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Climat : Exxon Mobil s'interroge sur le "risque carbone"


mardi 13 mai 2014

Poussé par certains actionnaires, Exxon Mobil vient de publier une étude sans précédent concernant l'impact de la question climatique sur l'avenir des sociétés pétrolières.


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Le jour même où le GIEC rendait public ses conclusions sur le réchauffement climatique, le 31 avril dernier, Exxon Mobil s'est aventuré sur le même terrain. Le géant pétrolier mondial a publié une étude sur le « risque carbone ». Cette étude cherche à répondre à la question suivante : le groupe Exxon Mobil devra t-il ou non faire face à une baisse de la demande pétrolière mondiale d'ici les prochaines années ? Cette étude est une première puisqu'elle a été réalisée sous la pression d'actionnaires et activistes.

La réponse rendue par la compagnie pétrolière et gazière est la suivante : « Il est être peu probable » que les gouvernements adoptent des mesures pouvant sévèrement mettre à mal la consommation d'énergies fossiles d'ici 2040. Pourquoi ? Parce-que la croissance économique, de plus en plus forte dans les pays en développement, en est trop dépendante.

En effet, selon Exxon Mobil, l'amélioration du niveau de vie moyen et la croissance démographique pousseront à la hausse la consommation énergétique. Celle-ci devrait être en large partie alimentée par les énergies fossiles, au moins jusqu'en 2030 - date à laquelle les sociétés pourraient être plus performantes dans le domaine des énergies « vertes ».

Exxon mobil anticipe une croissance de la demande pétrolière de 0,7% par an en moyenne, jusqu'en 2040, et estime que la consommation de charbon devrait elle aussi augmenter, au moins jusqu'en 2025. Cette place prépondérante des énergies fossiles s'expliquerait en partie par le fait que, selon la compagnie pétrolière, les énergies renouvelables ne pourront pas soutenir la demande. Deux facteurs explicatifs à cela : leur coût élevé et leur intermittence.

Quand des ONG jouent sur la sensibilité de puissants actionnaires

L'étude menée par Exxon mobil sur le « risque carbone » n'est pas née du seul bon vouloir de la compagnie pétrolière : elle est avant tout le fruit de pressions actionnariales.

En effet, depuis octobre 2013, « Arjuna Capital » et « As You Sow » - deux centres d'investissements qui promeuvent le « durable » - ont mené une action de lobbying au sein d'Exxon Mobil, pour que le groupe rende des comptes à ses actionnaires et informent ces derniers quant à l'avenir des énergies fossiles.

Les moyens mis en oeuvres par Arjuna Capital et As You Sow sont assez atypiques : leurs membres ont menacé Exxon Mobil d'émettre une résolution sur le « risque carbone » en assemblée générale des actionnaires. Cette menace, des plus efficaces, s'inscrit dans le cadre d'une vaste campagne initiée par des ONG, qui a déjà fait pression sur 45 autres entreprises.

Ryan Salmon, qui participent à cette dernière campagne, explique : « Nous faisons avancer la conversation sur le risque que le changement climatique fait peser sur les producteurs d'énergies fossiles [...] Il est tout à fait clair désormais que ce risque est en tête des préoccupations de certains investisseurs ». Les ONG ont visiblement trouvé un nouveau moyen d'action : en surfant désormais sur la sensibilité grandissante des actionnaires concernant les thématiques environnementales, elles font bouger les choses.

L'étude rendue par Exxon Mobil est une étape importante dans la communication des grands groupes énergétiques mondiaux : les firmes sont de plus en plus obligées de se préoccuper du réchauffement climatique. Mais le rapport témoigne également, et à lui seul, des grands enjeux qui s'imposeront aux politiques lors du prochain sommet pour le climat. Les décideurs devront arbitrer entre croissance économique et environnement, entre court terme, et long terme.

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2 commentaire(s)
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Commentaire par Gépé
mercredi 14 mai 2014 07:18
Il faut choisir entre croissance et environnement; une augmentation du prix de l'énergie serait favorable à l'environnement, et pour être aussi favorable à la croissance, elle devrait correspondre à la baisse du cout du travail; c'est possible en répartissant les charges sociales sur le travail et sur l'énergie. On augmente l'un pour réduire l'autre, à niveau constant. Le court et le long terme correspond à la progressivité de l'application de cette mesure (principe de la taxe carbone).
[2]
Commentaire par Tilleul
dimanche 18 mai 2014 12:20
Les grands groupes pétroliers ont leurs investissements couverts par les états (y compris le risque de commercialisation) donc on voit mal l'impact pour eux... Par contre pour le contribuable est-ce qu'il est encore une bonne idée de donner de telles garanties publiques dans un tel contexte alors qu'on risque de payer des milliards aux actionnaires pétro-gaziers ? (ex en France http://www.coface.fr/Garanties-publiques/Securiser-la-realisation-et-le-paiement-du-contrat-export/Garantie-des-projets-strategiques )
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