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 - Rédacteur en chef de l'Usine à GES

Le gaz de schiste est-il bon pour le climat ?


jeudi 22 novembre 2012

Les émissions américaines de CO2 ont baissé de 8,6% depuis 2005, grâce au développement du gaz de schiste par rapport au charbon. Mais ces chiffres ne sont-ils pas en trompe-l'oeil ?


Le boom américain des gaz non conventionnels (une multiplication par 14 en dix ans) ont eu des effets spectaculaires :
-    quasi indépendance énergétique du pays
-    chute de 60 % des prix du gaz US depuis 2008
-    réinstallation des industries « gazivores », telles la chimie ou la production d'engrais, qui ont créé des centaines de milliers d'emplois.

Volodia Opritchnik, rédacteur en chef de L'Usine à GES, analyse les effets sur le climat
:

« Au plan climatique, la révolution gazière a été perçue, de prime abord, comme une bonne nouvelle. Normal : la combustion du gaz génère moitié moins de CO2 que celle du charbon.Nombre d'observateurs, pas toujours désintéressés d'ailleurs, ont jugé que ce gaz allait bouter hors des centrales électriques le « climatophage » charbon.

Ce qui se vérifie. En 2004, rappelle l'EIA (l'agence US des statistiques de l'énergie), le charbon « produisait » la moitié des électrons américains, contre 8 % pour le gaz. En 2012, « King Coal » générera 36,9 % du courant : 6 points de plus, seulement, que les centrales au gaz.(...) Et ce trend devrait encore se poursuivre. En 2035, pronostique l'EIA, les centrales au gaz pourraient produire près de 37 % du courant américain.

Entre 2000 et 2011, la gazéification a contribué à améliorer de 20 % l'intensité carbone de la première économie du monde. Dit autrement, les émissions de CO2 d'Oncle Sam ont baissé de 8,6 % depuis 2005. Une première dont il faut se féliciter.

Une exportation des émissions

Mais la réalité est-elle aussi belle que nous la décrivent les chiffres ? Pas sûr. Le boom gazier a aussi été rendu possible par l'envolée des prix du charbon.

Sous l'effet de la demande chinoise, le prix de la tonne de charbon a bondi de 109 %, entre 2006 et 2011. Ce dont ont profité les compagnies minières. En 2011, les gueules noires américaines ont exporté une centaine de millions de tonnes de charbon : deux fois plus qu'en 2006. L'Europe et l'Asie ont absorbé 76 % de ces importations. À eux seuls, les Pays-Bas ont acheté 11 millions de charbon US.

Problème : tout ce charbon a été consommé et a donc relâché environ 230 millions de tonnes de CO2 dans l'atmosphère. Le bilan indirect du gaz de schiste s'alourdit donc. D'autant que la faiblesse de son prix commence à poser quelques problèmes

Un frein aux énergies non émettrices de C02

Certains électriciens réduisent la production de leurs centrales nucléaires qui, à certains moments, sont moins compétitives que leurs concurrentes au gaz. Au début des années 2000, le secteur électrique imaginait construire une trentaine de nouveaux réacteurs. Hélas pour l'industrie nucléaire, ce mirage - auquel ont cru les Français Areva et EDF - s'est dissipé.

L'atome n'est pas le seul menacé. Parce qu'il fournit de l'énergie et une matière première à bas coût, pour le moment, le gaz de schiste est aussi un frein au développement des énergies renouvelables. Lesquelles ne produisent pas du tout (du moins dans la comptabilité carbone de l'ONU) d'émissions de GES. Au printemps dernier, l'économiste en chef de l'Agence internationale de l'énergie a même tiré la sonnette d'alarme.

« Les énergies renouvelables pourraient être victimes des faibles prix du gaz si les gouvernements ne maintiennent pas leurs systèmes d'aides », rappelait Fatih Birol. « Un âge d'or pour le gaz ne sera pas un âge d'or pour le climat », renchérissait-il.

En discussion au Congrès américain, bien amorcé dans certains pays d'Europe, le démantèlement des soutiens aux énergies vertes apparaît pourtant comme la plus grande erreur que les gouvernements pourraient commettre.

Car les réserves de gaz de schiste ont systématiquement été gonflées. Sur la base de données produites par les foreurs, l'EIA a réduit de 66 % les estimations de réserves de la formation des schistes de Marcellus, au début de l'année.
Conséquence, le volume des réserves techniquement récupérables dans le sous-sol américain
représente désormais 42 % de ce qu'annonçaient les statistiques US de... 2010.

Il y a quelques mois, l'institut polonais de géologie a révisé à la baisse les réserves potentielles locales. Elles ne sont plus évaluées qu'à 1 000 milliards de mètres cubes : 5 fois moins que prévu. Ce qui n'a rien d'étonnant. Car, la plupart des estimations internationales (hors USA) reposent sur une seule étude, publiée en 2011 par l'EIA. Imposant, ce document n'est pourtant qu'une synthèse d'autres études, dont la plupart (notamment celle concernant la France) ne sont que des estimations au doigt mouillé.


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9 commentaire(s)
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Commentaire par brmomo
jeudi 22 novembre 2012 16:35
"la combustion du gaz génère moitié moins de co2 que le charbon" je ne comprend pas cela. discute t on à égalité d'énergie émise ? une différence par rapport au charbon peut être est que ce dernier en brulant émet bien autre chose que du co2. pour le gaz de chiste je ne connais pas sa composition moyenne.
[2]
Commentaire par Gépé001
vendredi 23 novembre 2012 08:00
L'énergie doit satisfaire à au moins deux domaines,l'écologie et l'économie.Le gaz est bon pour l'économie,et est meilleur que le charbon pour l'écologie;le nucléaire est meilleur en écologie et en économie.
[3]
Commentaire par Antoine Simon
vendredi 23 novembre 2012 16:09
Rappel intéressant. Je regrette seulement que dans cet aperçu ait été oublié le fait qu'on vente la chute des émissions de CO2 aux Etats-Unis en l'attribuant au dveloppement du gaz de schiste sans préciser: - L'important développement des énergies renouvevables - et surtout le fait que le principal impact climatique du gaz de schiste émane de ses émissions fugitives de méthane, non prises en compte dans l'analyse de l'IEA, alors que ce gaz a un pouvoir réchauffant pourtant 33 fois supérieurs au CO2 sur une échelle d'un siècle et plus de 100 fois supérieurs sur une échelle de 20 à 35 ans. Des études concordantes de plusieurs instituts de recherche américains ont récemment prouvé qu'au minimum 4% de la production de gaz s'échappait ainsi dans l'atmosphère, participant de manière inquiétante au réchauffement climatique et exposant, comme l'a rappelé l'IEA (dans ses golden rules for a golden age of gas) à un réchauffement de climatique de 3.5°C avant la fin du siècle.
[4]
Commentaire par Hervé
vendredi 23 novembre 2012 19:07
@ Antoine Simon. Sur l'impact réel des ENR je sais pas trop. Mais concernant les fuites je suis entièrement d'accord. Et les fuites ne concernent pas que les shale Gaz... @Brmomo: Si on fait abstraction de toutes les nuisances de l'exploitation pétrolière, les avantages du gaz sont les suivants: Le gaz est un hydrocarbure, comme le pétrole mais il contient beaucoup plus d?hydrogène que le pétrole et que le charbon qui n'est lui composé que de CO2. Lorsque on le brule pour chauffer, le gaz produit de la vapeur (combustion de l'hydrogène) et un peu de CO2. Le charbon produit beaucoup plus de CO2. Le second avantage c'est pour la conversion en électricité, le charbon est utilisé dans une centrale normale a cycle vapeur rendement 33% (3KwTh de chaleur donne 1Kw elec). Pour le gaz on utilise maintenant des centrales a cycles combiné (Une tubine a gaz suivie d'un cycle vapeur) qui a un rendement proche de 66% (2Kw elec pour 3KwTh). 1Kwh électrique gaz émet environ 5x moins de CO2 qu'un Kwh charbon.) Tout ça fait qu' au prix du MBTU actuel aux US, même les centrales nucléaires déjà amorties ne sont plus compétitives. Le dernier avantage du gaz c'est qu'il peut être brulé directement chez le client, alors que le charbon est maintenant quasiment toujours converti en elec avec une bas rendement pour être utilisé ensuite.
[5]
Commentaire par Hervé
vendredi 23 novembre 2012 19:08
Oupss correctif : le charbon n'est composé que de CARBONE . Le CO2 c'est quand on l'a brulé! Désolé,
[6]
Commentaire par brmomo
vendredi 23 novembre 2012 20:42
c est vrai que si on admet que le charbon n est que du carbone et le gaz de schiste que du methane on retombe sur des choses tranquilles . un kg de charbon donne 3,6 kg de CO2 et 28000 KJ de chaleur un kg de methane donne 2,7 kg de CO2 , 2,2 kg d H2O et 47000 KJ de chaleur. les centrales à cycles combinés (la hantise de tout étudiant en thermo) sont un avantage certain pour le gaz. J ai été sidéré du chiffre de 4% de perte dans l'extraction du gaz de schiste: c est énorme et ça justifie bien sûr toutes les craintes sur son exploitation.
[7]
Commentaire par Hervé
lundi 26 novembre 2012 13:35
Oui Brmomo, mon analyse ne vaut qu'en considérant que l'exploitation, le transport,... n'ait aucun impact., ce qui est loin d'être le cas en pratique. Et dans ce domaine, le charbon lui aussi a des effets secondaires amusants. Par exemple, les rejets radioactifs de l'industrie du charbon sont plus important que ceux du nucléaire. L?énergie propre n'existe pas. C'est pour cela qu'il faut éviter d'en consommer, tout au moins de la gaspiller.
[8]
Commentaire par basotroll
mardi 27 novembre 2012 12:53
@HervAe Avant tout débat sur l'énergie, il devrait être obligatoire de préciser que : "L'énergie la meilleure, la moins chère et la moins polluante est celle qu'on ne consomme pas".2 solutions faciles à mettre en oeuvre, qui créent des emplois - Isoler les bâtiments - Produire et consommer sur place. Faire voyager autour de la planète autant de marchandises est une gabegie innomable.
[9]
Commentaire par charles
mardi 04 décembre 2012 16:10
ce que je voulais savoir c'esr si les vapeur lors de l'exploition son dangereuse pour les travailleur
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