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Philippe Perchoc préside le mouvement qu'il a lancé, Nouvelle Europe. Diplômé de la Sorbonne (histoire), de l'Université catholique de Louvain (Affaires européennes) et d'un master II de recherche (Europe)...

En finir avec les tours trop gourmandes en énergie


vendredi 27 mars 2009

Le maire de Dijon François Rebsamen inaugure le 2 avril la tour Elithis, qui ne devrait pas consommer d’énergie, mais en produire. L'occasion de faire un petit tour du monde des tours "écolos"


Le bâtiment de 33 mètres de haut conçu par l'architecte Jean-Marie Charpentier a une forme ovoide pour réduire la prise au vent. Sa toiture est réalisée en panneaux photovoltaïques intégrés et assure aussi la récupération des eaux de pluie.

La façade est  principalement en bois tandis que les 1400 m2 de doubles vitrages sont protégées par un bouclier solaire. L’éclairage est individuel, et non par plafonniers. L’énergie produite par l’immeuble (par exemple les hottes du restaurant) est récupérée pour le chauffage., assurée par une chaudière à granulés de bois

La consommation d’énergie et les émissions de CO2 seront suivies sur un panneau installé devant la tour. Au départ, la tour Elithis consommera légèrement, mais devrait à terme vendre 82.000 kWh d’électricité dont les revenus seront répartis entre les propriétaires de bureaux.

Cette incitation financière devrait aider les 300 occupants à adopter des comportements économes, comme débrancher les ordinateurs chaque soir et préférer les escaliers aux ascenseurs. La société promotrice du projet, Elithis, dirigée par Thierry Bièvre, note que «le choix a été fait de laisser aux usagers (propriétaires, dirigeants, employés, visiteurs etc.) la relève du défi».

L'immeuble de Dijon s'inscrit dans une série déjà longue de projets écologiques qui bouleversent peu à peu la conception des quartiers d'affaires dans le monde entier.
Voici un rapide tour d'horizon des projets de tours moins gourmandes par Philippe Perchoc, président de Nouvelle Europe)

                                                         La ville en hypergreen

Le concept développé par l'architecte français Jacques Ferrier a fait grand bruit : développer à La Défense (près de Paris) une tour écologique, l'hypergreen (1). Vivrons-nous tous demain dans ces tours géantes ?

Les tours qui peuplent les grands centres d'affaires du monde sont aujourd'hui beaucoup trop gourmandes. Créées à l'époque du pétrole-roi et bon marché, ces montagnes de verre sont aujourd'hui dénoncées pour leur total manque de bon sens écologique.
 
À Paris (La Défense), à Londres (Canary Wharf) ou le projet de bibliothèque nationale en verre à Riga sont autant d'exemples de cette manière de construire qui devra changer dans l'avenir.
Les gratte-ciels sont souvent construits au mépris des règles élémentaires d'orientation, si bien qu'en été, on allume la climatisation dans les bureaux exposés au Sud alors qu'on rallume le chauffage dans les bureaux exposés au Nord. Par ailleurs, leurs structures en verre sont, par nature, très mal isolées. 

Les grandes métropoles du monde, conscientes de ces problèmes, se sont lancées dans une course aux tours plus vertes.

Ainsi la Hearst Tower de New York s'est vue la première attribuer un nouveau label : 80 de ses structures métaliques proviennent du recyclage. Elle abrite sur son toit un collecteur d'eaux de pluie relié à un réservoir de 53 000 m3 qui lui permet de couvrir 50% des besoins de ses occupants (notamment le refroidissement, l'arrosage et la fontaine de l'entrée).

De son côté, le Bahrain World Trade Center en construction abritera trois éoliennes de trente mètres de diamètre, une première pour un tel bâtiment. Le bâtiment est d'ailleurs construit autour de ces grandes pales et spécialement étudié pour que le vent s'engouffre entre ses deux tours pour fournir l'équivalent de l'électricité utilisée dans 300 maisons par an, mais aussi un système de refroidissement naturel.

Les éoliennes ont aussi la côte à New York, où le maire a demandé à des architectes de lui livrer des plans d'équipement de toutes les tours de la ville en éolienne, système qui serait couplé avec des éoliennes off-shore, exploitant un des plus important potentiel éolien du monde.

Le projet qui paraît aujourd'hui le plus abouti est le Castle House de Londres : une tour 100% autonome du point de vue énergétique. Des éoliennes intégrées au toit du bâtiment, une pompe à chaleur pour le chauffage sont deux des grandes innovations du projet.
Le Castle House se démarque aussi de ses homologues arabes ou américaines par sa destination : c'est un immeuble d'habitation assez modeste (143 mètres) pour 310 familles. Il devrait donner une bonne idée de ce que pourrait devenir un habitat urbain collectif respecteux de la nature.

Quand certains jouent la carte du vent, d'autres jouent celle du soleil. C'est le cas de la Lighthouse Tower de Dubai (en construction) qui devrait cumuler plus de 4000 panneaux solaires et des éoliennes pour assurer 100% des besoins de la tour.
L'idée de maximiser l'ensoleillement est aussi en vogue : les architectes réflechissent au meilleur moyen de placer intelligement leur construction. Un des plus ambitieux, David Fischer, a eu l'idée de proposer à chaque habitant de faire pivoter son étage à sa guise pour profiter au mieux du soleil, dans une tour totalement articulée autour d'un axe en béton, la "Rotating Tower". Deux modèles sont aujourd'hui prévus, l'un à Dubai et l'autre à Moscou.


(1) La tour hypergreen de Jacques Ferrier - Cette tour nouvelle génération, imaginée par Jacques Ferrier, devrait cumuler les avantages de toutes les précédentes. Sa première innovation est qu'elle est totalement préfabriquée, ce qui permet un montage et un démontage sans poussière pour une tour qui pourrait éventuellement voyager.

Insérée dans une résille qui assure la stabilité de la tour de 246 mètres, elle permet aussi de maximiser l'ensoleillement en étant plus ressérée sur sa face Sud que sur sa face Nord. Dans cette tour multifonctionnelle (habitat, bureaux, commerces etc.), les espaces les moins demandeurs d'ensoleillement sont placés au Nord, et les espaces de vie au Sud. Ces dernier bénéficient d'ensoleillement mais aussi des espaces verts insérés entre le bâtiment et sa résille, espaces qui participent au maintien d'une température constante dans le bâtiment au côté de "puits canadiens" tuyaux dans lequel circule de l'air à 14/16° qui réchauffe l'air en hiver et le refroidi en été, naturellement.
 
Ce n'est pas le seul avantage de la résille : elle sert aussi de support à une multitude de panneaux solaires (3000 m3) et d'éoliennes. À son sommet, éoliennes (10 turbines) et récupérateurs d'eaux de pluie se cotoient pour assurer une partie de l'autonomie du projet. 
Photos copyright Elithis - Jacques Ferrier

En savoir plus et voir d'autres images :


 
Le top 10 des gratte-ciels les plus écolo sur Neomansland
 
La fiche de l'Hypergreen sur cyberarchi
 
Une interview de Jacques Ferrier sur son projet
Le dossier complet de Nouvelle Europe sur l'environnement
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Philippe Perchoc préside le mouvement qu'il a lancé, Nouvelle Europe. Diplômé de la Sorbonne (histoire), de l'Université catholique de Louvain (Affaires européennes) et d'un master II de recherche (Europe)...

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