonté de Paris et de Berlin de construire –enfin ! – des géants européens plutôt que des demi-géants nationaux est en train de tomber à l’eau.

La France, pourrait-on dire, est prise à son propre jeu. Stratégiquement, elle a, depuis au moins un siècle, joué régulièrement l’alliance avec la Russie afin de contrer les puissances centre-européennes, qu’elles aient été militaires (Reich allemand) ou territoriales (Empire austro-hongrois). La chose s’est vue depuis la fin de la guerre froide par les réticences du président Mitterrand face à la réconciliation allemande, ou encore dans la réserve française d’affirmer la conception politique des libertés en Europe afin de ne pas froisser le géant eurasiatique.

Dans l’affaire Areva-Siemens, l’Etat français n’est pas sans responsabilité dans le probable divorce qui s’opère actuellement, puisqu’actionnaire majoritaire d’Areva, il s’est opposé aux volontés allemandes, c'est-à-dire à l’accroissement voulu de Siemens de 34% à 50% dans le capital d’Areva NP pour devenir actionnaire égalitaire, ainsi qu’au glissement envisagé de ses parts dans le capital d’Areva. Comment en effet penser qu’un partenaire dont on prône politiquement l’égalité –l’Allemagne– soit empêché en réalité d’assurer pleinement sa responsabilité de partenaire stratégique… égalitaire ?

La réaction de Siemens est donc bien compréhensible. Mais en se détournant de son partenaire français, l’Allemagne ne fait pas que provoquer une crise dans la toujours fondamentale coopération franco-allemande ou ouvrir une dispute juridique à un moment où la nécessité de coordonner pleinement les politiques économiques européennes est hurlée de partout. Ce faisant, l’Allemagne reproduit également la stratégie pro-russe de la France, sans comprendre que, seuls, des pays comme la France et l’Allemagne ne peuvent jouir de partenariats globalement avec Moscou, et dans le domaine énergétique moins qu’ailleurs.

Certes, l’ancien chancelier Schröder avait clairement affiché son amitié avec le président Poutine, et sa nomination au conseil de direction de Gazprom après son départ de la chancellerie avait confirmé ce point s’il y avait lieu de le faire. Mais à un moment où l’énergie est utilisée de main de maître par le Kremlin comme outil stratégique, par une politique dure de prix, d’approvisionnement, ou de conquête des ressources, Berlin ne voit pas que se détourner de Paris pour Moscou est plus qu’un camouflet pour l’idée européenne ainsi foulée aux pieds : c’est la promesse de réduire la donne énergétique à la vassalisation des Européens aux Russes.

Comment en effet imaginer que lors de la prochaine crise euro-russe sur les questions énergétiques, le fait que Siemens soit alliée à Rosatom ne soit pas un empêchement d’une position commune de l’Europe, même dans les secteurs du gaz ou du pétrole ? Et les implications en valent-elles le coup financier et le coût stratégique ? Areva se tournerait ainsi maintenant vers une ouverture moyen-orientale. Paris et Berlin peuvent-ils réellement laisser une discorde sur 16% du capital d’Areva NP miner l’avenir de la coopération énergétique européenne, dont on sait qu’elle se dirige précisément vers le nucléaire ? On peine à le croire, et pourtant…



1 commentaire(s)
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Commentaire par areva la honte
mardi 03 novembre 2009 21:14
Siemens a copié la technologie française.
Siemens reste dans Areva en touchant les bénéfices des ventes françaises.
Et Siemens refuse de quitter Areva, sauf pour un prix honteux et arnaque.
Et Siemens s'allie avec un concurrent russe, brisant tous les accords commerciaux et de confidentialite.
Quadruple arnaque honteuse de la part des Allemands.
Ils doivent le payer très cher, j'espère que justice sera faite contre Siemens.
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Julien Théron, 29 ans, est chercheur en sciences politiques et travaille notamment sur l'Europe centrale, orientale et balkanique, la Russie et le Caucase. Outre une activité de journaliste indépendant...

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