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Par IRIS


Europe-Russie-Ukraine : les tensions énergétiques se multiplient


mercredi 18 juin 2014

Approvisionnement en gaz, travaux sur le South Stream, développement des gaz de schiste : l'énergie est au c...ur du conflit ukrainien. Interview de Nicolas Mazzucchi, chercheur associé à l'IRIS.


Voir le site de l'IRIS.

L'un des principaux points de discorde entre Occidentaux et Russes dans l'actuelle crise ukrainienne concerne la problématique énergétique. L'Ukraine est assise sur des gisements de gaz non conventionnels importants situés dans la partie Est du pays, dans les régions séparatistes. Ces ressources peuvent-elles amener les Russes à durcir leur position sur le dossier ukrainien ?

(?) Dans l'état actuel de nos connaissances, la majorité des ressources ukrainiennes de gaz non conventionnels, principalement du gaz de schiste, se situe effectivement dans la partie Est de l'Ukraine, c'est-à-dire la partie pro-russe (bien que des gisements moins importants soient présents dans la partie Ouest). Toutefois, en Ukraine comme ailleurs, eu égard à la nature géologique du gaz de schiste, l'estimation des réserves est extrêmement compliquée. À la différence du gaz conventionnel, enfermé dans des grands réservoirs relativement faciles à cartographier, le gaz de schiste se répartit en une multitude de microréservoirs dont les volumes sont difficilement quantifiables. Il s'agit donc de ressources supposées. Par exemple, les estimations de ressources en gaz de schiste de la Californie ont été récemment revues à la baisse (-96%), car elles étaient beaucoup trop optimistes (voir article de « la chaîne Energie »).

Les Russes n'auraient pas intérêt à jouer sur cette question. Cependant, ce n'est pas le cas des séparatistes pro-russes, dans l'Est de l'Ukraine. Ils ont l'avantage d'être dans la partie du pays qui détient la quasi-totalité des ressources naturelles et des industries. Mécaniquement, en matière de dynamique interne à l'Ukraine, ils possèdent une capacité de pression économique sur Kiev très importante. Mais dans ce dossier, voir la patte de Moscou derrière les pro-russes n'est pas forcément pertinent.

Sous pression de la Commission européenne, la Bulgarie a décidé de suspendre la construction du South Stream, devant relier la Russie à l'Union européenne via la Mer noire. Ce gazoduc aurait notamment permis de contourner l'Ukraine, point d'achoppement majeur entre les Occidentaux et les Russes. Moscou a dénoncé des "sanctions voilées". Qu'en est-il ?

La Commission européenne a pris cette décision en arguant que la partie du South Stream devant être construite en Bulgarie n'a pas fait l'objet d'un appel d'offre et est, par voie de conséquence, illégale. Cependant, cette décision de Bruxelles est intervenue après la visite de sénateurs américains en Bulgarie. Il est évident que l'arrêt de la construction du South Stream arrange les Etats-Unis et une partie des pays européens dans la politique de sanction menée actuellement contre la Russie.

Néanmoins, cette politique se heurte à un problème majeur. Pour les Etats-Unis, il est facile de mettre en place des sanctions économiques puisque le commerce russo-américain est bien moindre que celui entre la Russie et l'Europe. Les Américains ne sont pas très dépendants de l'économie russe. Par contre, les pays européens, eux, le sont, notamment au niveau énergétique et des matières premières en général. Par exemple, la Bulgarie est dépendante à 100% de la Russie pour ses approvisionnements gaziers.

A l'hiver 2008-2009, les pays d'Europe centrale ont subi le contrecoup des guerres gazières russo-ukrainiennes et se sont vus privés de gaz. La Russie a alors rejeté la responsabilité sur son voisin ukrainien et en a profité pour promouvoir la construction de deux gazoducs devant contourner l'Ukraine : le Nord Stream (sous la Baltique, en fonctionnement) et le South Stream (sous la mer Noire, en cours de construction).

En somme, la Commission européenne, instance supranationale, en faisant pression sur l'Etat bulgare pour faire retarder l'exécution du contrat, affecte les intérêts de Gazprom, principal porteur du projet. L'arrêt de la construction du South Stream marque donc une nouvelle étape des sanctions, une sanction qui ne dit pas son nom.

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