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Roland Lombardi est Doctorant à l'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman (IREMAM) à l'université Aix-Marseille. Il est aussi analyste chez JFC Conseil et écrit sur Riskenergy...

Mali : la Russie lorgne sur la région


lundi 21 janvier 2013

Les grandes entreprises russes, comme Gazprom et Rosatom, ont de grands intérêts énergétiques dans tous les pays de la zone.


Par Roland Lombardi, Doctorant à l'IREMAM, Aix-Marseille Université, sur le site riskenergy.fr.

Depuis plusieurs mois, s'appuyant sur le principe de non-ingérence, la Russie s'oppose catégoriquement à toute intervention occidentale en Syrie. Le drame syrien est d'ailleurs une très importante pierre d'achoppement diplomatique entre Paris et Moscou.

Pourtant, la diplomatie russe a publiquement soutenu l'opération « Serval » au Mali et a donné son feu vert à l'intervention militaire française dans le cadre du Conseil de sécurité de l'ONU. De plus, aussi surprenant que cela puisse paraître, voici à présent le Kremlin qui souhaite s'engager activement dans le conflit en proposant à la France une aide militaire et, pour commencer, l'envoi d'un Antonov 124, des hommes du 224e détachement aérien et des instructeurs au Mali.

Il y a évidemment deux raisons à cette décision inattendue. La première est d'ordre économico-stratégique. Les Russes ont des liens très anciens avec le Mali. Déjà à l'époque soviétique, Bamako avait tissé de nombreux contacts avec Moscou, qui forma d'ailleurs des milliers d'étudiants maliens dont l'ex-président Amadou Toumani Touré qui avait, lui, suivi plusieurs stages chez les parachutistes russes.

Par ailleurs, l'Union soviétique a longtemps exploité de l'or au Mali et aujourd'hui, de grandes entreprises russes, comme Gazprom pour le gaz, Severstal pour l'acier ou Rosatom pour le nucléaire, ont toutes d'importants intérêts énergétiques, économiques et stratégiques dans tous les pays proches de la zone des combats. Pour ces dernières, comme pour les sociétés françaises d'ailleurs, une trop longue déstabilisation de la région et un pourrissement de la situation seraient catastrophiques.

La seconde raison est diplomatique et surtout, hautement symbolique : la proposition des Russes (qui sont en première ligne face au fondamentalisme musulman dans le Caucase mais aussi en Syrie) est un message fort et clair aux Français : « Nous venons vous aider à combattre les islamistes au Mali alors arrêtez de les soutenir en Syrie ! » A bon entendeur...

Finalement, alors que les Etats-Unis et même l'Europe se montrent assez frileux pour soutenir l'opération française, la perspective de l'aide militaire russe à la France, pour l'instant bien seule, peut se révéler être la bienvenue. Pour Moscou, c'est une manière comme une autre de faire reconnaître aux responsables français leur « erreur de jugement » des printemps arabes, mais aussi, leur faire enfin comprendre (voire, au risque de déplaire au Qatar, rejoindre, qui sait ?) la position russe au Proche-Orient et notamment en Syrie.

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1 commentaire(s)
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Commentaire par Ferula
mercredi 13 février 2013 16:28
Quand on voit le découpage des frontières à la hache, on se demande vraiment où les responsables avaient la tête ou s'ils avaient pris un transparent quadrillé après une nuit de beuveries pour en arriver à ce résultat pitoyable. Comment s'étonner ensuite des conflits permanents dans cette immense territoire?
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